L'association « Pourquoi pas vieilleS ? » a été créée à Brest voilà un an. A l'origine, quelques femmes issues du monde de l'enseignement, du secteur social ou de la fonction publique pour la plupart ; certaines ont milité dans des associations et/ou des syndicats.

Leur point commun : être de cette génération qu'on dit « entre deux », celle du baby-boom. Avec la soixantaine, elles ont des préoccupations spécifiques et souhaitent les partager mais aussi donner à d'autres femmes la possibilité d'en parler. Leur projet : être un lieu de réflexion. « On ne cherche pas à s'occuper – résume Brigitte Millet – on cherche à poser nos questions et à avancer ensemble. »

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Interview de Brigitte Millet et Anne Tanguy,
membres du CA de l'association « Pourquoi pas vieilleS ? »

Quelle est l'origine de votre association ?

Au départ, il y a un groupe de femmes qui ont dépassé la soixantaine et qui réfléchissent à leur propre vieillissement. On s'est dit qu'on avait envie de partager cela avec d'autres femmes, de réfléchir ensemble sur un certain nombre de situations qui pouvaient poser question en particulier le rôle des femmes de cette génération où on est entre nos propres parents qui sont vieillissants et qu'on accompagne et nos enfants. On souhaitait également répondre à cette question : qu'est-ce qu'on a envie de vivre dans cette dernière partie de la vie ? Et notamment autour de la question de l'habitat. On avait envie d'échanger sur tous ces aspects et on a lancé quelques actions comme les « cafés » pour pouvoir rencontrer d'autres femmes.

Avez-vous tout de suite trouvé un écho auprès des femmes de Brest ?

Tout de suite ! Dès qu'on a lancé les rencontres l'an dernier, des femmes sont venues et celles qui sont venues la première fois sont restées. Puis à chaque fois, des nouvelles arrivaient. On avait pensé que ce serait un lieu dans lequel les femmes passeraient et en fait, elles sont revenues et certaines ont été là du début, en octobre, jusqu'à la fin, en juin !
Nous avions deux rendez-vous réguliers l'un à la Maison pour Tous de Kerinou et l'autre au café Kerlune dans le quartier de Recouvrance. On a vu des femmes à partir de 50 ans, toujours actives, et jusqu'à 80 ans à peu près.
Dans les échanges, on a retrouvé toutes les questions qu'on se posait. Mais le problème principal pour les femmes qui vieillissent, c'est souvent celui de l'isolement ; elles cherchent des lieux où rencontrer d'autres femmes avec qui parler. Les préoccupations qui revenaient étaient liées à l'habitat, bien sûr, mais aussi à l'accompagnement des parents eux-mêmes vieillissants ce qui est souvent difficile à vivre ou encore aux problèmes de santé liés à l'âge.

 

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Quelques femmes lors d'une des réunions de 2013

 

Pourquoi la question de l'habitat est-elle si importante ?

Les femmes âgées vivent très souvent seules avec de faibles moyens ou des problèmes de santé ; à partir d'un certain moment on a de moins en moins de relations avec les autres. Donc, le problème de l'habitat c'est quelque chose qui a toujours préoccupé notre groupe ; on pense qu'il y a sans doute d'autres formes d'habitat à envisager comme l'habitat partagé ou l'habitat intergénérationnel, par exemple. En France, et ailleurs, il y a pas mal de gens qui se posent cette question-là ! La ville de Brest a lancé en 2014 un appel à projets sur l'habitat partagé et plusieurs femmes de l'association ont participé à la réflexion. A terme, ça pourrait déboucher sur des projets concrets

Imaginez-vous un projet tel que celui des Babayagas dans le Finistère ?

C'est quelque chose qui nous intéresse, en effet, mais on trouve que c'est un petit peu trop strict comme engagement. On aurait envie de quelque chose d'un peu plus ouvert ! On va donc continuer à réfléchir sur les formes possibles d'habitat avec toujours la volonté de mélanger habitat privé et habitat social ; pour nous c'est très important.
Nous avions un projet très ambitieux qui intéressait énormément de gens dans tout le Finistère. On voulait organiser un voyage pour aller voir ce qui se fait en Allemagne, mais les aides financières nous ont manqué ! Finalement, pour cette nouvelle année, on a décidé de faire quelque chose de beaucoup plus modeste et peut-être de commencer par explorer en France ce qui sera moins coûteux.

Quels sont les projets de l'association pour cette rentrée associative 2014 ?

Notre projet principal pour cette rentrée, c'est le lancement du cours public en partenariat avec l'Université de Bretagne Occidentale. A l'université de Brest, on a la chance d'avoir un groupe de sociologues qui se sont intéressées au vieillissement depuis des années et on a pu s'appuyer sur elles. Cela devrait faire émerger davantage cette problématique spécifique du vieillir au féminin. Les cafés reprennent aussi ; pour l'instant on ne propose que des discussions libres et les femmes diront de quoi elles ont envie. En juin, il y avait une envie très forte d'échanger sur des livres, notamment pas mal de livres autour de la vieillesse.
On a aussi des rencontres mensuelles avec des intervenant-es extérieur-es sur différents sujets. L'an dernier, par exemple, on a fait intervenir une sociologue ou encore une élève des Beaux-Arts qui est venue nous parler de l'aménagement intérieur de l'habitat ... Cette année, on a envie de rencontrer des associations qui travaillent avec des femmes en situation précaire comme ATD Quart Monde par exemple.
Il y a un autre groupe aussi qui s'intéresse à la place des femmes âgées dans l'espace public.

On sait que les femmes ont parfois du mal à trouver leur place dans l'espace public ; pour les femmes âgées, c'est encore plus difficile ?

Le problème des personnes âgées c'est aussi le problème des personnes handicapées. On voit partout des aires de jeux pour les enfants ; quels sont les espaces réservés aux personnes âgées ? Un groupe de notre association se promène dans la ville pour voir ce qui se passe...

Et vous envisagez après d'avoir une action de lobbying auprès de la ville de Brest ?

Exactement ! Il y aura des contacts avec les élus. On essaie aussi de travailler avec des étudiants de l'université sur la thématique de l'accompagnement des parents.

Et les hommes ? Sont-ils exclus de vos rencontres ?

En fait, ils ne se présentent pas, les hommes ! On a tenu des réunions publiques autour de l'habitat dans plusieurs villes du Finistère l'an dernier, il y avait des hommes et ils ont été très bien accueillis ! Mais dans les cafés, de fait, les hommes ne se présentent pas ! Sinon, ils seraient les bienvenus aussi !

Existe-t-il d'autres associations identiques ailleurs en Bretagne ?

A notre connaissance, non, pas sous cette forme-là. Il y a beaucoup d'associations qui proposent du loisir aux personnes âgées et qui cantonnent souvent les femmes dans des activités de travaux manuels ou de randonnée. Mais des réflexions sur la vieillesse au féminin, il n'y en a pas beaucoup ! Nous ne sommes pas un groupe de loisirs, mais bien de réflexions ! On ne cherche pas à s'occuper, on cherche à poser des questions, à avancer, à partager avec d'autres femmes.

Propos recueillis par Geneviève ROY

Infos pratiques : pour contacter l'association « Pourquoi pas vieilleS ? » envoyer un e-mail à l'adresse suivante : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

Le cours public « Le vieillissement au féminin » se tiendra à Brest tous les quinze jours le mardi de 18h à 19h 30 à la Faculté Victor Segalen.

Il débute le 23 septembre avec la conférence « vieillir une aventure de vie » de Noëlle Chatelet, auteure du livre « La dernière leçon » consacré à la fin de vie de sa propre mère.

Autres rendez-vous : le 7 octobre « femmes et vieillissement, une question sociale » avec Françoise Le Borgne-Uguen ; le 21 octobre « les inégalités de retraites et les disparités de santé entre femmes et hommes âgés » avec Guillaume Fernandez.

Le programme complet est à retrouver sur le site de l'UBO.

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On reste en contact

Grâce à cette rubrique, retournons à la rencontre de femmes qui à un moment de leur parcours ont déjà croisé notre webmagazine depuis sa création en juin 2013...

 

Martha et les "enfants ACZA"

martha

 

Depuis sa création, Breizh Femmes s'intéresse au travail de Martha Diomandé et de son association ACZA qui milite contre l'excision. Pour elle, s'opposer à l'excision, c'est d'abord accompagner les matrones – les exciseuses - vers d'autres pratiques qui permettent de respecter les traditions et d'assurer la formation des petites filles tout en se débarrassant de l'acte mutilant. C'est aussi proposer à ces femmes de rester des membres reconnues de leurs communautés.

Grâce à des campagnes de formation et à la construction de cases de naissance, ACZA est présente dans une quinzaine de villages en Côte d'Ivoire où commence à grandir une nouvelle génération d'enfants qui ne seront jamais excisées et de femmes épanouies dans leur mission d'accoucheuses.

« On ne force personne à venir accoucher dans nos cases – explique Martha Diomandé qui a répondu à quelques questions – mais les femmes qui viennent savent que leur enfant ne pourra pas être excisée. C'est un acte de courage pour elles de s'afficher ainsi. Leurs enfants appartiennent en quelque sorte à l'association. On les appelle les "enfants ACZA" ».

Lire l'interview de Martha Diomandé

Dans la même rubrique, retrouvez également : Céline Boizard ou l'entrepreneuriat comme "une aventure humaine passionnante" ; Anne Lecourt admise dans la cour des grandes.