On pourrait croire que quatre mois de lutte acharnée contre la loi El Komry en parallèle de la rédaction puis de la soutenance d'un mémoire de Master 2 l'ont épuisée.

Et pourtant, Jeanne Toutous garde tous son tonus et sa force de conviction pour défendre ses idées.

Peut-être parce que depuis longtemps pour elle, militance et études vont de pair.

En tout cas, au milieu de l'été, la jeune femme restait déterminée.

Nul doute que cette rentrée la trouve pleine d'énergie pour aborder son nouveau défi : une thèse sur la langue bretonne.

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« Si j'avais voulu faire une carrière politique, j'aurais choisi le PS ! » Voilà en quelques mots les choses clairement engagées. Jeanne Toutous ne veut pas « faire de la politique » ; elle en fait déjà. « Je suis au niveau maximal – dit-elle – je milite vraiment tout le temps ; ce n'est pas une question de niveau hiérarchique, c'est une question d'intensité d'engagement. » Et la jeune femme qui rentre de Notre-Dame des Landes, un rendez-vous annuel qu'elle dit attendre avec autant de fébrilité que Noël, d'ajouter : « à moins que les institutions changent radicalement et qu'on fasse de la politique autrement, moi, je serai toujours devant le conseil municipal en train de gueuler dans un mégaphone plutôt qu'à l'intérieur. »

Son truc, c'est l'action. En témoignent les nombreux cortèges qui l'ont vue ces derniers mois dans les rues de Rennes, arborant à la fois les couleurs de son parti politique, le NPA, et celles de son syndicat, Solidaire Etudiant-e-s. En témoigne également sa participation aux dernières élections régionales sur la liste du parti indépendantiste Breizh O Stourm (Bretagne en Lutte). Des actions, qui, précise-t-elle, ne l'empêchent pas de « réfléchir » et de se « prendre la tête ».

En Allemagne, elle se « découvre Bretonne »

Jeanne2Dans la vie de Jeanne, tout est engagement. Y compris ses études en sciences politiques. Pour son mémoire de Master 1, elle avait choisi les mobilisations pour la réunification de la Bretagne ; pour celui de Master 2, elle s'est attachée à une association particulière, Dibab. Et son projet de thèse la mènera à comparer le militantisme pour la langue bretonne et le militantisme pour la langue sorabe qu'elle a découvert dans une province allemande à l'occasion d'un séjour Erasmus.

C'est en Allemagne, précisément, que Jeanne s'est « découverte Bretonne ». Bien qu'ayant un père brittophone grand défenseur de l'école Diwan où pourtant elle n'est jamais allée ; malgré des grands-parents qui l'emmenèrent, dès quatre/cinq ans, défiler contre les algues vertes et les marées noires, c'est Outre-Rhin que la jeune femme commence à apprendre la langue bretonne, grâce à un compatriote rencontré là-bas qui exerce le métier, sans doute rare dans ces contrées, de professeur de breton. « En Allemagne, mes amis bretons étaient Nantais, en fait. Et ils me disaient toujours : Nantes, c'est la Bretagne ! »

Un peu comme son grand-père maternel, Philippe Durand, réalisateur de films militants auquel on doit un précieux travail de collectages. « C'était un amoureux de la Bretagne » dit Jeanne qui se souvient que bien que né « dans le 44 » et exilé à Paris, il se disait breton « même si ce n'était pas officiel » ; « je pense que ça m'a marquée - en conclue-t-elle – le mouvement breton des années 70, très culturel et très axé sur les luttes sociales, le Joint Français, Plogoff, etc. mes grands-parents m'emmenaient dans des meetings et j'adorais ça ! »

Elle travaille sur des gens qui lui ressemblent

Son premier travail sur la réunification de la Bretagne, c'est pour elle d'abord des rencontres. « J'ai une très forte empathie pour les personnes que j'interroge – dit-elle – beaucoup sont devenues un peu des amies ! Mon travail est aussi empreint d'une certaine distanciation ; je ne donne jamais mon avis dans ce que j'écris, bien sûr, mais je travaille sur des gens qui me ressemblent. »

Jeanne3A tel point qu'elle reconnaît être parfois bouleverser par ses entretiens. « Chaque fois que je rencontre de nouvelles personnes, ça me change » dit-elle. Pas dans les convictions, bien sûr, mais Jeanne sait entendre tous les arguments et laisser leur place aux avis les plus divergents. « Le militantisme breton est très passionné – dit-elle – très émotionnel aussi ! J'étais habituée à des manifestations sociales et là, les clivages disparaissent, la droite et la gauche défilent ensemble. » Certes, avec des arguments différents, mais Jeanne « se sent concernée en tant que Bretonne ».

Féministe convaincue, Jeanne a tenté d'équilibrer ses entretiens, mais se désole que les femmes soient peu nombreuses dans les milieux régionalistes. Pour son premier mémoire, sur neuf entretiens, une seule femme ; pour le second, elle a choisi d'en rencontrer trois sur sept entretiens. Ses constats : beaucoup de femmes qui militent « en couple » alors que les hommes, eux, sont plutôt solitaires. « Il y a des efforts – dit la jeune femme – de la part de la gauche bretonne pour être vraiment féministe, il y a des revendications claires mais on n'est pas encore à une égalité réelle. » Pour Jeanne, être indépendantiste c'est aussi « militer pour la libération des minorités, des femmes, des personnes stigmatisées, etc. »

Au NPA, elle ne laisse rien passer

Dans ses lieux de militance, Jeanne s'emploie à faire avancer cette égalité. « Mon parti est quand même assez avancé sur ces questions-là. Je n'ai jamais ressenti de sexisme vraiment grave au NPA – avoue-t-elle – mais on n'est pas parfait ; il peut y avoir des remarques, des réflexions, des comportements un peu paternalistes. Je ne laisse rien passer ! Et toutes les filles du parti sont comme ça ; on a toutes un féminisme vraiment radical et on n'hésite pas à mettre les gens face à leurs contradictions. »

Pour son projet de thèse, Jeanne s'est donné quatre ans. Le temps de retourner vivre un peu en Allemagne, avec cette communauté à la langue dite minoritaire aujourd'hui en danger. Un des éléments qui ont séduits la jeune Bretonne, c'est justement que la population sorabe s'est « inspirée des écoles Diwan et du réseau du militantisme linguistique en Bretagne pour créer ses propres politiques publiques ». Des similitudes qui enthousiasment Jeanne. « Il y a une certaine cohérence dans tout ce que je fais – se réjouit-elle – ça me fait plaisir ! »

Geneviève ROY

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Grâce à cette rubrique, retournons à la rencontre de femmes qui à un moment de leur parcours ont déjà croisé notre webmagazine depuis sa création en juin 2013...

 

Martha et les "enfants ACZA"

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Depuis sa création, Breizh Femmes s'intéresse au travail de Martha Diomandé et de son association ACZA qui milite contre l'excision. Pour elle, s'opposer à l'excision, c'est d'abord accompagner les matrones – les exciseuses - vers d'autres pratiques qui permettent de respecter les traditions et d'assurer la formation des petites filles tout en se débarrassant de l'acte mutilant. C'est aussi proposer à ces femmes de rester des membres reconnues de leurs communautés.

Grâce à des campagnes de formation et à la construction de cases de naissance, ACZA est présente dans une quinzaine de villages en Côte d'Ivoire où commence à grandir une nouvelle génération d'enfants qui ne seront jamais excisées et de femmes épanouies dans leur mission d'accoucheuses.

« On ne force personne à venir accoucher dans nos cases – explique Martha Diomandé qui a répondu à quelques questions – mais les femmes qui viennent savent que leur enfant ne pourra pas être excisée. C'est un acte de courage pour elles de s'afficher ainsi. Leurs enfants appartiennent en quelque sorte à l'association. On les appelle les "enfants ACZA" ».

Lire l'interview de Martha Diomandé

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