On pourrait presque croire que le phénomène est nouveau tant on en parle depuis quelques années. Pourtant, le harcèlement de rue ne date pas d'hier. Si cette impression de nouveauté persiste, c'est, pour Marion, étudiante à Sciences Po Rennes (l'Institut d'Etudes Politiques - IEP), parce que désormais on sait le nommer. « C'est plutôt positif – dit-elle – parce qu'il y a une prise de conscience du problème ; si on commence à verbaliser on commence aussi à se mobiliser contre. »

mainauxfessesAvec quatre camarades – Nina, Maureen, Grégoire et Barthélémy – Marion est à l'origine du collectif la Main aux Fesses qui organisait samedi un événement de sensibilisation place Hoche, à Rennes. Pour eux, il s'agit d'un exercice grandeur nature dans le cadre de leur quatrième – et avant-dernière – année d'études.

« On nous a donné l'opportunité de monter un projet - explique la jeune femme – et c'est ce thème qui nous a semblé intéressant ». Filles ou garçons, ils et elles reconnaissent avoir un jour été victime ou témoin de harcèlement dans l'espace public ; dans leurs conversations, c'est un sujet récurrent.

Le groupe, rapidement baptisé la Main aux Fesses , se lance d'abord dans une phase de recherche puis publie une série d'articles sur Jactiv Ouest-France. Sociologues, élu-e-s, formateurs de self-défense, créateurs d'applications dédiées... les étudiant-e-s envisagent tous les points de vue. Et participent même à une rencontre du Comité Consultatif des Droits des Femmes de Rennes Métropole où la société Kéolis est venue chercher des idées pour mener une campagne contre le harcèlement dans les transports publics.

Un projet à poursuivre et à exporter

Pour clore l'année universitaire, le collectif a envie d'organiser un événement public. Et comme à cinq, c'est un peu difficile, les jeunes gens font appel à quelques associations féministes concernées qui acceptent de les soutenir. Samedi 29 avril, Osez le Féminisme 35, le collectif FéminismeS de Rennes 2 et Stop Harcèlement de Rue Rennes étaient également place Hoche pour distribuer flyers et bonnes paroles, faire de la prévention et donner les informations essentielles sur le sujet.

temoignages« Les gens sont plutôt réceptifs » se félicite Marion qui se réjouit d'avoir pu échanger avec des femmes mais aussi des hommes, avec des jeunes mais aussi des moins jeunes. Dans les différents stands des espaces sont réservés pour les témoignages ; sur des post-it, on peut lire quelques exemples d'insultes fréquemment entendues. A côté, sur une carte de la ville, des punaises de couleurs indiquent les différents endroits du centre-ville propices au harcèlement de rue.

L'année prochaine, Marion et ses ami-e-s seront en dernière année d'études et ne pensent plus avoir de temps à consacrer à leur collectif. Ce qu'ils-elles espèrent c'est que d'autres étudiant-e-s voudront bien prendre la relève pour poursuivre sur ce thème « ou choisir un autre projet féministe » précise Barthélémy tandis que Marion rêve que l'idée « s'exporte dans d'autres villes ».

Sciences Po, pas épargné par le sexisme

A Sciences Po, ils n'ont pas été les premiers à interpeller les étudiant-e-s sur les droits des femmes. Depuis sa création, la Main aux Fesses est soutenu par l'association George Sand, fondée en 2014. Inès, co-présidente, et Morgane, déléguée à la communication, étaient bien sûr présentes elles aussi samedi.

georgessand« Les gens croient que parce qu'on est à Sciences Po, c'est différent – s'étonne Inès – mais évidemment que non et notre action n'est pas vaine ! Avec George Sand, on veut sensibiliser aux thématiques féministes, permettre de déconstruire tout ce qu'on considère comme normal et qui ne l'est pas ; nous aussi il nous arrive d'être victimes de sexisme dans nos soirées notamment. »

L'association – dont le nom a été choisi par les fondatrices pour rendre hommage à l'écrivaine qui avait dû prendre un nom masculin pour se faire éditer – organise régulièrement des cafés débats et des conférences. Si ces soirées sont largement ouvertes, elles se déroulent toujours en interne à l'école. Pour la première fois donc, à l'initiative de la Main aux Fesses, Sciences Po était hors les murs pour cette journée de sensibilisation.

Geneviève ROY

Pour aller plus loin : on peut consulter la page facebook de la Main aux Fesses ainsi que le blog et la page facebook de l'association George Sand.

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On reste en contact

Grâce à cette rubrique, retournons à la rencontre de femmes qui à un moment de leur parcours ont déjà croisé notre webmagazine depuis sa création en juin 2013...

 

Martha et les "enfants ACZA"

martha

 

Depuis sa création, Breizh Femmes s'intéresse au travail de Martha Diomandé et de son association ACZA qui milite contre l'excision. Pour elle, s'opposer à l'excision, c'est d'abord accompagner les matrones – les exciseuses - vers d'autres pratiques qui permettent de respecter les traditions et d'assurer la formation des petites filles tout en se débarrassant de l'acte mutilant. C'est aussi proposer à ces femmes de rester des membres reconnues de leurs communautés.

Grâce à des campagnes de formation et à la construction de cases de naissance, ACZA est présente dans une quinzaine de villages en Côte d'Ivoire où commence à grandir une nouvelle génération d'enfants qui ne seront jamais excisées et de femmes épanouies dans leur mission d'accoucheuses.

« On ne force personne à venir accoucher dans nos cases – explique Martha Diomandé qui a répondu à quelques questions – mais les femmes qui viennent savent que leur enfant ne pourra pas être excisée. C'est un acte de courage pour elles de s'afficher ainsi. Leurs enfants appartiennent en quelque sorte à l'association. On les appelle les "enfants ACZA" ».

Lire l'interview de Martha Diomandé

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