« Souvent les jeunes nous disent : on se débrouille » raconte Marie-Renée Jamet, déléguée du Mouvement du Nid 56. Mais qu'est-ce qui se cache derrière cette « débrouille » qui leur permet de s'acheter le dernier smartphone à la mode ou des vêtements de marque ? De plus en plus souvent, semble-t-il, c'est la prostitution.

Devant l'ampleur de la situation qui toucherait entre 8000 et 10 000 mineur-es aujourd'hui en France, le Mouvement du Nid lance « un cri d'alarme ». Ce phénomène, mal connu des services sociaux et parfois minimisé par la police, commence souvent par une simple fugue du domicile familial.

Toute la vigilance est requise pour protéger des jeunes en situation de fragilité. En Bretagne, le Nid agit en organisant colloque et formations.

 

 

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Dans le magazine du Mouvement du Nid, Prostitution et Société, on peut lire le témoignage de militant-es engagé-es dans les différentes délégations de France. Ainsi l'une d'elles constate qu'il n'existe « aucun dispositif d'accueil adapté pour la problématique prostitutionnelle » des mineur-es. « Seuls sont proposés des hébergements et un soutien financier, mais le manque essentiel est dans le soutien éducatif et affectif » dit-elle.

Devant l'augmentation constante de la prostitution des mineur-es, le Mouvement du Nid demande que les dispositifs de protection de la jeunesse soit améliorés, qu'il y ait une véritable prévention de l'entrée dans la prostitution mais aussi que soit harmonisé le travail éducatif et social des différents intervenants au service des jeunes.

Prévention, formation, sensibilisation

Déléguée du Mouvement du Nid dans le Morbihan, Marie-Renée Jamet rencontre plus de 2000 collégiens et lycéens chaque année au titre de la prévention ; des temps de réflexion élaborés avec les infirmières scolaires et qui permettent de sensibiliser les adolescents à la violence, au respect de soi et des autres et à l'égalité filles/garçons. Pour ce qui est de la sensibilisation des professionnels, le 27 novembre, la délégation bretonne a organisé un colloque à Lorient et propose des formations dont la prochaine débutera la semaine prochaine à Vannes. Enfin, la délégation 56 intervient aussi sur tout le territoire breton.

nid1La Mission Locale du Bassin d'Emploi de Rennes a de son côté choisi de travailler depuis un an sur la lutte contre la prostitution des jeunes. Elisabeth Mosselin-Delangle, référente santé, reconnaît combien cette question est mal connue des professionnels mais aussi comment ils se sentent souvent mal à l'aise pour en parler avec les jeunes. « Pourtant – dit-elle – tout au long de l'année, on a entendu beaucoup de paroles de jeunes sur leur représentation de la prostitution mais aussi de la sexualité qui nous ont fait penser que c'était un vrai sujet. » La semaine dernière, elle avait donc invité Marie-Renée Jamet à venir rencontrer l'équipe de la Mission Locale et quelques partenaires pour apporter des réponses à leurs questions.

Etre « escorte » c'est chic !

« On ne naît pas prostituée, on le devient ! » dit Marie-Renée Jamet qui rappelle que dans 80% des cas, les personnes prostituées ont été victimes d'abus sexuels dans leur enfance ou leur adolescence.

Concernant la prostitution des mineur-es le premier constat fait par les militant-es d'associations est l'extrême banalisation de l'acte sexuel en général et de la prostitution en particulier que les jeunes d'ailleurs peinent à appeler par son nom. « L'escorting a banalisé la prostitution » résume Marie-Renée Jamet. Etre escorte-girl ou escorte-boy, c'est semble-t-il plus « chic » mais le résultat est le même. Parfois, c'est encore plus violent car les étudiant-es concerné-es prennent rendez-vous par téléphone ou sur Internet sans savoir avec qui ils passeront leur soirée.

nid2La déléguée du Nid a ainsi énuméré les différents pièges tendus aux jeunes : chambre à louer « en échange de menus services » ou emploi d'« hôtesse de bar » notamment. Elle a aussi rappelé que la paupérisation de la société n'épargne pas les plus jeunes et qu'une fois le domicile des parents quitté (pour cause de fugue parfois mais aussi d'exclusion notamment pour les garçons homosexuels) ils sont de plus en plus nombreux à se rendre aux Restos du Cœur ou à la Banque Alimentaire pour y chercher nourriture et vêtements. « Ils traînent dans les rues et sont vite récupérés par le milieu » a-t-elle encore dit insistant sur l'importance des réseaux de proxénétisme et sur l'emprise dont sont victimes les personnes prostituées notamment les mineur-es.

Accepter pour avancer

Quelle attitude avoir face à un ou une jeune qu'on soupçonne de se prostituer ? La question taraudait l'assistance ; Marie-Renée Jamet y a répondu simplement : prendre le temps, être à l'écoute et installer la confiance. Et puis, au moment le plus propice ne pas hésiter à prononcer le mot de « prostitution ». Parce que, dit-elle, « tant que la personne est dans le déni, on ne peut pas avancer avec elle ! »

Témoignant de ses quarante et quelques années de militantisme au sein du Mouvement du Nid, Marie-Renée Jamet le répète à l'envi : « la prostitution, c'est la destruction de la personne ! » Et bien loin des propos relayés par de nombreux médias qui font dire aux personnes prostituées qu'elles ont choisies leur sort et s'y prêtent en toute liberté, elle rappelle que « seulement 2% des personnes prostituées le sont sans proxénète et en dehors de tout réseau. »

Geneviève ROY

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On reste en contact

Grâce à cette rubrique, retournons à la rencontre de femmes qui à un moment de leur parcours ont déjà croisé notre webmagazine depuis sa création en juin 2013...

 

Martha et les "enfants ACZA"

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Depuis sa création, Breizh Femmes s'intéresse au travail de Martha Diomandé et de son association ACZA qui milite contre l'excision. Pour elle, s'opposer à l'excision, c'est d'abord accompagner les matrones – les exciseuses - vers d'autres pratiques qui permettent de respecter les traditions et d'assurer la formation des petites filles tout en se débarrassant de l'acte mutilant. C'est aussi proposer à ces femmes de rester des membres reconnues de leurs communautés.

Grâce à des campagnes de formation et à la construction de cases de naissance, ACZA est présente dans une quinzaine de villages en Côte d'Ivoire où commence à grandir une nouvelle génération d'enfants qui ne seront jamais excisées et de femmes épanouies dans leur mission d'accoucheuses.

« On ne force personne à venir accoucher dans nos cases – explique Martha Diomandé qui a répondu à quelques questions – mais les femmes qui viennent savent que leur enfant ne pourra pas être excisée. C'est un acte de courage pour elles de s'afficher ainsi. Leurs enfants appartiennent en quelque sorte à l'association. On les appelle les "enfants ACZA" ».

Lire l'interview de Martha Diomandé

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