La soirée organisée à Rennes, le 17 mars 2014 par l'association Al Houda, a d'abord permis d'écouter plusieurs témoignages de jeunes femmes « exilées » dans d'autres pays d'Europe faute d'avoir pu trouver en France, à l'issue de leurs études, un emploi où elles puissent conserver leur foulard. Parmi elles, Khadija a exprimé combien le travail était important pour son épanouissement.

« J'habite Bruxelles depuis six ans et j'exerce en tant qu'infirmière et sage-femme à l'hôpital universitaire. J'y ai fait mes études et après une proposition de poste intéressante à la fin de mes études, j'ai pris la décision de m'installer ici.
L'école dans laquelle j'ai étudié est affiliée à une université catholique qui permet le port du voile, donc j'ai pu au cours de mes études le porter librement. Dans la clinique universitaire catholique où je travaille, on emploie le personnel de confession musulmane avec un voile institutionnel afin de respecter les valeurs religieuses ; en même temps, ça unifie la manière de le porter.
On nous sait de confession musulmane à partir du moment où on le porte, c'est juste un fichu blanc triangulaire que l'on noue derrière la tête. Je pense que le personnel soignant, les médecins, les infirmiers, etc. s'adaptent à la politique de l'institution. Il y a des questionnements de la part de mes collègues de travail mais je reste ouverte et je réponds aux questions de manière assez simple et authentique ; la richesse c'est qu'avec un voile institutionnel il n'y a pas ce barrage avec notre tenue civile, on nous accepte telles que l'on est. On s'adapte de notre côté avec ce code vestimentaire institutionnel et à l'extérieur dans les vestiaires mes collègues me connaissent voilée comme je suis.
Concilier mon travail et le port du voile reste une priorité même si j'étais prête à faire beaucoup de concessions dans mon projet professionnel parce que je trouve que notre religion ne nous freine pas et que c'est la société qui nous freine dans nos libertés. A partir du moment où on acquiert une certaine expérience professionnelle, un certain statut, je pense qu'on a le droit de revendiquer de porter les vêtements que l'on souhaite porter au quotidien.
C'est très important pour moi de travailler et d'apporter ses compétences et sa personne au sein de la vie en société surtout pour une femme musulmane. Comme pour toutes les femmes, c'est aussi une forme de construction personnelle, d'épanouissement.
Se trouver à l'extérieur dans quelque chose qui nous ressemble, qui nous aide à nous construire, nous permet d'être aussi bien à l'intérieur, que se soit à l'intérieur de notre personne que chez nous dans nos foyers. »

C'est ensuite répartis en plusieurs carrefours, que les participants ont pu échanger sur leur propre expérience et réagir aux témoignages entendus.

Aïcha, étudiante en informatique, a ainsi pu dire sa souffrance de n'avoir pas été retenue pour un poste qui pourtant semblait totalement correspondre à son profil, dans une bibliothèque universitaire. Refusant de retirer son voile, elle a donc été dans l'obligation de travailler pour une société de nettoyage industriel afin de financer ses études.

« Ce n'est pas logique économiquement parlant - considère Edwina – la France paie des études pendant des années à des personnes et après elles vont donner leurs compétences et leurs savoirs en Angleterre ou en Belgique ; c'est de la perte pour tout le monde » La jeune femme, elle, a fait le choix d'enlever son foulard pour travailler même si ses collègues savent quelle est sa confession comme sa hiérarchie d'ailleurs qui accepte de lui octroyer des congés pour les fêtes musulmanes importantes.

De son côté, Mina, a eu une démarche évolutive. Commerciale en boutique, elle a d'abord travaillé sans son voile mais envisage pour son retour de congé parental de le garder puisqu'elle fait désormais de la vente par téléphone. « Quand je vois une femme qui est allée à l'université, qui a des diplômes et qui reste à la maison, je trouve ça vraiment décevant – regrette-t-elle - Il ne faut pas y aller par la force mais il faut essayer de changer les choses et de dépasser ces débats ! Moi, les musulmanes je leur demande de ne pas rester chez elles mais au contraire d'être actrices, d'être partout, d'aller travailler, de prendre des postes à responsabilité, s'il faut en passer par le retrait du voile tant pis parce que si on n'arrive pas à monter là-haut on n'arrivera jamais à changer ce qui se passe en bas ! Si on ne change pas pour les générations futures ça risque même de s'aggraver ! »

Un constat que partagent les autres participants au débat tout en cherchant à comprendre ce qui peut expliquer ce refus de l'autre différent. Un rejet qui n'est pas propre bien sûr au port du voile comme le souligne Marie-Léonie, congolaise, qui a souvent souffert d'exclusion à cause dit-elle de la couleur de sa peau.

 

On reste en contact

Grâce à cette rubrique, retournons à la rencontre de femmes qui à un moment de leur parcours ont déjà croisé notre webmagazine depuis sa création en juin 2013...

 

Martha et les "enfants ACZA"

martha

 

Depuis sa création, Breizh Femmes s'intéresse au travail de Martha Diomandé et de son association ACZA qui milite contre l'excision. Pour elle, s'opposer à l'excision, c'est d'abord accompagner les matrones – les exciseuses - vers d'autres pratiques qui permettent de respecter les traditions et d'assurer la formation des petites filles tout en se débarrassant de l'acte mutilant. C'est aussi proposer à ces femmes de rester des membres reconnues de leurs communautés.

Grâce à des campagnes de formation et à la construction de cases de naissance, ACZA est présente dans une quinzaine de villages en Côte d'Ivoire où commence à grandir une nouvelle génération d'enfants qui ne seront jamais excisées et de femmes épanouies dans leur mission d'accoucheuses.

« On ne force personne à venir accoucher dans nos cases – explique Martha Diomandé qui a répondu à quelques questions – mais les femmes qui viennent savent que leur enfant ne pourra pas être excisée. C'est un acte de courage pour elles de s'afficher ainsi. Leurs enfants appartiennent en quelque sorte à l'association. On les appelle les "enfants ACZA" ».

Lire l'interview de Martha Diomandé

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