Avant propos

Il semblerait que Zénaïde Fleuriot ait inspirée plusieurs biographes, ou prétendus tels. Toutefois il s'avère que nombre de ces écrits prête à confusion si ce n'est à suspicion. Souvent ils se contredisent, parfois même sous la plume du même rédacteur. On y relève aussi quelques énormités historiques (Austerlitz en 1802 par exemple !)
Aussi le rédacteur de cet article, qui ne prétend en aucune manière faire œuvre de biographe et encore moins d'historien, a pris le parti de s'inspirer en grande partie, pour évoquer la vie de l'écrivaine, du livre écrit par son neveu Francis Fleuriot-Kerinou : « Zénaïde Fleuriot, sa vie, ses œuvres, sa correspondances ».
Dans cet ouvrage, édité pour la première fois en 1897 chez Hachette et très documenté, l'auteur évoque les témoignages et les écrits qu'il reçut de sa tante mais également des parents et amis de cette dernière.

zenaide

Zénaïde Fleuriot est née à Saint-Brieuc le 28 octobre 1829. Elle est la dernière enfant d'une fratrie de seize dont seuls quatre sont encore vivants au moment de la naissance de la petite fille. Son frère, Théodose âgé de neuf ans, est son parrain et c'est une voisine, amie de la famille, Zénaïde Le Coniac, qui est choisie comme marraine. Ainsi que le veut l'usage, cette dernière donne à l'enfant son prénom ainsi que ceux d'Anne et de Marie.

Le père de Zénaïde, Jean-Marie Fleuriot, occupe une charge d'avoué dans le chef-lieu des Côtes du Nord(1). C'est un personnage romanesque.

Il appartient à une famille catholique et en grande partie fidèle au Roi. En 1780, orphelin de mère alors qu'il est à peine âgé de quelques jours (2), il est recueilli, avec l'accord de son père par un oncle : l'abbé Rolland, recteur de Locarn-en Duault qui l'élève.

A l'époque troublée de la Révolution, le prêtre refuse de prêter serment à la Convention. Il est arrêté sous les yeux de son neveu. Il sera fusillé à Brest en mai de la même année (3).

Pour échapper à la répression révolutionnaire qui s'abat sur une partie de sa famille et sur les conseils de son père, le jeune Jean-Marie s'engage dans l'armée républicaine. Il a quatorze ans.

C'est ensuite sous l'Aigle Impérial qu'il continue sa carrière militaire. En 1805 il participe à la bataille d'Austerlitz. L'année suivante il abandonne le métier des armes pour suivre des études de droit durant lesquelles il occupe un poste de greffier de justice de Paix dans le canton de Bégard.

C'est là qu'il fait la connaissance de Marie-Anne Lelagadec, elle aussi issue d'une famille bretonne fidèle au Roi et fervente catholique. Ils se marient en 1808.

L'attachement au pays « pittoresque et sauvage »

Lorsque la benjamine des Fleuriot voit le jour, Jean-Marie, bien établi, reconnu et respecté - ses pairs l'ont nommé Président de leur Chambre - se trouve à la tête d'une gentille fortune et de plusieurs biens immobiliers dont la propriété du Palacret (4) qui sera tellement chère au cœur de Zénaïde.

maisonzenaideMais le 9 août 1830 - Zénaïde n'a pas un an - Louis-Philippe, jusque-là Duc d'Orléans, devient Roi des Français.
Jean-Marie, toujours fidèle aux Bourbons, et donc à Charles X en fuite avec sa famille, ne cache pas ses opinions et dénonce ouvertement la mise sur le trône d'un Orléans. « On le voit affirmant hautement sa foi politique - écrit Francis Fleuriot-Kerinou - réclamer, pétitionner, dénoncer tous les abus toutes les injustices... »

Homme d'honneur mais sans doute fieffé entêté, sang breton ne saurait mentir, l'avoué de Saint-Brieuc refusera toute compromission et tout renoncement à ses convictions. Cette position le mènera à la ruine.

En 1849 tous les biens de la famille ont été vendus ou hypothéqués. C'est le cas du « cher Palacret » que Zénaïde évoque avec nostalgie dans une lettre adressée à sa sœur Marie : « Oh ! Le Palacret, mon cher Palacret ! Que je voudrais tant revoir! (...) Les longues promenades avec notre père bien-aimé dans ce pays pittoresque et sauvage, ces têtes à têtes sous le ciel bleu (...) avec quel soin il cherchait à former ma jeune intelligence... »

Les encouragements d'un père bienveillant

Jean-Marie a toujours été convaincu des dons littéraires de sa fille ainsi que l'atteste Marie dans une lettre à sa cadette : « Cette année-là (5), je te racontai une histoire que mon père m'avait dite, tu te mis à arranger les personnages à ta guise et tu vins m'en faire la lecture (...) tu avais si bien tiré parti de mon anecdote, en y plaçant une description si parfaite de notre intérieur, que j'appelais papa et maman pour qu'ils puissent juger de ton œuvre. (...) Notre père, qui s'était toujours intéressé à tes goûts littéraires trouvait ça fort bien et parlait déjà d'imprimer. Moi je te plaisantais en disant : « Tu ferais mieux de coudre ou de broder que de rêver de pareilles billevesées. » Mais papa te défendant répétait : « Sais-tu que c'est très bien ; on ne peut pas mieux dire. »

D'ailleurs Zénaïde le confirme : « Oui, comme tu le dis il était fort indulgent pour mes petites tentatives littéraires que je lui soumettais avec une confiance naïve. Il avait foi en mon avenir ; et sans cette foi qui me soutenait je n'aurais jamais osé écrire... »

zenaide2La mort dans l'âme, Jean-Marie Fleuriot, totalement ruiné, doit se résoudre à accepter la proposition que lui fait Etienne Guilloton de Kérever, châtelain des environs de Saint-Brieuc : envoyer sa fille chérie s'occuper de l'éducation des trois enfants de la famille.

« Quelques jours plus tard, le cœur serré, les yeux noyés de larmes mais forte du devoir à accomplir, Zénaïde dit adieu au cher Palacret et au père bien-aimé qu'elle ne devait plus revoir. A vingt ans, à l'âge de toutes les illusions, de tous les espoirs, de tous les rêves de bonheur, elle quittait ses parents et sa douce liberté, pour aller apprendre de par le monde la science de la vie » écrit son neveu.

L'amour d'une famille d'accueil

C'est en enfant de la famille bien plus qu'en préceptrice que Zénaïde prend une place chez les Kéréver. En hiver à Saint-Brieuc, en été au manoir de Châteaubily sur la commune de Ploufragan, la jeune fille fait l'unanimité au sein de la famille qui l'accueille comme en témoignent quelques extraits de la lettre qu'adresse en 1895 Claire, l'une des enfants confiés à Zénaïde, à Francis Fleuriot-Kérinou sur sa demande : « Lorsqu'elle arriva à la maison ce n'était encore qu'une enfant de vingt ans, gaie, charmante attirant toutes les sympathies ; elle fut tout de suite traitée en parente et en amie bien chère. Elle était spirituelle, aimable, jolie et ne s'en doutait pas, je pense, car il n'y avait pas chez elle l'ombre d'une coquetterie (...) Il n'y avait pas de bonnes promenades sans elle ; du reste Alix et moi la considérions comme une grande sœur très aînée et en dehors des études nous ne pouvions la quitter »

La jeune fille est aussi animée par une inébranlable foi ainsi qu'en témoigne sa « sœur d'accueil » : « Elle aimait Dieu et le voyait partout ; elle le servait fidèlement sans craindre la fatigue : que de fois n'assistait-elle pas à la messe du matin dans la semaine parcourant le chemin qui séparait le château de la ville... »

La passion de l'écriture ne la quitte pas et c'est chez les Kéréver que, pratiquement dès son arrivée dans la famille, Zénaïde se met à écrire avec régularité.

« Notre chère « Zaza » (6) ne s'occupa de notre éducation que jusqu'en 1860 à partir de ce moment elle resta près de nous comme notre meilleure amie employant la majeure partie de son temps à écrire (...) Elle composait des comédies très spirituelles et très animées que nous jouions à sa grande joie et à la nôtre - écrit encore Claire - c'était le soir quand les enfants étaient couchés et que mes parents faisaient leur partie de cartes, que Zénaïde écrivait sur ses genoux, au milieu des conversation auxquelles elle prenait part... »

Des débuts littéraires remarqués

couv2En 1857 « La France Littéraire » une revue lyonnaise, organise un concours de nouvelles. Zénaïde y participe en présentant « La Fontaine du Moine Rouge », nouvelle qui lui aurait été inspirée par « La Fontaine Saint-Jean du Palacret » que l'écrivaine connaissait bien. On reconnaissait à cette fontaine, dédiée, comme de nombreuses autres d'ailleurs, à Saint-Jean-Baptiste le pouvoir de guérir les maladies des yeux. Toujours est-il que « La Fontaine du Moine Rouge » remporte le premier prix du concours.

Elle évoque ce premier succès littéraire de manière très anecdotique dans une lettre qu'elle écrit, en septembre de la même année à Jenny Fleuriot, la femme de son frère François : « François a dû te parler de mon succès littéraire : il m'a beaucoup étonnée (...) Je ne pensais plus à cette feuille envoyée dans un moment perdu, et sans aucune réussite ». Qu'il nous soit permis de douter de l'absolu sincérité de cet aveu qui relève plus, d'après son biographe, d'un manque de confiance en elle que d'une insouciante désinvolture.

Ses amis la pousse à persévérer. « Se laissant persuader, on la vit se mettre sérieusement à l'œuvre mais en doutant toujours d'elle-même... »

L'année suivante ce sont une poésie : « Premier Chagrin », un sonnet : « Bretagne et Bretons » et une nouvelle, « Une heure d'entraînement » que la jeune auteure, sous le pseudonyme d'Anna Edianez (7), présente au concours de « La France Littéraire ». Cette fois encore c'est un succès.

Les éloges pleuvent de toute part et Zénaïde ne peut que se souvenir avec émotion et tendresse des prédictions paternelles : « Elle ira loin cette petite »

Hélas, sa joie est de courte durée. Sa jeune belle-sœur, déjà de constitution fragile, prend froid au cours d'un voyage. Elle meurt le 14 septembre 1858. Elle avait vingt-sept ans.

Accablée de chagrin Zénaïde se réfugie dans l'écriture.

(à suivre)

Philippe KLEIN

Notes :

1 - Côtes d'Armor depuis le 8 mars 1990

2 - F. Fleuriot Kérinou situe le décès alors que Jean-Marie n'a que quelques jours. Dans un autre texte il est prétendu que cet événement survient alors que l'enfant est âgé de huit mois(?)

3 - Nouvelle divergence entre les deux biographies citées ci-dessus. Le site livre-sur-mer.com voue, pour sa part, le malheureux prélat à l'échafaud.

4 - Aujourd'hui propriété de la Communauté des Communes du Pays de Bégard (Côtes d'Armor)

5 - 1847 à priori

6 - Si c'est ce petit diminutif qu'emploie la famille Kéréver, les Fleuriot et en particulier sa sœur Marie lui préfère celui de Zéna.

7 - Edianez étant l'anagramme de Zénaïde


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