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Dans quelques jours, elle fera sa rentrée à Guingamp. Professeur d'EPS, Nolwenn Pedrono verra cette année ses heures de cours réparties entre deux établissements, un collège et pour la première fois de sa carrière, après obtention de l'agrégation, un lycée.

Avec sa petite famille, Nolwenn vient d'arriver dans les Côtes d'Armor après plusieurs années d'enseignement en région parisienne puis en Eure-et-Loir.

Un retour dans sa Bretagne natale pour la Rennaise qui a consacré, à la naissance de son troisième enfant, une partie de son congé maternité au DIU Etudes de Genres enseigné à Rennes 2.

Et pour elle, dans sa façon d'enseigner, il y aura « un avant et un après diplôme » !

Quand elle a préparé son agrégation, Nolwenn Pedrono s'est passionnée pour la thématique concernant « la prise en compte des filles et des garçons dans l'histoire de l'enseignement et en EPS en particulier. »

Pour cette jeune femme déjà adhérente du Planning Familial, la question a une résonance particulière. « C'est parti d'expériences de terrain – analyse-t-elle – de discussions en salle des profs qui devenaient pour moi un peu insoutenables. » Elle estime, en effet, que si les « inégalités filles/garçons ne sont pas propres à l'EPS, la posture de l'enseignant » est essentielle et a des effets concrets sur « la construction des élèves ». Or, certains professeurs d'EPS font parfois passer, dit-elle, l'esprit de compétition avant tout. « Même ceux et celles qui se croient égalitaires dans leurs pratiques peuvent véhiculer plein d'idées qui pour moi sont du sexisme ordinaire. »

Des garçons déjà dans la compétition

Nolwenn, elle, a une autre démarche. « Mon rôle -dit-elle – c'est que les élèves ne viennent pas à reculons, qu'ils aient du plaisir à venir en EPS et qu'ils soient content-e-s de participer ; peu importe, pour moi, s'ils y arrivent ou pas ! »

Pour que tous les élèves aiment les cours de sport, encore faut-il respecter ceux et celles qui sont moins à l'aise. « C'est vrai – reconnaît-elle – qu'on a une majorité de filles qui ont des niveaux un peu moins élevés. Mais dans chaque classe, on a toujours deux ou trois filles qui se débrouillent très bien et deux ou trois garçons qui ont plus de difficultés que les autres. Et c'est normal, une grande majorité de garçons ont déjà tellement de vécu antérieur en dehors de l'école ! »

nolwenn2Pour ceux qui ne suivent pas, la souffrance est encore plus dure que pour les filles. « Ils souffrent des moqueries - dit Nolwenn – Ils sont décalés par rapport à l'imposition qui leur est faite des attributs masculins de virilité, de performance, d'esprit de compétition. Leur manière d'être est différente de ce qui est attendu d'eux. Ils sont peu nombreux, mais il faut gérer au cas par cas. » Sa mission : « essayer de les épanouir au niveau corporel. »

 

«C'est quand même plus facile
de programmer des sports collectifs »

 

« On a un programme à respecter avec plusieurs compétences – dit-elle – et l'on doit essayer de varier les activités proposées. Mais, ce n'est pas toujours évident. C'est quand même plus facile de programmer des sports collectifs ; on a toujours un gymnase à disposition avec des buts de hand ou des poteaux de basket ! Pourtant, la palette d'activités qu'on peut proposer est beaucoup plus large avec des sports neutres comme la natation, l'athlétisme, les sports de raquette, etc. »

Le professeur doit veiller à alterner les sports de compétition, d'opposition et d'autres activités « plus sensibles » comme la gymnastique, la danse ou les arts du cirque « intéressants pour travailler sur l'égalité. » Hélas, se désole l'enseignante, « c'est très rare d'avoir une salle de danse à disposition ».

Même chose pour la natation, encore faut-il avoir accès à une piscine ! Or, c'est un sport « où l'égalité est vraiment facile à faire. » En effet, s'il faut veiller aux remarques des adolescent-e-s en période d'apprivoisement de leur corps et surtout du regard de l'autre sur ce corps, les exercices proprement dit s'adaptent parfaitement à la mixité. « Ce sont des contraintes de niveaux différents – explique Nolwenn – qui ne sont pas liées au fait d'être une fille ou d'être un garçon. » D'ailleurs dans toutes les disciplines, la jeune femme fait toujours le choix de « séparer les groupes par niveaux plutôt que les filles d'un côté et les garçons de l'autre. »

La vigilance plutôt que la bienveillance

Au collège comme au lycée, les cours d'EPS sont toujours pratiqués en mixité. Soucieuse d'égalité, Nolwenn est une fervente adepte de cette conception des choses. Et pourtant, il lui arrive de voir vaciller ses convictions quand « concrètement, des fois, c'est compliqué ! » Ainsi certain-e-s de ses collègues font parfois le choix de cours non mixtes quand par exemple les filles viennent leur dire « arrêtez de nous mettre avec les garçons, on préfère faire une équipe de nulles entre nous » et que cédant à cette pression, les profs constatent ensuite que les filles, plus à l'aise parce que moins jugées, progressent mieux entre elles.

Mais, pour Nolwenn, cette solution n'est pas forcément la meilleure. Elle préfère adapter sa façon d'enseigner et cherche à être constamment vigilante. « Ça nous demande aussi de faire un travail sur nous – reconnaît-elle – souvent les garçons sont plus volontaires pour faire les démonstrations alors que les filles sont plus effacées et interviennent peu ; c'est à nous de veiller à l'alternance. »

nolwenn3Nolwenn n'est pas de ces profs « bienveillants envers les filles » qui cherchent toujours un peu à les protéger quitte à les laisser dans leur « statut de dominées » leur proposant : « tu vas te mettre avec un garçon pour qu'il te montre. » « Ils ont le sentiment de bien faire – dénonce-t-elle – mais, moi, ce n'est pas ce que je recherche. »

 

« J'avais déjà des convictions,
maintenant, j'ai des arguments»

 

Enseigner l'EPS, c'est plus facile en sixième ou au lycée ? « Parfois, les sixièmes sont plus dans le « on fait tous ensemble » parfois ils ont davantage envie de rester entre filles ou entre garçons - répond Nolwenn – alors que les plus grands, déjà dans la séduction, arrivent plus facilement à se mélanger. Il n'y a pas de normes, ça dépend plutôt du climat de classe ! Parfois on a des élèves très bons qui acceptent d'aider les autres parce qu'ils font déjà tellement de compétition ailleurs et qu'en classe, c'est juste pour le plaisir. Ce qui est le plus difficile, finalement, ce sont les établissements avec option foot. Quand on enseigne les sports collectifs à ces classes-là, c'est très compliqué. »

Face à toutes ces contraintes matérielles, face aussi à l'impact des médias notamment et au peu d'images diffusées des compétitions sportives féminines, mais aussi face à l'origine sociale des élèves et au poids de leur éducation, Nolwenn et ses collègues peuvent souvent se sentir « impuissants ».

Pas de racisme, pas de sexisme

C'est parce qu'elle en était consciente et qu'elle voulait faire évoluer les choses que la jeune enseignante s'est lancée dans l'aventure du DIU Etudes de Genres qui lui a permis de prendre du recul. « Ça permet un petit peu de détachement – dit-elle – notamment par rapport à plein de réflexions de collègues que je vois plus qu'avant. Je vais essayer de me construire des outils pour y répondre car je suis convaincue que c'est la posture du prof qui joue plus que l'activité elle-même. Le problème, c'est qu'on n'est pas tous et toutes sensibles de la même façon ; parfois ça génère aussi des conflits entre nous. »

Si Nolwenn n'a pas de recettes miracle pour adapter sa pédagogie pour plus d'égalité, elle a en tout cas consolidé ses certitudes par le DIU qu'elle vient d'obtenir. « J'avais déjà des convictions, dans l'ombre – dit-elle – Maintenant, j'ai plus d'arguments. Comme je ne laisse pas passer de remarques racistes en cours, je ne laisse pas passer de remarques sexistes ! C'est ce qui m'anime auprès des élèves, mais auprès des collègues aussi, même si ce n'est pas toujours facile car ça touche à la personnalité de chacun-e, à son intime, à sa construction personnelle. »

Geneviève ROY

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