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Education

Laure Stalder est conseillère conjugale et familiale au Planning Familial d'Ille et Vilaine.

LaureStalder

 

Chargée des interventions extérieures, elle met en place toute l'année des lieux de parole en milieu scolaire pour permettre aux enfants mais surtout aux adolescents de poser leurs questions. On y parle contraception, Sida, mais aussi plaisir !

 Interview

Quelles sont les interventions du Planning Familial 35 en milieu scolaire ?

Nous intervenons à tous les niveaux, avec la ville de Rennes auprès des étudiants dans le cadre des soirées Dazibao, dans les foyers et les lieux de formation auprès des apprentis, dans les IME et les ESAT avec le public en situation de handicap et bien sûr en collège et en lycées, parfois même dans les écoles primaires à la demande des établissements. Notre objectif est d'apporter une information pour que les jeunes puissent ensuite venir au Planning recevoir les conseils dont ils ont besoin, être reçus en consultations ou parfois juste chercher des préservatifs. Ces interventions s'inscrivent dans le projet général du Planning qui est de créer les conditions d'une sexualité vécue sans répression ni dépendance, dans le respect des différences, de la responsabilité et de la liberté des personnes. Pour nous, il s'agit donc de prendre en compte toutes les sexualités, d'accompagner le choix d'une contraception, de dénoncer les violences et de lutter contre le Sida et les IST tout en privilégiant une maternité choisie.

De quelle façon intervenez-vous en écoles primaires ?

On a par exemple un projet sur cinq ans avec une école primaire de Noyal-Chatillon où on intervient sur chaque cycle CP, CE2 et CM2. On propose à chaque niveau une approche différente à partir d'albums pour les plus jeunes, de jeux, etc... On parle des différences entre les filles et les garçons avec les CP ; on explique comment on fait les bébés avec les CE2 ; et pour les CM2, c'est à partir de la puberté avec une boite à questions.

Et au collège ?

Là encore, nous utilisons de nombreux outils pour une approche plus ludique mais généralement nous partons d'abord de leurs questions. Notre travail se fait en partenariat avec les enseignants ou les animateurs et surtout les infirmières généralement dans les classes de 4ème et de 3ème. On participe également au projet « Envie 2 respect » avec le CIDFF et l'association Liberté Couleurs sur la déconstruction des stéréotypes. Liberté Couleurs a un champ d'action plus large ; nous, nous n'intervenons que sur demande. Bien que l'Education nationale ait rédigé une circulaire faisant de l'éducation à la sexualité une priorité, je ne pense pas que cela soit mis en place partout. Le Planning propose aussi des formations pour les professionnels notamment les infirmières scolaires.

Quelles questions posent les adolescents ?

Tout tourne autour de la relation filles/garçons. On voit bien que malgré tout les stéréotypes demeurent. On parle aussi beaucoup de contraception et là nous devons affronter beaucoup d'idées fausses. Ils savent que ça existe mais il est important de redire certaines choses, de bien donner la bonne information. Il y a aussi tout ce qui tourne autour de la pornographie ; leurs images de la sexualité sont beaucoup influencées par tout ça. Nous devons un peu réajuster certaines choses. On n'arrive pas avec notre savoir, avec une mallette toute prête... on s'adapte à leurs questionnements.

Intervenez-vous dans des groupes mixtes ?

L'idéal c'est d'abord de séparer les filles et les garçons puis de les remettre ensemble, mais ce n'est pas toujours possible par manque de temps. Souvent on est amenés à les séparer parce qu'ils préfèrent ; ce sont eux qui demandent. Une fille ne pose pas les mêmes questions qu'un garçon ! Et quelquefois, les filles se sentent plus à l'aise à parler entre elles. Mais ce n'est pas systématique, c'est une question qu'on va poser à chaque fois pour essayer de voir ce qui est le mieux adapté ; on s'ajuste à la demande. On intervient toujours en petits groupes, généralement en demi-classes pour une parole plus libre, pour permettre plus d'échanges.

Quand on parle sexualité avec des jeunes, c'est souvent pour aborder les risques, les dangers, bref, pour poser un regard un peu négatif ; arrivez-vous à éviter cela ?

Ce risque existe, c'est vrai ! Mais au Planning, on va plutôt être rassurants ; en tout cas, on n'est pas du tout dans la morale ! On va parler de sexualité de façon globale en répondant d'abord à leurs questions. On reste plutôt sur la notion de relation et non pas de risque ; on n'est pas là pour être alarmistes... On va aussi parler du plaisir !

Abordez-vous aussi l'homosexualité ?

Bien sûr. Il y a certains adolescents pour qui ça ne pose aucun problème ; d'autres pour qui ça pose problème. Parler de ça en groupe permet justement de libérer l'expression et parfois on voit que l'avis de l'un ou de l'autre peut compter et permettre de faire évoluer certaines représentations.

Propos recueillis par Geneviève ROY

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