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A l'étage du café où l'on s'est donné rendez-vous, Oriane Pigache boit son jus de fruit devant la fenêtre ouverte sur la ville. Cette jeune femme souriante semble avoir tout son temps pour profiter d'une belle après-midi ensoleillée.

Mais dès qu'elle parle on comprend que son emploi du temps est pourtant chargé. « Je ne vous cacherai pas que j'ai des réunions tous les soirs » dit-elle avec une bonne humeur apparente.

En quelques mois en effet, elle est passée de la posture d'une lycéenne timide à celle d'une étudiante militante surbookée jusqu'à être candidate aux dernières élections départementales.

Un parcours fulgurant qui l'étonne elle-même !

 

Oriane Pigache a grandi en région parisienne mais se considère Bretonne et pas seulement parce qu'elle vit à Rennes depuis la dernière rentrée universitaire. « Ma mère s'appelle Le Bec et mon deuxième prénom est Nolwenn – sourit-elle – on peut dire quand même que je suis Bretonne ! » Celle qui revendique une famille du côté de Cancale a choisi la Bretagne pour y faire ses études car elle n'avait « pas envie de continuer à vivre à Paris. » Question d'environnement, sans doute.

En effet, c'est en fac de Géographie Aménagement Environnement que la future urbaniste finit sa première année d'études. Une année chargée puisque le jour même de sa rentrée, elle adhère au parti politique Europe Ecologie Les Verts et commence à militer activement au sein d'un syndicat d'étudiants. « J'essaie de m'engager pour essayer de faire changer les choses à ma manière » résume-t-elle.

Travailler en militant et militer en travaillant

Oriane3L'engagement, une culture familiale ? Pas vraiment reconnaît Oriane dans un premier temps parlant de parents autrefois syndiqués mais peu actifs aujourd'hui. Avant de se raviser : « j'ai fait ma première manifestation à six mois dans les bras de mes parents ! » Apparemment, ça laisse des traces ; les derniers défilés c'était il y a quinze jours contre Monsanto et c'est elle qui chantait dans le mégaphone et samedi dernier pour la Marche des Fiertés. « J'y étais forcément – dit-elle – je suis coordinatrice de l'association des jeunes écologistes. » Ah, un nouvel engagement, alors ! Elle rit – Oriane rit beaucoup durant cet entretien – et avoue que pourtant, il lui reste du temps pour sortir et jouer au badminton « en compétition » !

Cet agenda bien rempli ne fait pas peur à l'étudiante. « Je suis assez organisée – dit-elle– et ça s'emboîte assez facilement. » Elle y voit même un avantage : « toutes les connaissances que j'ai grâce à EELV me servent pour mes études et du coup, j'ai moins besoin de travailler sur certaines choses comme la décentralisation par exemple qui est à la fois un point important du premier semestre à la fac et dont on parle beaucoup en réunions politiques. »

Et de rajouter : « de toute façon mes loisirs, c'est aussi faire de la politique, puisque c'est ce que j'aime ! » Sa famille ne l'imaginait certes pas prendre de telles responsabilités si vite. « J'en parlais des fois mais sans beaucoup de convictions, comme on parle dans un repas de famille » dit-elle. Et puis, surtout, elle avait un empêchement majeur : sa timidité. « Quand je faisais des exposés en classe, j'étais très stressée ; il m'est arrivé même de pleurer durant un examen parce que j'avais peur de m'exprimer à l'oral ! »

Etre devancé par le FN, ça fait mal

Une timidité semble-t-il vaincue. « La campagne électorale m'a libérée » dit aujourd'hui celle qui avoue préférer s'affronter avec des personnes qui ne partagent pas ses convictions. « J'aime bien discuter avec les gens qui ne sont pas d'accord et essayé de les convaincre ; ça donne plus de piment ! »

Oriane4Du piment, Oriane en a eu autant qu'elle souhaitait cette année. Adhérente en septembre, on lui propose dès le mois de novembre d'être candidate EELV aux élections départementales, tête de liste en binôme avec Martin Siloret. L'histoire va très vite et Oriane n'accepte pas tout de suite. « Je me disais : ce n'est pas possible, je ne peux pas faire ça ! Et puis, j'ai pris confiance en moi. » Une expérience qu'elle qualifie aujourd'hui « d'enrichissante » et « plutôt enthousiasmante ». Si elle pointe les désagréments notamment dus à son sexe et à sa jeunesse, elle en garde un bon souvenir. « Ce n'était pas toujours facile – avoue-t-elle tout de même – notamment parce que les gens vouvoyaient Martin et souvent, moi, ils me tutoyaient. Je ne comprenais pas et j'avais un peu de mal avec ça ! Je sais qu'il y a eu des problèmes dans certains binômes paritaires où c'était l'homme qui dominait, mais, moi, ça allait ; Martin était très attentif à me laisser m'exprimer et il m'a beaucoup soutenue. »

Oriane n'a pas été élue et elle n'en a pas été surprise. En revanche, quelle déception pour elle de voir la liste Front National devancer celle d'EELV. « Ça nous a vraiment fait mal - assure-t-elle – le FN nous a battu de dix-huit voix ! » La déception passée, elle rêve désormais de s'engager plutôt à l'interne du parti mais confie que si on lui demande pour les régionales...

Grenoble : un rêve d'écologiste

Oriane a eu dix-neuf ans voilà quelques jours. L'âge de tous les rêves. « Mai 68, j'aimerais bien qu'il y en ait un nouveau ! » lance-t-elle dans le feu de la discussion. Avec du regret dans la voix, elle dit qu'elle était « petite » quand François Hollande est arrivé au pouvoir et qu'elle ne manifestait pas encore quand Nicolas Sarkozy était président. Pourtant, à ce moment-là, c'était apparemment plus facile de faire « descendre les gens dans la rue. »

Oriane2La loi de transition énergétique vient d'être votée par l'Assemblée Nationale. Oriane veut y croire. « Je suis optimiste même si je n'attends pas que se soit exceptionnel – dit-elle pragmatique – Pour nous, ce n'est jamais assez mais ça va dans le bon sens. » La militante EELV est fière que son parti soit présent dans la majorité municipale de Rennes. Même si bien sûr, le modèle de Grenoble la fait davantage rêver.

« Avant, j'étais féministe dans ma tête » dit la jeune femme qui estime avoir évolué vers un engagement plus conscient ces dernières années. Et comment ne pas la croire quand elle raconte avoir interpellé un homme « un prof, sans doute » dans le hall de la fac quelques jours plus tôt parce qu'il s'adressait à une femme avec mépris. « Il y a des choses comme ça qui me choquent tellement que je n'hésite pas à intervenir même si ça peut être un peu chaud ! »

Pourtant son modèle politique n'est pas une femme. « J'aime bien Sandrine Rousseau – dit-elle – c'est la porte-parole d'EELV et j'admire son parcours. Mais, moi, mon modèle c'est Yves Cochet. Déjà, il est Breton et il a commencé comme moi dans le syndicalisme à Rennes. Et puis, il est très à gauche chez EELV ; comme moi ! »

Geneviève ROY

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On reste en contact

Grâce à cette rubrique, retournons à la rencontre de femmes qui à un moment de leur parcours ont déjà croisé notre webmagazine depuis sa création en juin 2013...

 

Martha et les "enfants ACZA"

martha

 

Depuis sa création, Breizh Femmes s'intéresse au travail de Martha Diomandé et de son association ACZA qui milite contre l'excision. Pour elle, s'opposer à l'excision, c'est d'abord accompagner les matrones – les exciseuses - vers d'autres pratiques qui permettent de respecter les traditions et d'assurer la formation des petites filles tout en se débarrassant de l'acte mutilant. C'est aussi proposer à ces femmes de rester des membres reconnues de leurs communautés.

Grâce à des campagnes de formation et à la construction de cases de naissance, ACZA est présente dans une quinzaine de villages en Côte d'Ivoire où commence à grandir une nouvelle génération d'enfants qui ne seront jamais excisées et de femmes épanouies dans leur mission d'accoucheuses.

« On ne force personne à venir accoucher dans nos cases – explique Martha Diomandé qui a répondu à quelques questions – mais les femmes qui viennent savent que leur enfant ne pourra pas être excisée. C'est un acte de courage pour elles de s'afficher ainsi. Leurs enfants appartiennent en quelque sorte à l'association. On les appelle les "enfants ACZA" ».

Lire l'interview de Martha Diomandé

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