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C'est avec beaucoup d'humilité qu'elle évoque son engagement au Refuge.

Entourée d'une quinzaine de bénévoles, Anne-Joëlle Chauvin anime à Rennes la délégation départementale qui a vu le jour à l'automne 2015.

Elle reconnaît qu'il faut du temps pour « s'approprier les différentes missions de l'association » et se faire connaître. Mais c'est en bonne voie.

Sa priorité reste les jeunes accueillis et accompagnés. « Chaque cas est particulier – dit-elle - chaque famille a son histoire ; on y va sur la pointe des pieds mais pour nous, c'est le jeune qui compte avant tout ! »

 

L'urgence, Anne-Joëlle Chauvin connaît bien. C'est un peu le cœur de mission du Refuge. Quand un jeune appelle la ligne téléphonique nationale et que la délégation d'Ille-et-Vilaine est interpellée, c'est qu'il faut trouver une solution rapidement. « En général, ils se font mettre à la porte par leurs parents » dit-elle sobrement. D'autres sont déjà à la rue quand ils contactent l'association.

Ils, ce sont des jeunes, principalement des garçons, de dix-huit à vingt-cinq ans dont les familles n'acceptent pas l'orientation sexuelle. « Leur vie est parfois en danger ; il faut alors mettre une distance entre eux et leur famille pour les protéger » dit encore Anne-Joëlle citant les principaux freins à l'acceptation : la religion, les traditions, le poids de la culture familiale, la peur sans doute aussi du regard de l'entourage. Il est encore difficile en France en 2017 de faire son coming-out ! Les jeunes homosexuel-le-s sont treize fois plus nombreux que les autres à faire des tentatives de suicides rappelle le flyer du Refuge.

« Le Refuge, c'est pas de l'art floral ! »

Les jeunes qui s'adressent au Refuge sont « plein d'incertitudes et cherchent à être rassurés ». Parfois, une écoute et un échange pourra suffire à les maintenir dans leurs familles où ils trouveront leur équilibre. « Heureusement, les parents ne sont pas tous des vilains méchants - plaisante Anne-Joëlle – quelquefois c'est le jeune qui se pose des questions et ne sait pas comment leur parler. » Parfois, les différends se résolvent au bout de quelque temps ; « s'ils peuvent retisser des liens avec leur famille, c'est important ».

refuge2Pour les urgences, à Rennes, la délégation dispose d'un appartement pouvant héberger trois personnes. Chaque jeune hébergé signe un contrat d'un mois qui peut être renouvelé jusqu'à six mois. C'est en principe suffisant pour lui permettre de « se réparer, de reprendre confiance ». Avec les bénévoles du Refuge, il va mettre ce temps à profit pour trouver un emploi ou une formation, rencontrer des travailleurs sociaux, la Mission Locale, etc. « On optimise sans ouvrir toutes les portes parce qu'il faut qu'ils connaissent les étapes à franchir dans la vraie vie – explique la déléguée rennaise – On essaie de mettre au service des jeunes nos propres réseaux et nos compétences. »

Et les compétences ne manquent pas au Refuge. Les bénévoles, même s'ils se renouvellent régulièrement, viennent de tous les milieux : étudiant-e-s, fonctionnaires, aides-soignant-e-s, retraité-e-s... Eux et elles aussi signent un contrat d'engagement notamment par souci de confidentialité et de discrétion. « C'est très complémentaire – se réjouit Anne-Joëlle – d'avoir dans l'équipe quelqu'un qui travaille chez un bailleur social, une dessinatrice en architecture et un psychologue retraité par exemple ! Je dis souvent : le Refuge, c'est pas de l'art floral ! »

Autrement dit : on n'y vient pas par hasard. « Soit on est touché par la cause d'une manière ou d'une autre, soit on est soi-même homosexuel-le – analyse Anne-Joëlle – mais on est là avant tout avec le cœur ! » Elle décrit une « implication importante » imposée par des « relations régulières pour établir un lien de confiance » soit pour travailler avec les jeunes sur leurs projets de vie soit pour accompagner les temps de convivialité ou les sorties. Dans tous les cas, il faut faire preuve de bienveillance et être en capacité de vivre avec les jeunes « des choses parfois un petit peu lourdes ! » « Il faut réussir à doser tout ça sans se faire croquer » dit Anne-Joëlle qui garde toujours son téléphone à portée de main ; même quand elle ne décroche pas sur ses heures de travail, elle trouve un moment pour vérifier ses messages au cas où il y aurait une urgence.

« On a des choses à apprendre, mais on est pleins de bonne volonté »

Au mois de mai, comme chaque année, le Refuge a organisé sa Semaine Nationale autour du 17 mai, journée internationale contre l'homophobie. L'occasion pour Anne-Joëlle et les autres bénévoles de Rennes de mieux faire connaître leurs actions. Avec un thème fédérateur pour 2017 : le harcèlement homophobe et transphobe en milieu scolaire.

« Le mot "pédé" est banalisé dans le langage des enfants – et des adultes aussi d'ailleurs – ça peut être très violent à entendre quand déjà on a du mal à sortir du placard. Les gens ne se rendent pas compte de la portée de leur parole ! » estime Anne-Joëlle qui dénonce les propos insultants dont sont victimes les bénévoles ou les visiteurs du Refuge autour du local de l'association.

Pour l'avenir du Refuge 35, les projets ne manquent pas. Mais la déléguée souhaite que les choses se fassent en douceur. « On préfère aller à notre rythme et tisser des liens pérennes avec les gens – dit-elle – En étant bénévoles et non pas travailleurs sociaux, on a beaucoup de choses à apprendre, mais on est pleins de bonne volonté. On fait avec nos moyens, sans s'éparpiller et dans une bonne ambiance. »

Les partenariats existent déjà avec la Fondation Abbé Pierre, le CGLBT ou le Planning Familial. L'accueil de la ville de Rennes a été très favorable ; l'association se verra bientôt confier les clefs d'une maison qui permettra d'héberger plus de jeunes en demande. Pour le reste, Anne-Joëlle est confiante. « On prend nos marques – dit-elle – et nos fondations commencent à prendre forme. » Et dans un sourire, elle se dit fière d'être une des deux seules femmes à la tête de délégations du Refuge en France ; et la seule à s'être dotée depuis peu d'une adjointe.

Geneviève ROY

Photo n°2 - Quelques-uns des bénévoles de la délégation d'Ille-et-Vilaine autour d'Anne-Joëlle Chauvin sur le stand du Refuge à l'occasion de la Marche des Fiertés Bretagne 2017 le 3 juin à Rennes

Pour aller plus loin :
Le Refuge est une association nationale créée en 2003 qui dispose de délégations dans dix-huit villes de France (métropole, Réunion, Guyane) et propose l'hébergement temporaire, l'accompagnement social et psychologique, l'écoute et la médiation familiale aux jeunes garçons et filles de18 à 25 ans en situation d'isolement du fait de leur orientation sexuelle ou de genre. Une ligne téléphonique d'urgence est ouverte 24h sur 24, 7 jours sur 7 au 06 31 59 69 50.
Pour en savoir plus : consulter le site de l'association ou contacter le Refuge d'Ille-et-Vilaine : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

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On reste en contact

Grâce à cette rubrique, retournons à la rencontre de femmes qui à un moment de leur parcours ont déjà croisé notre webmagazine depuis sa création en juin 2013...

 

Martha et les "enfants ACZA"

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Depuis sa création, Breizh Femmes s'intéresse au travail de Martha Diomandé et de son association ACZA qui milite contre l'excision. Pour elle, s'opposer à l'excision, c'est d'abord accompagner les matrones – les exciseuses - vers d'autres pratiques qui permettent de respecter les traditions et d'assurer la formation des petites filles tout en se débarrassant de l'acte mutilant. C'est aussi proposer à ces femmes de rester des membres reconnues de leurs communautés.

Grâce à des campagnes de formation et à la construction de cases de naissance, ACZA est présente dans une quinzaine de villages en Côte d'Ivoire où commence à grandir une nouvelle génération d'enfants qui ne seront jamais excisées et de femmes épanouies dans leur mission d'accoucheuses.

« On ne force personne à venir accoucher dans nos cases – explique Martha Diomandé qui a répondu à quelques questions – mais les femmes qui viennent savent que leur enfant ne pourra pas être excisée. C'est un acte de courage pour elles de s'afficher ainsi. Leurs enfants appartiennent en quelque sorte à l'association. On les appelle les "enfants ACZA" ».

Lire l'interview de Martha Diomandé

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