La particularité du centre médical Louis Guilloux à Rennes, c'est qu'on y entend parler le russe, le farsi, le lingala, le kurde ou encore le portugais ou l'arménien.
Ce centre pas tout à fait comme les autres est destiné aux migrants. Plus qu'une consultation médicale, une visite au centre est pour eux l'occasion de découvrir un système de santé dont ils ne connaissent pas les codes.
Pour les femmes enceintes des outils spécifiques sont mis en place. Christine Bodin, chargée de mission du réseau, est fière de cette action, unique en France.

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A Rennes, le réseau Louis Guilloux, anciennement réseau ville-hôpital 35, emploie aujourd'hui 58 personnes. Un chiffre important qui s'explique par la quantité d'emplois à temps partiels concernés ; « en réalité, on arrive à environ 20 équivalents plein temps » précise Christine Bodin, coordinatrice et chargée de communication pour l'association. En effet, si une quinzaine de personnes (secrétaires, animatrices, travailleurs sociaux, infirmiers-ères ou médecins) gèrent l'ensemble des activités ce sont aussi de nombreux interprètes et quelques médecins généralistes ou spécialistes, notamment des gynécologues, qui travaillent souvent quelques heures seulement chaque mois.

Le besoin de se faire comprendre

« L'objectif du centre médical, créé en 2006 – dit encore Christine Bodin – est d'évaluer et d'orienter. Les gens passent. Nous les dirigeons quand ils en ont besoin vers des médecins en ville. » Mais avant toute chose, il faut permettre aux migrants de se faire comprendre.

Louisguilloux1Un pôle interprétariat est donc venu tout naturellement s'adjoindre au pôle santé. Actuellement, dix-sept interprètes aux origines multiples peuvent être sollicités par le réseau selon les demandes du public. « Ce sont souvent des gens originaires eux-mêmes du pays dont ils parlent la langue – décrit Christine Bodin – ils ont donc une connaissance culturelle qui est aussi intéressante pour nous. »

Parmi les personnes accueillies, la moitié à peu près sont des femmes, parfois arrivées en famille mais de plus en plus, notamment pour les plus jeunes, venant seules. « On s'est très vite aperçu que les femmes venant consulter chez nous, notamment les femmes enceintes, avaient du mal à appréhender leur suivi médical, la connaissance du système de soin français. » reconnaît Christine Bodin. En partenariat avec des sages-femmes des PMI, des puéricultrices, des partenaires hospitaliers, etc. le réseau a donc mis en place des ateliers de savoir sociolinguistiques spécialisés sur la maternité pour les femmes migrantes.

Des temps entre femmes uniquement

Ici, pas de cours de français à proprement parler. Les temps d'atelier ont un objectif très précis et on y apprend donc essentiellement le vocabulaire concernant la grossesse, l'accouchement, la maternité, la petite enfance. Les femmes s'y familiarisent avec les lieux où elles devront se rendre pour leur rendez-vous notamment pour le suivi médical obligatoire avant et après la naissance de bébé. En groupe, elles peuvent visiter des PMI, découvrir l'échographie mais aussi l'allaitement ou la contraception ou encore se préparer à une visite : apprendre à se présenter, savoir quels documents sont nécessaires, etc. Le tout entre femmes ; les hommes, même les futurs papas, ne sont pas autorisés à participer.

« Ce n'est que pour les femmes, c'est une volonté du centre - insiste Christine Bodin - quelquefois, elles ne se sentent pas à l'aise avec un homme dans un atelier comme celui-là et ne disent pas les mêmes choses. Et puis, pour nous, c'est important que se soit un temps pour elles. Se retrouver une fois par semaine avec d'autres femmes, elles aussi enceintes, ça les réconforte. Ce qui les rassemble, c'est la future naissance et certaines nouent des liens très forts entre elles ! »

Afin de faire connaître cette action, Christine Bodin circule dans les quartiers de Rennes où sont repérées des problématiques sociales. « L'essentiel – dit-elle – c'est que toutes les femmes sachent qu'on est là et qu'on les accueillera quel que soit leur degré de connaissance de la langue française et l'avancée de leur grossesse. » Et puis, ajoute-t-elle fièrement « on s'est renseigné, a priori, des actions comme la notre, il n'en existe nulle part ailleurs ! »

Louisguilloux3Des petits dessins tout simples

Le réseau Louis Guilloux propose également un outil pédagogique destiné à celles qui ne peuvent pas bénéficier des ateliers ou ne souhaitent pas s'y rendre : un imagier qui permet d'accompagner une consultation d'urgence.

« C'est très simple – explique Christine Bodin en dépliant le document – il s'agit de petits dessins accompagnés de textes courts. » D'un côté, se trouvent les symptômes, tout ce qui amène la femme à consulter : je saigne, j'ai mal à la tête, ça brûle, je dors mal, je vomis, etc. ainsi que les renseignements qui peuvent guider le personnel médical dans sa consultation : j'ai déjà eu des enfants, j'ai eu une césarienne, etc. De l'autre côté sont illustrées les pratiques médicales comme la prise de sang, l'échographie, l'analyse d'urine, etc.

Et pour que tout le monde s'y reconnaisse, les patientes dessinées sont tantôt blanches, tantôt noires, mais précise Christine Bodin, « pas toutes de la même couleur : rose ! »

Geneviève ROY

Pour aller plus loin :

Télécharger l'imagier

Réseau Louis Guilloux – 23 rue d'Aiguillon – 35200 Rennes – métro Clémenceau – Bus n°3 – 02 99 32 47 36 et sur internet

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On reste en contact

Grâce à cette rubrique, retournons à la rencontre de femmes qui à un moment de leur parcours ont déjà croisé notre webmagazine depuis sa création en juin 2013...

 

Martha et les "enfants ACZA"

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Depuis sa création, Breizh Femmes s'intéresse au travail de Martha Diomandé et de son association ACZA qui milite contre l'excision. Pour elle, s'opposer à l'excision, c'est d'abord accompagner les matrones – les exciseuses - vers d'autres pratiques qui permettent de respecter les traditions et d'assurer la formation des petites filles tout en se débarrassant de l'acte mutilant. C'est aussi proposer à ces femmes de rester des membres reconnues de leurs communautés.

Grâce à des campagnes de formation et à la construction de cases de naissance, ACZA est présente dans une quinzaine de villages en Côte d'Ivoire où commence à grandir une nouvelle génération d'enfants qui ne seront jamais excisées et de femmes épanouies dans leur mission d'accoucheuses.

« On ne force personne à venir accoucher dans nos cases – explique Martha Diomandé qui a répondu à quelques questions – mais les femmes qui viennent savent que leur enfant ne pourra pas être excisée. C'est un acte de courage pour elles de s'afficher ainsi. Leurs enfants appartiennent en quelque sorte à l'association. On les appelle les "enfants ACZA" ».

Lire l'interview de Martha Diomandé

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