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Septembre 1858. Le 14, Zénaïde Fleuriot a le malheur de perdre sa jeune belle-sœur pour laquelle elle avait une grande affection.
Pourtant l'année avait bien commencé. La jeune femme a présenté plusieurs textes à un concours littéraire ainsi qu'elle l'avait fait l'année précédente. Et une fois encore ses textes sont primés et font l'objet de nombreux éloges.

Bouleversée par le deuil qui la frappe la jeune écrivaine se réfugie alors dans l'écriture. Elle fait parvenir à Ambroise Bray, un éditeur catholique sis au 66 de la rue des Saints Pères (ça ne s'invente pas) plusieurs nouvelles qu'elle regroupe sous le titre Souvenirs d'une Douairière. L'éditeur accepte de publier l'ouvrage. Zénaïde le dédie « A ses sœurs d'affection : Marie, Alix, Claire et Louise de Keréver. »

Ce premier roman publié à Paris (1859) reçoit à son tour un joli succès d'estime.

Zénaïde décide de l'adresser au journaliste Alfred Nettement. Celui-ci connu pour ses positions catholiques et légitimistes, ce qui ne peut que plaire à la fille de Jean-Marie Fleuriot, a été député du Morbihan à l'Assemblée Législative de mai 1849 à décembre 1851. Mais c'est avant tout au directeur de La Semaine des Familles, poste qu'il occupe depuis 1858, que l'auteure fait parvenir son ouvrage.

En août 1859, pour la première fois, le journal publie : Projets d'Avenir. Ce court roman signée de la jeune femme, elle n'a pas trente ans, sera le premier d'une longue liste publié par le périodique jusqu'à la mort de Zénaïde Fleuriot.
En 1874, elle prendra la direction du journal. Mais en constatant que ces nouvelles fonctions, qu'elle accomplissait avec le plus grand sérieux, l'empêchait en partie de continuer à écrire elle quittera ce poste quatre ans plus tard sans pour autant, bien sûr, cesser sa collaboration littéraire avec « La Semaine ».

Zénaïde découvre la capitale

A l'automne 1860, Zénaïde décide de se rendre à Paris pour, ainsi que l'écrit son biographe, « s'entendre verbalement avec ses éditeurs » La découverte de la capitale ne cesse pas de l'étonner. « Que ce Paris est étourdissant ! – écrit-elle à Claire Keréver en septembre 1860 – On y voit autant de tournures ridicules que de costumes extravagants ; on n'a pas idée de choses semblables. Il y a des chapeaux à faire éclater de rire, auprès desquels mes coiffures les plus antiques seraient des bijoux (...) »

En janvier de l'année suivante elle continue de relater à sa « sœur d'affection » ses découvertes parisiennes : « Aujourd'hui j'ai passé une charmante journée. Nous avons vu La Madeleine puis la Bourse, c'est-à-dire une foire où on gesticule ; c'est un spectacle unique, on se croirait dans un temple plein de fous furieux. Nous nous sommes promenées boulevard de Sébastopol ; si tu habitais là, Clairette, tu t'en donnerais de la fenêtre ! Cela fait d'abord mal aux yeux, car les voitures se suivent et ne se ressemblent pas, mais on s'y habitue. (...) »

couv3Mais son séjour parisien ne lui apporte pas que des satisfactions ainsi qu'elle l'écrit, toujours en signant « Zaza », à sa chère Claire le 30 octobre 1860 : « Maintenant, que je te raconte mes indignations : on me vole, ma pauvre Claire, on me pille ; compte sur tes doigts : mon couteau, mon parapluie, mon porte-monnaie contenant 15 francs, un mètre de beau cachemire tout neuf. A ce dernier vol, j'ai crié et je me suis plainte à Mme Pape. Elle a fait une enquête, car d'autres dames avaient réclamé divers objets disparus, et notre femme de service va être congédiée ; il y a trois ans qu'elle est dans la maison, et Mme Pape l'a retirée de la misère. (...) »

Cet incident lui permet de rappeler à sa lectrice les préceptes de la foi qui continue à l'animer : « (...) Il faut vraiment faire le bien en vue de Dieu, et non pas pour la reconnaissance qui en résulte. » conclue-t-elle.

Succès et choléra

De retour à Saint-Brieuc, chez les Keréver, son foyer d'adoption, elle écrit « avec acharnement ». Le succès est toujours au rendez-vous et Zénaïde peut commencer à vivre de sa plume. Ces rentrées pécuniaires, même si elles sont encore modestes, la jeune femme n'entend pas en profiter seule, ainsi qu'elle l'écrit à sa sœur Marie en février 1862 : « (...) je tiens à te remercier du tout petit billet où tu me parles du bonheur que tu as eu à me voir acquitter une partie des dettes contractées par notre pauvre et bien-aimé père. Je suis heureuse de te causer cette joie, et s'il plaît à Dieu, je pourrai, avant très longtemps, solder ce qui reste encore dû ; mes mesures sont prises pour cela. (...) J'ai pu envoyer aussi une petite somme à notre si cher Jean-Marie, qui parait toujours se plaire à son rude métier de soldat, là-bas en Algérie. »

Mais au mois de juin ce sera l'annonce de la mort au champ d'honneur de ce frère Maréchal des Logis au 3ème Spahis en Algérie auquel elle avait envoyé un peu d'argent quelques mois plus tôt. Ce nouveau coup du sort, s'il laisse Zénaïde éperdue de chagrin, ne tarit en rien son inspiration et sa soif d'écrire.

Pourtant la camarde continue à poursuivre l'écrivaine de ses assiduités. En 1867 c'est autour d'Alix une de ses sœurs de cœur d'être brutalement emportée par le choléra qui avait commencé à frapper la région dès le mois d'octobre précédent. A la fin de l'année on avait dénombré 400 cas et 172 décès.

Quelques semaines après la mort d'Alix c'est sa mère, Madame de Keréver qui succombe à son tour, victime de la terrible épidémie. C'est à cette époque que parait Petite Belle qui est le vingt-deuxième roman de Zénaïde écrit quelques temps avant la mort d'Alix.

Cette succession de décès perturbe au plus haut point Zénaïde. Sa santé s'en ressent et elle peine à écrire. Elle envisage un voyage à Rome mais elle recule devant le coût d'un tel périple. Aussi se rend-elle à Paris pour y rencontrer la Supérieure du couvent des Sœurs Auxiliatrices du Purgatoire où elle pense faire retraite.

Le 9 juin elle écrit à Anne, sa sœur, pour lui raconter le déroulement de cette entrevue : « J'ai été aujourd'hui recommander ma chère Alix aux prières des Auxiliatrices du Purgatoire. Ah! Ma chère Marie, quelle profonde impression j'ai rapportée de cette visite, et quelle inoubliable vision que cette noble et sereine figure de religieuse entrevue dans l'humble parloir du couvent. Grande et belle sous son austère vêtement noir, peut-être plus jeune que moi, il y avait sur son visage, aux lignes pures et aux yeux lumineux, une telle expression de douce mansuétude que j'ai mis tout de suite ma main dans la sienne, en lui ouvrant mon pauvre cœur désolé.Elle n'a pas voulu me laisser faire une retraite dans l'état de désolation où je me trouve, et m'a dit d'aller d'abord à Rome, et de revenir ensuite la voir. Je suis sortie de cette entrevue emportant un calme, une religieuse paix que je ne connaissais plus depuis la mort d'Alix. »

A l'heure de la guerre

Ainsi sur les conseils de la religieuse Zénaïde décide de se rendre à Rome. Le matin de son départ pour la capitale italienne, le 21 juin 1867, elle écrit à Etienne de Keréver : « (...) Vous vous étonnerez peut-être de me voir faire un voyage si coûteux qu'il m'a fallu vendre la propriété de quatre de mes ouvrages pour pouvoir l'effectuer. Que voulez-vous? Il faut bien que j'essaie de reprendre quelque force et un peu d'intérêt à la vie. En définitif, tout me manque! Votre famille était devenue la mienne; donc, c'est chez vous que j'aurais voulu goûter le repos de l'affection; et voilà que d'affreux vides se sont produits, et que chez vous, chez vous c'est-à-dire chez moi, je n'ai qu'une pensée : Alix ! Donc il faut que je voyage, puisque je ne puis me faire à sa disparition. Actuellement, je suis submergée par le chagrin ; et, jusqu'à ce que le temps ait endormi cette cuisante douleur, il faut que je m'éloigne de ce pauvre pays qui m'est si cher. (...) »

Durant les années qui suivent Zénaïde Fleuriot va continuer à écrire tout en effectuant de régulières retraites. En 1870 elle fait paraître trois nouveaux romans et elle se rend pour la seconde fois à Rome. De retour à Paris, où elle s'est installée l'année précédente, elle loue un appartement au 116 de la rue du Cherche-midi qu'elle gardera jusqu'à sa mort.

Le 19 juillet la France déclare la guerre à la Prusse. Le 2 septembre c'est le désastre de Sedan ; Napoléon III capitule. Le 4, l'Empereur est déchu et la République est proclamée.

Le 7, Zénaïde écrit : « (...) oui, c'est vrai; un à un, tous les chemins de fer sont coupés ; un à un, tous les fils télégraphiques se rompent; la mer houleuse, menaçante, enroule, arrondit ses flots autour de Paris. Les gares tumultueuses se ferment, la vie intellectuelle et commerciale s'arrête. En prévision de ce qui peut arriver, Paris s'arme, Paris se taille une formidable armure; Paris n'a plus de théâtres, mais des remparts; Paris n'a plus de flâneurs, mais des soldats. Les départs continuent; il y en a qui sont des lâchetés, comme il y a des retours qui sont des héroïsmes. Les femmes les plus résolues se déterminent à partir. Nous commençons à nous compter; et vous avez deviné juste, chère Princesse, je reste, car il me semble que je puis être utile (...) »

rueLe 17, les prussiens commencent l'encerclement de Paris. C'est le début du siège. Durant les mois qui vont suivre Zénaïde ainsi qu'elle le dit elle-même « n'est pas inutile ». Elle tient un journal dans lequel elle consigne les faits importants ou anodins de sa vie d'assiégée. Elle s'occupe des malades et des blessés qui ne manquent pas par ces temps de misère.

Les Parisiens pour communiquer au de-là du blocus n'ont plus que le « ballon monté » semblable à celui pris par Gambetta pour s'évader et rejoindre Tours.

Zénaïde utilise ce moyen pour envoyer de ses nouvelles aux siens pour lesquels elle ne cesse de s'inquiéter. Elle confie ainsi aux airs ses lettres comme on jette une bouteille à la mer... sans jamais savoir si elles atteindront leurs destinataires.


De retour chez elle

En 1871 Zénaïde revient en Bretagne. Elle fuit un autre conflit qu'elle trouve bien plus effrayant que la guerre qui vient de s'achever : La Commune ! Deux ans plus tard elle fait construire à Locmariaquer « un cottage » qu'elle baptise Kermoareb. Elle y résidera tous les ans jusqu'à sa mort.

Avec plus de 83 titres publiés en 30 ans, Zénaïde Fleuriot fut sans doute l'auteure la plus populaire auprès des jeunes filles de son siècle et du suivant.

En 1923 Jules Romain l'évoque en faisant dire à un de ses personnages, Madame Parpalaid, qui s'adresse à Knock : « Sur le parcours, le paysage est délicieux, Zénaïde Fleuriot l'a décrit dans un de ses plus beaux romans, dont j'ai oublié le titre ».

Lorsqu'elle meure le 19 décembre 1890 à Paris son cercueil est transporté en train de la gare Montparnasse à Locmariaquer où huit marins du village transportent au cimetière la dépouille de celle qui avait écrit : « Je mourrai avec la passion de la mer ; elle me produit l'effet d'une zone intermédiaire entre la terre et le ciel »


Philippe KLEIN

Retrouver la première partie de l'article : ici

NB : Il semblerait que Zénaïde Fleuriot ait inspirée plusieurs biographes, ou prétendus tels. Toutefois il s'avère que nombre de ces écrits prête à confusion si ce n'est à suspicion. Souvent ils se contredisent, parfois même sous la plume du même rédacteur. On y relève aussi quelques énormités historiques (Austerlitz en 1802 par exemple !)
Aussi le rédacteur de cet article, qui ne prétend en aucune manière faire œuvre de biographe et encore moins d'historien, a pris le parti de s'inspirer en grande partie, pour évoquer la vie de l'écrivaine, du livre écrit par son neveu Francis Fleuriot-Kerinou : « Zénaïde Fleuriot, sa vie, ses œuvres, sa correspondances »
Dans cet ouvrage, édité pour la première fois en 1897 et très documenté, l'auteur évoque les témoignages et les écrits qu'il reçut de sa tante mais également des parents et amis de cette dernière.

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