Depuis le 11 juin dernier les silhouettes, à l'échelle 1.25, de Maryvonne L'Hopital, d'Eugénie Ebrel et d'Anastasie Le Bras projettent leurs ombres de bronze sur la place du Champ de Foire de Carhaix.

 

SoeursGoadec

Mais qui sont-elles ?

A de nombreux festivaliers des « Vieilles Charrues » ces noms n'évoquent rien. Et pourtant.

En s'approchant des trois statues au réalisme impressionnant on peut découvrir en lisant le texte gravé sur deux plaques - l'une en breton, l'autre en français, - l'identité sous laquelle les trois femmes sont restées, dans le cœur des amateurs de la culture bretonne l'un des symboles incontournables du chant rural entre Monts d'Arrée et Montagnes Noires.

Mais leur renommée dépasse de loin les frontières de la Cornouaille et des autres Broioù* qui constituent la Bretagne historique.

Elles naissent au début du siècle dernier à Treffrin près de Carhaix. Leurs parents, Victorine Claude et Jean-Louis Goadec ont treize enfants qu'ils initient très tôt aux ballades ou complaintes populaires en langue bretonne qu'on se transmet oralement de génération en génération ( gwerz) et à la difficile technique du chant avec tuilage, chant à danser à cappella et pratiqué à deux ou à plus (kan ha diskan).

Toute la famille chante que ce soit à la maison, au travail à la ferme ou encore à l'église.

Peu à peu la guerre – un des fils Goadec, très bon chanteur, est tué - les contraintes familiales, le travail séparent les uns des autres.

En 1956 c'est le renouveau des festoù-noz. Le phénomène prend de l'ampleur. C'est en décembre 1958 que Maryvonne, Eugénie et Anastasie avec deux de leurs sœurs : Ernestine (Tine) et Louise décident de se produire pour la première fois au fez-noz de Châteauneuf-du-Faou.

En 1964 Louise et Tine meurent.

Le trio Goadec devient de plus en plus célèbre dans la région et c'est pratiquement chaque week-end qu'elles animent les festoù-noz en entonnant des « gwerzioù » qu'on se transmet oralement ou sur des feuilles volantes et en invitant à la danse sur tel ou tel « kan ha diskan ».

En 1972 en se produisant à l'Olympia et en passant à la télévision, Allan Stivell marque le départ de ce qu'on appellera le « Premier Revival Breton ». Une réelle complicité s'établit entre le chanteur et les sœurs Goadec. Il les accompagne à plusieurs reprises sur scène.

Et en 1973 le trio se produit à Paris sur la scène de Bobino faisant se lever les spectateurs qui entament dans les travées du vénérable music-hall de la rive gauche gavottes, plinn et pach-pi...et pourtant nombreux sont ceux, dans le public qui ne sont pas bretons.

Elles se produiront devant une salle comble et enthousiaste trois soirs de suite.

En 1983 le décès de Maryvonne marque l'arrêt du trio. En 1994 la fille d'Eugénie, Louise Ebrel, elle-même chanteuse, décide sa mère à remonter sur scène pour fêter ses quatre-vingt-cinq ans.

Trois ans plus tard, en décembre 97, la mère et la fille se retrouvent à nouveau face au public pour fêter les vingt-cinq ans de scène de Yann-Fanch Kemener.

Quelques mois plus tard on enterre Anastasie. A quatre-vingt-treize ans, le 18 janvier 2003, Eugénie rejoint ses sœurs, sans doute dans le Sid**. En tous les cas les sœurs Goadec entrent dans la légende.

« Les sœurs Goadec, femmes issues du monde paysan, représentent le symbole de la réappropriation par les bretons de leur langue et de leur culture » écrit Christian Troadec, Maire de Carhaix sur la plaque apposée au pied des sculptures de la place du Champ de Foire inaugurées en juin 2014 et réalisées par l'artiste rennaise Annick Leroy.

Philippe KLEIN

* - La Bretagne historique est formée de neufs pays (broioù – bro au singulier- ) : Le Léon, le Trégor, la Cornouaille et le Vannetais pour la Breizh Isel (Basse Bretagne) et, pour la Breiz Uhel (Haute Bretagne), le Pays de Saint-Brieuc, de Saint-Malo, de Dol, le Pays Rennais et le Pays Nantais. On remarquera que pour ce dernier de nombreux responsables politiques actuels de droite comme de gauche s'obstinent à refuser son intégration à la Région Bretagne. Entêtement absurde tant sur le plan culturel que géographique et historique mais sans doute motivé par des ambitions personnelles.

** - L'autre monde Celte.

Sources : Wikipédia – l'INA – gwerz.com

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Grâce à cette rubrique, retournons à la rencontre de femmes qui à un moment de leur parcours ont déjà croisé notre webmagazine depuis sa création en juin 2013...

 

Martha et les "enfants ACZA"

martha

 

Depuis sa création, Breizh Femmes s'intéresse au travail de Martha Diomandé et de son association ACZA qui milite contre l'excision. Pour elle, s'opposer à l'excision, c'est d'abord accompagner les matrones – les exciseuses - vers d'autres pratiques qui permettent de respecter les traditions et d'assurer la formation des petites filles tout en se débarrassant de l'acte mutilant. C'est aussi proposer à ces femmes de rester des membres reconnues de leurs communautés.

Grâce à des campagnes de formation et à la construction de cases de naissance, ACZA est présente dans une quinzaine de villages en Côte d'Ivoire où commence à grandir une nouvelle génération d'enfants qui ne seront jamais excisées et de femmes épanouies dans leur mission d'accoucheuses.

« On ne force personne à venir accoucher dans nos cases – explique Martha Diomandé qui a répondu à quelques questions – mais les femmes qui viennent savent que leur enfant ne pourra pas être excisée. C'est un acte de courage pour elles de s'afficher ainsi. Leurs enfants appartiennent en quelque sorte à l'association. On les appelle les "enfants ACZA" ».

Lire l'interview de Martha Diomandé

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