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« Quand je suis arrivée aux Roz'Eskell, je n'en pouvais plus de ramer toute seule » avoue aujourd'hui Chantal Durand.

Pour elle, comme pour la trentaine de membres de ce groupe de sportives pas comme les autres, l'équipe de dragon boat mise en place par l'association CAP OUEST est « un instant parenthèse ».

Le point commun de toutes ces femmes : le cancer du sein. Elles en souffrent ou en ont souffert, mais ne sont pas là pour en parler. « Pas besoin de se parler, on se comprend » dit encore Géraldine Giboire, vice-présidente de l'association.

Quand elles se retrouvent c'est pour faire du sport et se lancer des défis comme celui qui les a menées jusqu'à Venise au printemps dernier.

 

L'idée est lancée en septembre 2013 par le docteur Cécile Bendavid, chirurgienne oncologue à Eugène Marquis, et quelques collègues qui fondent à Rennes l'association CAP OUEST. CAP comme : cancer activité physique. Car, en effet, leur propos est bien de dire aux malades : non seulement votre maladie ne vous empêche pas de pratiquer le sport, mais des sports adaptés peuvent vous permettre de mieux vivre vos traitements.

Première activité proposée par CAP OUEST, le dragon boat est une discipline reconnue pour ses effets bénéfiques sur les personnes atteintes de cancer du sein. Initié au Canada, le dragon boat est déjà pratiqué par des femmes malades en France notamment à Reims et trouve très vite son public à Rennes. Une équipe se forme autour de coaches venues du pôle espoir de Cesson Sévigné. Si les mouvements de pagaie favorisent le drainage lymphatique du côté qui a été opéré, plus généralement l'activité physique réduit la fatigue après les traitements et limite les risques de récidive.

« Le bateau continue à avancer »

Des bienfaits physiques, certes ; mais pour Chantal Durand ça va plus loin. « Beaucoup de femmes disent que depuis qu'elles viennent ramer elles ont moins de mal à parler de leur cancer à leur entourage » dit-elle. C'est bien connu, en effet, « le cancer est une maladie qui isole » et Roz'Eskell veut donner des ailes (roses) à toutes ces femmes, comme le nom (breton) du club le souligne. « Si on est mieux dans sa tête, on va mieux suivre les traitements et mieux les supporter ! »

roz2« Ce qui est tout à fait étonnant – s'amuse encore Chantal Durand – c'est que lorsqu'on se retrouve entre nous, on ne parle pas du tout de la maladie ! ». C'est un « instant parenthèse » qui permet en outre de faire se rejoindre des femmes d'âges et de milieux sociaux très différents. Et si l'on n'y parle pas de compétition, c'est bien le collectif qui y a toute sa place. « On est ensemble dans le même bateau, on rame ensemble et toutes dans la même direction » résume Chantal Durand qui tient à préciser que peu importe le niveau de chacune ou son état de fatigue : « il faut qu'on rame toutes de la même façon, c'est-à-dire qu'on fasse les mêmes mouvements en même temps mais ça ne veut pas dire qu'on est toutes obligées de pagayer. Quand l'une est trop fatiguée, elle s'arrête mais le bateau continue à avancer ! Sur la symbolique, c'est le top ! »

« Comme une petite lueur dans ce qui nous a frappées »

Leur détermination les a menées jusqu'à Venise où les Roz'Eskell ont participé en mai dernier à l'épreuve de la Vogalonga, une course de trente-deux kilomètres sur les célébrissimes canaux italiens. « C'était d'abord un défi physique pour nous – racontent Chantal Durand et Géraldine Giboire – un rêve devenu réalité ! » Un enjeu énorme, donc, pour ces femmes, et pas seulement un enjeu physique. Il a fallu trouver des sponsors, organiser le voyage et le séjour, ménager des plages de repos pour les plus fatiguées, rassurer les familles qui n'étaient pas du voyage mais aussi emmener symboliquement celles qui n'avaient plus la force d'aller au bout du rêve ou qui n'étaient déjà plus là. Une façon de témoigner aussi et de « donner du courage à toutes celles qui se sentent seules ».

roz3« Une aventure de femmes, comme une petite lueur dans ce qui nous a frappées » dit Géraldine Giboire. Et cette petite lueur, deux photographes de L'association rennaise Yadlavie ont su la capter. « Elles ont fait des photos, elles nous ont interviewées – dit Chantal Durand – Je pense que ça peut nous aider dans notre reconstruction narcissique alors qu'on se sent blessées, atteintes par le côté disgracieux de nos cicatrices. »

« Une espèce de sororité entre nous »

Car le combat le plus difficile que continuent de mener ces femmes se joue contre la maladie. « Le jour où l'on m'a annoncé la maladie, j'ai perdu mon insouciance – dit sobrement Géraldine Giboire - Finir les traitements, ça ne veut pas dire pour nous que tout est fini. D'ailleurs, moi, je ne sais pas si un jour je serai guérie dans ma tête ; j'ai compris que j'étais mortelle ! » Aujourd'hui, elle vit « différemment » et, en partie, grâce au projet Roz'Eskell.

Et parce que faire du sport quand on a un cancer n'est pas encore une évidence pour tous, y compris dans le monde médical, le prochain défi de CAP OUEST est l'organisation d'un colloque le 17 octobre prochain.

Pourtant, pour se convaincre de l'intérêt d'un tel projet, il suffit d'écouter Chantal Durand. « L'aventure des Roz'Eskell va plus loin que ce que le docteur Bendavid avait imaginé – dit-elle – ça développe une espèce de sororité entre nous. Début septembre, j'étais comme une gamine à l'idée de retrouver les filles »

Geneviève ROY

Photos Yadlavie

Pour aller plus loin : Colloque sport et cancer le 17 octobre à Rennes avec exposition des photos de Yadlavie puis rassemblement de dragon ladies le 18 octobre

 

Rendez-vous littéraire

livreanneElle écrit l'enfance trahie, l'enfance bafouée, l'enfance meurtrie. Et ce qu'il en reste quand on devient grand-e et qu'il faut vivre avec, vivre quand même. Elle écrit la tendresse qui manque et l'âpreté des mots, la famille en miettes et la dureté des coups.

Pour son premier roman, Anne Lecourt, que Breizh Femmes suit depuis longtemps, livre un tout petit livre qui se lit d'une traite. Mais qui reste en mémoire. Une longue interrogation sur les relations mères filles, ce qu'elles sont et ce qu'elles pourraient être.

Entre résilience et réminiscence, ce personnage qui n'a-pas-de-nom, tangue d'un passé non dit à un avenir à construire ; un beau portrait de femme qui n'a pas fini de nous hanter.

On retrouvera avec bonheur Anne Lecourt le mardi 12 mars à 18h 30, à la Maison de Quartier Saint-Martin (Maison Bleue) pour un échange autour de son précédent livre « Les discrètes, paroles de Bretonnes »

Pour aller plus loin : Sept jours en face de Anne Lecourt, éditions Parole (2019) - 12 €