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Engagement Chroniques du 8 mars 2019

Le concept est né au Danemark dans les années 2000. L'objectif : permettre aux gens de se rencontrer pour dépasser les préjugés.

Adoptée depuis le début des années 2010 à Rennes, par les Champs Libres, la bibliothèque vivante rencontre à chaque nouvelle programmation un réel succès.

Pour ouvrir les journées des droits des femmes de Rennes Métropole, Breizh Femmes et Histoires Ordinaires proposaient le 8 mars dernier une deuxième édition d'un rendez-vous destiné à mettre en avant des femmes engagées.

bibviv

 

Quand, dans une journée ordinaire êtes-vous invité-e à prendre vingt minutes pour une rencontre inattendue ? Un temps gratuit pour entendre une personne inconnue vous raconter une partie de sa vie, un épisode de son parcours ? Et vous permettre de dialoguer avec elle ?

La métaphore peut choquer parfois ; certain-e-s regrettent qu'une personne soit reléguée au rang d'objet. Pourtant, le concept même de la bibliothèque vivante parle bien de respect et de reconnaissance des personnes pour ce qu'elles sont. L'une, effectivement, tient le rôle d'un livre dont on lit un ou plusieurs chapitres ; l'autre devient lecteur-trice le temps d'un tête-à-tête peu habituel.

DSCN9885Les femmes qui ont joué le jeu, à l'invitation de Breizh Femmes et de Histoires Ordinaires, pour cette deuxième édition, ont parlé de leur vie quotidienne d'agricultrice, de leur engagement pour la reforestation de l'Amazonie, de non violence, de lutte contre l'homophobie ou encore de l'action sociale en prison ou ailleurs. Autant de thèmes qui ont su attirer les habitué-e-s des Champs Libres ou ceux et celles qui passaient là par hasard.

« Ce qui fait la richesse de ces moments – explique Hélène Le Goff, bibliothécaire aux Champs Libres – c'est qu'il s'agit de rencontres toutes simples. Les gens sont parfois intimidés au départ, puis la conversation s'engage et tout dépend ensuite de la position du lecteur ou de la lectrice. Soit il ou elle a envie de discuter soit simplement d'écouter. L'entretien peut prendre des formes complètement différentes. »

 

« Une ambiance étonnante,

quelque chose qui se diffuse dans l'espace.

C'est plein d'énergie »

 

Quelle que soit la position de ce duo improvisé les retours sont positifs. Soline Marzac, venue parler de son action avec de jeunes migrant-e-s, a semble-t-il fait naître une vocation auprès d'une personne qui quitte la bibliothèque « convaincue qu'elle doit s'engager elle aussi ».« C'était un moment magique et profond » témoigne Annie Déan, formatrice en gestion de conflits par la non violence. « Une journée étonnante et riche – dit de son côté Anne-Joëlle Chauvin, investie au Refugeje garderai un bon souvenir de cette journée remplie de belles rencontres. »

Et les lecteurs-trices ne sont pas en reste. Les questionnaires remplis à l'issue des rencontres disent à la fois leur surprise d'une telle proposition et le plaisir qu'ils et elles y ont trouvé : « échanges privilégiés, enrichissants, authentiques... moment chaleureux, apaisé... dialogue constructif et réciprocité d'échanges... une vague d'émotion... »

« Dans l'espace Vie du Citoyen ce format de rencontres a toute sa place - analyse Hélène Le Goff - il y a une ambiance étonnante, quelque chose qui se diffuse dans l'espace à chaque fois. C'est plein d'énergie ; les gens repartent rechargés ! »

DSCN9886Initié grâce à la Semaine de la Santé Mentale, le format bibliothèque vivante aux Champs Libres a de beaux jours devant lui. « A l'origine, il s'agissait de combattre les idées reçues – explique encore Hélène Le Goff – Si les gens apprennent à se connaître, acceptent de se rencontrer, il se passe forcément quelque chose. »

Aujourd'hui, les Champs Libres proposent une moyenne de quatre rendez-vous par an. Au printemps, celle de la semaine de la santé mentale, toujours, plus une à l'automne à l'occasion de Migrant 'Scènes avec la Cimade. Après sa deuxième édition celle sur les engagements des femmes devrait s'inscrire dans la durée.

« En 2020, nous en prévoyons une sur la vieillesse – poursuit la bibliothécaire - c'est une demande récurrente dans les questionnaires que nous faisons remplir après chaque rencontre. Les thématiques que demandent les gens tournent toujours autour des relations humaines, de l'attention à l'autre. Pour nous, c'est important que chacune des bibliothèques vivantes soit portée par une association de terrain qui a envie de construire avec nous ; comme l'objectif est de faire intervenir des personnes qui n'ont pas forcément l'habitude de parler d'elles, il faut les accompagner, les mettre en confiance. »

Ou l'art de transformer le temps en dialogue bienveillant.

Geneviève ROY

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