Le 4 février 1514 un immense et triste cortège s'ébranle et quitte le château de Blois.
Anne de Montfort, Duchesse de Bretagne, deux fois Reine de France, Reine de Sicile et de Jérusalem, Duchesse de Milan entame son dernier voyage terrestre vers Paris et la Basilique Saint Denis où elle doit être inhumée.

timbreanneC'est moins d'un mois plus tôt, le 9 janvier, qu'atteinte de la gravelle et à l'issue d'une terrible agonie de dix jours Anne, quitte ce monde pour entrer dans l'Histoire et dans la légende. Elle n'est âgée que de trente sept ans.
Le Roi Louis XII, très affligé, ordonne qu'il soit procédé à des funérailles d'une ampleur exceptionnelle. Il impose à la Cour l'usage du deuil tel qu'il est pratiqué en Bretagne. Ainsi, c'est en noir qu'on circule, à pas feutrés, dans les galeries du château.

C'est Anne , la première, qui à la mort de son précédent mari, le Roi Charles VIII, avait revêtu la tenue noire alors que jusque là les Reines portaient le blanc comme couleur de deuil. En exigeant que la tradition bretonne soit respectée Louis XII honore non seulement la mémoire de sa femme mais aussi tout le Duché breton.
Tout à sa profonde douleur il déclare : « Avant que soit passé l'an je serai avec elle et lui tiendrai compagnie. » Il mourra le 1er janvier 1515.

Après avoir procédé à son embaumement et extrait son cœur lequel sera placé dans un reliquaire d'or massif et transféré à Nantes pour y être déposé aux Chartreux dans le tombeau de ses ancêtres, on expose la dépouille d'Anne dans la grande salle d'honneur du Château qui pour l'occasion est tendue de velours noir et éclairée par de nombreuses torches à la lueur desquelles brillent les écussons de Bretagne.

portraitanneVêtue d'une robe de velours, gantée de blanc elle porte sur la tête sa couronne. A ses côtés sont placés, à droite le sceptre et à gauche la main de justice. Hérauts et rois d'armes montent la garde autour du catafalque.

Donc ce 4 février 1514 le convoi funèbre quitte la ville de Blois. Le catafalque sur lequel repose la Reine est posé sur un char tendu de draps noirs et tiré par six chevaux. Quatre cents porteurs de torches l'entourent. Princes et Princesses de sang, suivent montés sur des mules noires. Les princesses Claude, future épouse de François 1er, et Renée de France accompagnent leur mère jusqu'à sa dernière demeure.

Chaque jour le cortège traverse villages et hameaux dont les habitants émus, rassemblés de chaque côté des routes rendent hommage à leur souveraine en priant.

L'équipage royal fait étape chaque soir dans une ville différente : Saint-Dyé-sur-Loire, Cléry, Orléans, Antenay, Janville, Angerville, Etampes et enfin Monthléry. Chaque nuit le corps de la défunte repose dans l'église locale.

Le dimanche 12 février c'est l'arrivée à Paris et le mardi suivant on accompagne la Duchesse de l'église Notre Dame des Champs, où elle avait été déposée en arrivant, à la cathédrale Notre Dame de Paris. Les rues où passe le cortège sont toutes tendues de draps bleus et devant chaque maison brûle un flambeau frappé aux armes de la ville. Onze évêques ou archevêques, ainsi que de nombreux abbés dont celui de Saint Denis officient. Philippe de Luxembourg, Cardinal du Mans préside les vigiles des morts et célèbre le lendemain la Grand Messe. Le corps est ensuite amené en la Basilique Saint Denis dont le luminaire est éclairé de quatre mille cierges.

Le lendemain la Duchesse Anne de Bretagne est descendue dans son caveau. A cet instant un roi d'armes de France crie par trois fois : « Silence ! Silence ! Silence ! »

Puis le roi d'armes des bretons s'exclame à haute voix : « La Reine très chrétienne et Duchesse notre souveraine, dame et maîtresse est morte ! La Reine est morte ! La Reine est morte »

tombeauanneAinsi furent célébrées les obsèques de celle dont l'emblème était l'hermine et la devise : « kentoc'h mervel eget em zaotra » soit "Plutôt la mort que la souillure"

C'est le 12 décembre 1862 que le conseil municipal de Rennes décide de nommer le boulevard qui relie la rue de Paris à la rue d'Antrain : Boulevard de la Duchesse Anne.

Philippe Klein

 

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Grâce à cette rubrique, retournons à la rencontre de femmes qui à un moment de leur parcours ont déjà croisé notre webmagazine depuis sa création en juin 2013...

 

Martha et les "enfants ACZA"

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Depuis sa création, Breizh Femmes s'intéresse au travail de Martha Diomandé et de son association ACZA qui milite contre l'excision. Pour elle, s'opposer à l'excision, c'est d'abord accompagner les matrones – les exciseuses - vers d'autres pratiques qui permettent de respecter les traditions et d'assurer la formation des petites filles tout en se débarrassant de l'acte mutilant. C'est aussi proposer à ces femmes de rester des membres reconnues de leurs communautés.

Grâce à des campagnes de formation et à la construction de cases de naissance, ACZA est présente dans une quinzaine de villages en Côte d'Ivoire où commence à grandir une nouvelle génération d'enfants qui ne seront jamais excisées et de femmes épanouies dans leur mission d'accoucheuses.

« On ne force personne à venir accoucher dans nos cases – explique Martha Diomandé qui a répondu à quelques questions – mais les femmes qui viennent savent que leur enfant ne pourra pas être excisée. C'est un acte de courage pour elles de s'afficher ainsi. Leurs enfants appartiennent en quelque sorte à l'association. On les appelle les "enfants ACZA" ».

Lire l'interview de Martha Diomandé

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