Faire des recherches historiques c'est pendant longtemps travailler dans l'ombre et le silence des bibliothèques ou des archives et puis un jour voir le fruit de son travail exposé au public.

Lydie Porée et Patricia Godard, après plus de quatre ans de labeur, abordent cette étape avec à la fois la sortie d'un livre prévue pour la mi février et la distribution depuis plusieurs mois d'un « journal », sorte d'itinéraire pour se balader dans les rues de Rennes.

Le point commun entre ces deux réalisations : l'histoire du féminisme à Rennes dans les années 1960/1980.

 

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Au départ de l'histoire il y a deux jeunes femmes ; l'une est archiviste, l'autre professeure des écoles. Parce qu'elles se sont engagées dès le début des années 2000 dans les associations féministes locales, d'abord Mix-Cité puis Questions d'égalité, elles ont envie de connaître l'histoire de celles qui les ont précédé, ces femmes modestes qui ont gardé peu d'archives de leurs combats et qui restent aujourd'hui présentes dans les associations ou les institutions encore actives dans la défense des droits des femmes. « On voulait parler de cette histoire mal connue et réhabiliter les actions menées par ces femmes ».

Quatre ans et demi plus tard, et quelque 40 rencontres riches de souvenirs évoqués, Lydie Porée et Patricia Godard connaissent sur le bout des doigts l'histoire des luttes féministes à Rennes entre 1965 – année de création du Planning familial – et les années 80.

Des luttes d'abord mixtes

couverture« On a pris une définition assez large du mot « féminisme » - explique Lydie Porée – on a considéré les personnes ou les groupes qui se sont mobilisés pour les droits des femmes. Ce qui ne veut pas dire que ces personnes ou ces groupes se disaient à l'époque féministes. Le féminisme, par exemple, n'était pas du tout la motivation première de ceux qui ont créé le Planning familial à Rennes. Et au niveau national, il faut attendre 1983 pour que le MNPF mette officiellement le terme « féministe » dans ses statuts. Dans les années 70/80, il s'agit plutôt de luttes visant à une émancipation par rapport à l'Eglise ; on parle de liberté sexuelle pour les couples d'abord, et du coup il en résulte aussi des droits pour les femmes. »

« Avant la loi Veil les luttes pour la contraception et l'avortement étaient des luttes mixtes – rappelle aussi Patricia Godard – ensuite les hommes se sont un peu moins investis sauf des médecins qui mettaient en avant les aspects techniques et philosophiques de leur profession. »

Les sujets des luttes de ces années-là tournent en effet autour des droits à la contraception et à l'avortement portés par des groupes comme Choisir ou le MLAC. « C'était une époque un peu bohème – raconte encore Lydie Porée – les combats ont évolué en fonction des préoccupations personnelles des femmes. Elles ont d'abord combattu pour la légalisation de l'avortement et de la contraception puis quand elles sont devenues mères, elles ont lutté pour une naissance autrement et des crèches parentales. C'étaient des années d'engagement total ; tout était réunion, action. Ca leur prenait toute leur vie. »

souscriptionOn sent une certaine admiration dans la voix de la jeune femme qui reconnaît que l'époque permettait à ces femmes de mettre une carrière entre parenthèses pendant quelque temps tout en étant sûre de retrouver du travail ensuite. Aujourd'hui, s'engager à fond semble plus difficile. « On est évidemment admiratives, mais pour elles ça semble normal » dit encore celle qui ne cesse de louer la « modestie » de ces pionnières.

Une balade dans le temps

« Il y a vraiment quelques figures notamment celles qui ont créé des groupes de paroles pour les femmes au début des années 70. Elles sont citées dans notre livre et ça nous tenait à cœur que leurs noms puissent ressortir. » Et d'énumérer - « tant pis pour leur modestie ! » - celles qui ne sont plus là comme Marie-Jo Audrouing, Laurence Paillard, ou Anne Cogné disparue en septembre dernier mais aussi celles qui poursuivent leurs engagements comme Catherine Guy, Lilette Ferré ou Françoise Tyrant, ancienne chargée de mission de la ville de Rennes, ou encore Colette Cosnier, professeure à Rennes 2 et auteure de plusieurs ouvrages, ou Ghislaine Mesnage, créatrice d'une commission « femmes » à la CFDT en 1974.

Car celles et ceux qui s'engagent voilà quarante ans pour les droits des femmes le font aussi au nom de la lutte des classes. L'interdiction de l'avortement pénalisait surtout les femmes des milieux populaires qui n'avaient pas les moyens de se rendre à l'étranger.

Depuis quelques mois déjà, Lydie et Patricia propose un itinéraire de balade dans le Rennes féministe disponible gratuitement dans trois lieux de la ville : les librairies Planète Io et l'Alphagraph et le bar le Papier Timbré. « On organisait des visites guidées et on a pensé qu'une déclinaison papier permettrait aux gens de faire cette visite en autonomie. On a été sollicitées par une étudiante des Beaux Arts qui souhaitait illustrer le projet ; ce journal « Rennes au féminisme » permet de se balader dans différents lieux qui ont connu des activités féministes dans les années 70 à Rennes. » Un outil pédagogique qui peut aussi être « utilisé par des scolaires » rappelle Patricia Godard.

journal planchesAinsi, du 9 place de Bretagne, premier local du Planning familial, au 13 rue Saint-Michel où se réalisaient des avortements illégaux, en passant par la salle de la Cité où fut projeté le film « Histoires d'A » et bien d'autres lieux, on peut à son gré remonter le temps.

En attendant la sortie en février prochain du livre « Les femmes s'en vont en lutte » aux éditions Goater qui fait revivre de façon beaucoup plus détaillée toutes ces années d'histoire locale. Toujours soucieuses d'être dans la transmission, les deux jeunes femmes insistent sur le sous-titre «histoire et mémoire du féminisme à Rennes »

 

Geneviève ROY

 

 

 

On peut déjà participer à la souscription et réserver ainsi son exemplaire du livre au prix de 12€ - au lieu de 14 à sa parution – soit auprès de l'éditeur soit directement au bar le Papier Timbré. Souscription close le 12 février.
Plus d'infos sur le site de l'association Histoire du Féminisme de Rennes.

 

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