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Dans le silence de la grande salle des Champs Libres, une voix résonne. C'est celle de Camille Kerdellant, comédienne, qui interprète plus qu'elle ne les lit les mots de Colette Cosnier. Et à travers ces mots, ceux d'autres femmes que l'écrivaine, décédée voilà un an, avait à cœur de sortir de l'ombre.

« Où est-elle la place d'une femme ? » s'interroge Marion du Faouët par l'intermédiaire de la comédienne. Une question qui sous-tend l'œuvre mais aussi la carrière de Colette Cosnier.

Sur scène, les membres de l'association Histoire du Féminisme à Rennes veulent rappeler qu'en matière de féminisme « les acquis d'aujourd'hui sont les fruits des aspirations et des luttes d'hier ».

 

C'est un peu une histoire personnelle qu'elles nous racontent. Pour Patricia Godard et Lydie Porée la rencontre avec Colette Cosnier remonte à novembre 2012. Elles font alors leurs recherches pour le livre qu'elles préparent sur les luttes féministes rennaises en faveur du droit à l'avortement et on leur a recommandé de rencontrer l'universitaire. Aussitôt, Colette Cosnier se montre « encourageante, enthousiaste, bienveillante » ; non seulement, elle accepte de répondre aux questions même si elle se défend d'avoir été active dans ces années-là, mais en plus elle rédige la préface du livre et devient adhérente de l'association qui en soutient la diffusion. « On a eu envie à notre tour de vous la faire connaître – dit Patricia Godard – pour redonner un peu de tout ce qu'elle nous a légué. » Les journées du mois de mars à Rennes sur les droits des femmes sont l'occasion de « montrer combien l'œuvre et l'action de Colette Cosnier sont vivantes, comment elles résonnent et comment elles s'inscrivent dans le combat des femmes pour la liberté et l'égalité ».

Une enseignante bienveillante

Cosnier2Tout au long de la soirée, les voix se répondent. Celle de Camille Kerdellant qui a plusieurs reprises lit des extraits des différents ouvrages de Colette Cosnier ; celles de Lydie Porée, Patricia Godard et Justine Caurant qui parlent de la femme, de la professeure, de la militante et mettent en parallèle les avancées – et parfois les piétinements – de la place des femmes dans la société.

Si Colette Cosnier ne se disait pas militante, c'est parce qu'elle avait choisi une forme d'action, peut-être moins visible que les manifestations de rue. Elle avait opté pour ce « qu'elle savait faire, c'est-à-dire écrire et enseigner ». Des propos qui seront confirmés par le témoignage d'une de ses anciennes élèves parlant d'une femme « heureuse de partager, d'éveiller, de susciter les questionnements (...) qui restait volontiers après les cours pour converser avec ses étudiant-e-s ».

« Il existait un véritable lien entre ses œuvres et ses cours – souligne Lydie Porée – et évidemment les militantes féministes des années 70 y trouvaient un espace essentiel. » A son programme, l'enseignante de littérature comparée avait inscrit quelques grands noms comme Simone de Beauvoir, Colette, George Sand, Virginia Woolf ou encore Anaïs Nin. Et tant pis pour les collègues qui lui faisaient remarquer qu'elle « devrait faire cours sur de grands auteurs » !

Une écrivaine militante

Lorsque l'enseignante laissait la place à l'écrivaine, Colette Cosnier choisissait de mettre en lumière des femmes de l'ombre, rédigeant les biographies de Marie Pape-Carpantier, Marie Bashkirtseff, Louise Bodin ou Marion du Faouêt, dans laquelle selon Justine Caurant « chaque femme des années 70 pouvait se reconnaître ». Qu'importent les parcours, la question que pose l'écrivaine est toujours la même : « qu'est-ce qui pousse une femme à sortir de sa condition malgré tous les obstacles qui l'en empêchent ? »

« Pourquoi vous intéressez-vous toujours à des femmes inconnues, me demande-t-on souvent avec réprobation » écrivait Colette Cosnier. Une seule réponse : son désir de montrer leur parcours de rebelles, de féministes, même avant l'invention du terme ! Celles qui représentent aujourd'hui l'association Histoire du Féminisme à Rennes, se plaisent à souligner que « plus qu'une simple démarche d'historienne » Colette Cosnier met en œuvre « le bonheur de l'écrivaine », faisant revivre une époque, un contexte, même si parfois « elle s'autorise une certaine subjectivité ».

Cosnier3Les biographies écrites par Colette Cosnier ne racontent pas seulement la vie de femmes disparues. Avec des extraits du Silence des Filles, on évoque la créativité des « petites filles empêchées » et on fait le parallèle non seulement avec Virginia Woolf et son désir d'avoir « une chambre à soi » mais aussi avec la réalité des femmes d'aujourd'hui, consacrant quotidiennement près de 3h 30 aux tâches domestiques.

Les cris de révolte de Marion du Faouët contre sa « condition de mère et d'épouse » destinés à faire « réagir les spectateurs et surtout les spectatrices » de l'époque peuvent encore aider à s'interroger aujourd'hui. Avec humour Colette Cosnier écrivait que si le mot « savant » utilisé pour désigner un homme semble un pléonasme, il fait rire quand il est juxtaposé au mot « femme » et que « l'épithète exprime alors le grotesque, quelque chose de contraire à la nature » ; un écho aux récents propos d'élus européens sur la prétendue « faiblesse des femmes ».

Avec les textes de Colette Cosnier, difficile de ne pas mesurer combien les combats d'hier voire d'avant-hier sont encore d'actualité. « Probablement qu'on ne serait pas toutes les trois ici ce soir devant un public aussi nombreux à pouvoir se dire féministes si on n'avait pas eu cette possibilité de s'émanciper par la lecture » rappellent les trois intervenantes qui ajoutent que s'il est « important d'en parler le 8 mars, c'est aussi toute l'année qu'il est bon d'entendre d'autres femmes se dire féministes et que ce n'est pas un gros mot ! »

Geneviève ROY

Pour aller plus loin : lire ou relire l'œuvre de Colette Cosnier et notamment : Marion du Faouët, la catin aux cheveux rouges (théâtre, Oswald – 1975) ; Marie Bashkirtseff, un portrait sans retouches ( Horay - 1985) ; La Bolchevique aux bijoux, Louise Bodin (Horay – 1988) ; le Silence des filles, de l'aiguille à la plume ( Fayard – 2001) ; Marie Pape-Carpantier, de l'école maternelle à l'école des filles ( L'Harmattan – 2003)

mais aussi découvrir son dernier livre publié récemment à titre posthume : Histoires de Saintes, parcours de femmes (PUR - 2017)

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On reste en contact

Grâce à cette rubrique, retournons à la rencontre de femmes qui à un moment de leur parcours ont déjà croisé notre webmagazine depuis sa création en juin 2013...

 

Martha et les "enfants ACZA"

martha

 

Depuis sa création, Breizh Femmes s'intéresse au travail de Martha Diomandé et de son association ACZA qui milite contre l'excision. Pour elle, s'opposer à l'excision, c'est d'abord accompagner les matrones – les exciseuses - vers d'autres pratiques qui permettent de respecter les traditions et d'assurer la formation des petites filles tout en se débarrassant de l'acte mutilant. C'est aussi proposer à ces femmes de rester des membres reconnues de leurs communautés.

Grâce à des campagnes de formation et à la construction de cases de naissance, ACZA est présente dans une quinzaine de villages en Côte d'Ivoire où commence à grandir une nouvelle génération d'enfants qui ne seront jamais excisées et de femmes épanouies dans leur mission d'accoucheuses.

« On ne force personne à venir accoucher dans nos cases – explique Martha Diomandé qui a répondu à quelques questions – mais les femmes qui viennent savent que leur enfant ne pourra pas être excisée. C'est un acte de courage pour elles de s'afficher ainsi. Leurs enfants appartiennent en quelque sorte à l'association. On les appelle les "enfants ACZA" ».

Lire l'interview de Martha Diomandé

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