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celine

 

« Mon travail consiste essentiellement à donner à jouer sans attente particulière ; c'est ça la définition de la ludothécaire ».

Pour Céline Leblanc l'activité du jeu est essentielle pour les enfants surtout lorsqu'elle est synonyme de liberté de choix.

C'est l'idée qu'elle défend dans son travail, mais aussi sur la page facebook qu'elle a ouvert à destination des parents et professionnel-les de la petite enfance.

Une passion qui l'anime aussi dans ses différents engagements, notamment féministes. En Centre Bretagne où elle s'est installée voilà une quinzaine d'années, elle s'active pour faire « changer les choses » et rêve de « créer des sociétés d'enfants ».

 

A 47 ans, Céline Leblanc est riche d'expériences et de réflexions. Son métier de ludothécaire elle l'a « démarré comme bénévole à 17 ans dans une joujouthèque ». Forte depuis d'expériences professionnelles diverses en ludothèque mais aussi comme médiatrice socioculturelle, parée également d'un Master sur les sciences du jeu, Céline est surtout passionnée des « cultures enfantines ». Avec notamment un passé de ludothèque itinérante et des postes en milieu rural comme en cités, elle résume :« j'ai pas mal d'heures d'observation sur le soutien à la parentalité et tout ce qui tourne autour de l'enfant ».

Filles et garçons : l'égalité dans le jeu

Venue de l'Est de la France, elle s'est installée du côté de Rostrenen il y a quinze ans. « Depuis – dit-elle avec enthousiasme – je remue les choses et il commence à se passer des trucs sympas, quand même ! » Elle a fait son trou et se réjouit aujourd'hui de « signaux assez forts » qu'elle détecte dans la création notamment depuis quelques mois d'une nouvelle association éco-féministe qu'elle a contribué à fonder mais aussi d'un tiers-lieu, l'espace Kdoret, où elle s'imagine créer « un espace pour les enfants, quelque chose de bien pensé pour eux ! »

Cette passion pour les cultures enfantines, « un concept récent et encore en élaboration » explique-t-elle, elle la partage sur une page facebook dédiée, « Dans la cour de récré ». Son objectif : « faire une veille documentaire » pour les parents mais aussi les réseaux des centres sociaux, les bibliothèques, maisons de quartier et autres MJC. Elle est a l'affût des différentes publications et des colloques. « Il y a beaucoup de choses qui se croisent – dit-elle – entre les aspects culturels et les aspects sociaux. C'est une science qui se construit chaque jour. » Et de citer les différentes études sur « la perception et l'utilisation par les enfants des objets culturels : jeu, jouets, livres et albums, etc. » et ce qu'ils permettent de transmettre aux enfants.

Elevée par une mère institutrice très soucieuse de la place des filles dans la société, Céline assure que l'égalité filles/garçons a toujours été au cœur de son travail. « C'est des choses que j'ai toujours amenées sur mes différents emplois – dit-elle – comment on organise les espaces de jeu et de jouets pour faire en sorte que ce ne soit pas que les filles qu'on retrouve du côté de la dînette et les garçons du côté des voitures. J'essaie toujours d'avoir cette réflexion avec les élu-es, les bénévoles, les parents. Malheureusement, il y a toujours des papas et des mamans, ou des assistantes maternelles, qui ont du mal à admettre que les filles et les garçons puissent jouer aux mêmes jeux ! »

Des enfants de plus en plus cloisonnés dans des espaces clos

papotesCéline est confiante - « ça évolue » - et aime quand ça bouge. Depuis quelques années déjà, elle « avait repéré des choses pas cool par rapport à la maltraitance envers les femmes ». Et, note-t-elle, à la campagne, ça se dit peut-être encore plus difficilement qu'ailleurs. Depuis quelques mois, elle se réjouit de la création de l'association Antidotes dont elle est co-fondatrice. Fin 2019, l'atelier de self-défense proposé à Rostrenen a permis de pointer l'invisibilité et la « grande souffrance » de certaines femmes. C'est maintenant « une première grande journée du 8 mars » qui se prépare.

Dans sa campagne, Céline observe les différents lieux où « des aménagements pourraient être repensés pour les enfants ». Si elle a choisi ce nom pour sa page facebook c'est parce qu'elle constate que les enfants « passent plus de temps dans la cour de récré que dans les ludothèques » et que c'est un endroit où « ils ont encore des temps de liberté entre eux sans trop d'observation des adultes ». Elle regrette qu'on « enferme de plus en plus les petits, qu'on les cloisonne dans des espaces clos ». Et rêve d'accompagner des projets comme les chantiers d'enfants qui existent en Suisse, de véritables « sociétés d'enfants avec plein d'objets de récupération et de grands espaces ».

Le Centre Bretagne serait parfait à ses yeux pour importer ce type d'activités. Un jour peut-être... « Il faudrait que je trouve des politiques partie prenante et pour l'instant ce n'est pas le cas » déplore-t-elle, mais ajoute, philosophe : « ça va peut-être changer avec les élections municipales ; on a des équipes de jeunes parents qui débarquent et qui n'ont plus du tout les mêmes questionnements. »

Geneviève ROY

Pour aller plus loin :
Le 8 mars à Rostrenen, de 15h à 18h, Papotes avec Antidotes ; voir la page facebook de l'association et celle de l'événement

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