Comme il existe le sexisme ordinaire, Jessica pratique le féminisme ordinaire. Celui qui ne se sait pas lui-même. « Je ne suis pas féministe » affirme-t-elle.

 Et pourtant, une des premières filles à jouer du tuba en France, première femme professeure du même instrument en Bretagne, elle reconnait qu'elle utilise souvent son sens de l'humour pour titiller les copains qui feraient montre de trop de machisme.

Jessica a aujourd’hui 26 ans et vit à Rennes depuis huit ans. Un choix qui lui fut dicté par sa passion pour le tuba. Le désir de partir, l’envie de perfectionner son art et la présence dans la capitale bretonne d’un professeur éminent au conservatoire suffisent à l’époque pour qu’elle quitte Lille et s’installe en terre bretonne.

A ce moment-là, elle a huit ans de pratique de tuba derrière elle. Un instrument qu’elle a choisi à l’âge de dix ans poussée par la curiosité. « Je ne connaissais aucune femme tubiste ; cet instrument qui brillait, il fallait absolument que je l’essaie. A l’époque, nous n’étions que trois filles au Nord de la Loire à jouer du tuba, le plus gros des cuivres – raconte-t-elle – Et puis dans le Nord, on a une énorme tradition de fanfare, donc beaucoup d’occasions pour jouer. »

Jessica Bourrey

 

Arrivée à Rennes, elle se professionnalise et intègre des orchestres où elle se retrouve seule femme. « J’étais assez choyée parce que les cuivres sont des bons vivants et il y avait un fort rapport de séduction » analyse-t-elle aujourd’hui pour ajouter aussitôt : « mais, j’ai le sentiment d’avoir travaillé beaucoup plus que les autres pour arriver au même résultat. Une fois que j’ai été acceptée en tant que petite minette, il a vraiment fallu que je me batte pour prouver que ma place, je la méritais ! » Elle se souvient des « vannes » qui circulaient sur son passage, les « qu’est-ce qu’elle vient faire là ? » ou les « on va voir si elle a juste du charme ou si elle est capable de jouer comme nous. » Sans oublier les sifflets qui ponctuaient ses arrivées. Et Jessica, un brin provocante, en rajoutait, arborant des robes extravagantes pour les concerts. Petit à petit, elle a fait ses preuves et a trouvé sa place. Allant jusqu’à enseigner dans différents conservatoires et écoles de musique en Ille et Vilaine et dans les Côtes d’Armor. « Ils savaient qu’ils pouvaient faire ce qu’ils voulaient que j’aurais toujours du répondant ! »

Et cette détermination, elle en joue aussi dans sa bande de copains quand elle n’hésite pas à reprendre ceux qui jouent les machos. Toujours avec humour, précise-t-elle. « Quand je vois un copain qui fait des remarques désobligeantes, je m’arrange toujours pour trouver un petit mot qui va le faire réfléchir et s’il en sourit c’est déjà qu’il a compris quelque chose. 

Entre deux gorgées de jus de pamplemousse, Jessica s’excuse presque : « Est-ce que je me dis féministe ? Non. Mais je me dis intéressée par le droit des humains. J’avoue que je ne suis pas militante, je suis sympathisante. Je suis préoccupée par certaines questions comme l’accès à l’IVG, les violences conjugales, le viol. De toute façon il n’y a pas eu une lutte et puis maintenant on a tout, c’est un effort à faire dans le temps et entre générations on doit se relayer. »

« Quand je dis que je ne suis pas militante c’est parce que je ne fais pas partie d’une association – dit encore Jessica - je fais mon petit bout de chemin tous les jours. » Un chemin en total cohérence avec sa reconversion professionnelle. Celle qui se prépare à devenir secrétaire médicale sait déjà qu’un jour elle s’engagera auprès d’une association qui « prend en charge les femmes victimes de viol ou de violences conjugales. » Histoire, dit-elle de « donner du temps pour faire quelque chose de concret ». Et si c’était déjà un acte militant ?

Geneviève ROY

Powered by CoalaWeb