Naissance et douleur. « Deux concepts qui sont aussi deux réalités très humaines » rappelle Christiane David, porte-parole de l'association Maisoùnaiton, en ouverture des conférences proposées sur ce thème à Rennes les 21 et 22 mai dernier.

Dans le cadre de la Semaine Mondiale de l'Accouchement Respecté, l'association rennaise a voulu susciter la réflexion sur les souffrances liées à la naissance, souffrances pour la mère, bien sûr, mais aussi pour le père ou la compagne qui tente d'apporter son soutien, pour le bébé lui-même et souvent pour les soignants.

Durant ces deux soirées, ont été requis les éclairages de sages-femmes mais aussi d'un philosophe et d'une psychologue. Car, on l'oublie parfois, mais les souffrances psychologiques liées à la maternité ou à la paternité peuvent dépasser les douleurs physiques.

 

christianedavidFaut-il souffrir pour naître ? Doit-on souffrir pour enfanter ? « La douleur – dit Christiane David de l'association Maisoùnaiton (au centre de la photo )reste une énigme qui nous interpelle, nous fait peur, nous fascine alors pourtant que l'humanité y est confrontée depuis la nuit des temps. » Philippe Gouët, professeur de philosophie, fera remarquer que les philosophes s'ils ont beaucoup parlé de la mort et de la douleur, restent quasiment muets sur la naissance et oublient les douleurs de l'accouchement.

Sophie Marinopoulos est psychologue et psychanalyste au Centre Mère Enfant du CHU de Nantes et fondatrice de l'association pour la Prévention et la Promotion de la Santé Psychique. Elle anime avec un groupe de psychomotricien-nes et de psychologues un lieu d'accueil des familles dans l'agglomération nantaise, les Pâtes au Beurre.

Elle sait, parce qu'elle le vit chaque jour, que « la souffrance non repérée, non parlée, ne peut qu'engendrer à nouveau de la souffrance. » Elle en parle, dit-elle, avec « des femmes dans la tête ». Des femmes et des hommes, des parents qu'elle rencontre et qu'elle écoute. Ils lui parlent de leur douleur psychique, difficile à verbaliser dans une société qui ne veut pas entendre que parfois une naissance n'est pas d'emblée synonyme de bonheur.

De l'enfant rêvé à l'enfant réel

« Rien de plus naturel que de mettre au monde un enfant – dit Sophie Marinopoulosmais rien de plus complexe aussi. Ce n'est pas évident de naître père ou de naître mère ; c'est parfois un certain nombre de souffrances nouvelles qu'il faut arriver à gérer. » A l'image de ce couple quelle accompagne qui a cherché pendant plus de huit ans à avoir un enfant et qui au terme d'une énième FIV, cette fois-ci réussie, peine à vivre en harmonie avec son enfant « qui lui fait une vie d'enfer ! »

marinopoulos« Ils ne se reconnaissent pas dans cet enfant » résume la psychologue qui analyse combien la société pèse sur les futurs parents. « L'enfant a changé de place – dit-elle – Il est désormais au centre de tout et on veut son bonheur. » Un concept nouveau qui entraîne les parents à rêver leur enfant avant qu'il soit là, au risque ensuite de vivre avec une réalité bien éloignée du rêve.

Et Sophie Marinopoulos met en cause ces magazines dans lesquels « tous les trois mois, on donne les nouveaux diktats du bonheur » à coups de photos de femmes enceintes pleinement épanouies. Kate Middleton, pense-t-elle, fait beaucoup de tort aux jeunes mamans ! « C'est aussi ça qu'elles portent – dit-elle – quand elles viennent accoucher ! »

Alors, être parents aujourd'hui, ce n'est pas si simple. A l'heure de la naissance de leur enfant, ils se tournent vers les psy pour savoir comment faire. « On a perdu une sécurité intérieure » analyse Sophie Marinopoulos.

Or, dire ses peurs et ses angoisses n'est pas simple non plus. « Le vacillement des mères n'est pas acceptable ; on ne veut pas en entendre parler » dit la psychologue qui regrette qu'après avoir travaillé aux techniques permettant de contrôler la douleur physique, on ne prenne pas plus de temps pour « mettre du narratif » sur les souffrances des femmes devenant mères. « Qui veut entendre cette souffrance autour de la naissance ? » s'interroge-t-elle quand la société renvoie une image aux tons pastels et aux odeurs de vanille !

Geneviève ROY

Pour aller plus loin :

Depuis plus de dix ans, l'association Maisoùnaiton, constituée de professionnel-les de la naissance et de parents, se bat pour mettre en place à Rennes une Maison de Naissance. Breizh Femmes lui avait consacré un article en décembre 2013.

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On reste en contact

Grâce à cette rubrique, retournons à la rencontre de femmes qui à un moment de leur parcours ont déjà croisé notre webmagazine depuis sa création en juin 2013...

 

Martha et les "enfants ACZA"

martha

 

Depuis sa création, Breizh Femmes s'intéresse au travail de Martha Diomandé et de son association ACZA qui milite contre l'excision. Pour elle, s'opposer à l'excision, c'est d'abord accompagner les matrones – les exciseuses - vers d'autres pratiques qui permettent de respecter les traditions et d'assurer la formation des petites filles tout en se débarrassant de l'acte mutilant. C'est aussi proposer à ces femmes de rester des membres reconnues de leurs communautés.

Grâce à des campagnes de formation et à la construction de cases de naissance, ACZA est présente dans une quinzaine de villages en Côte d'Ivoire où commence à grandir une nouvelle génération d'enfants qui ne seront jamais excisées et de femmes épanouies dans leur mission d'accoucheuses.

« On ne force personne à venir accoucher dans nos cases – explique Martha Diomandé qui a répondu à quelques questions – mais les femmes qui viennent savent que leur enfant ne pourra pas être excisée. C'est un acte de courage pour elles de s'afficher ainsi. Leurs enfants appartiennent en quelque sorte à l'association. On les appelle les "enfants ACZA" ».

Lire l'interview de Martha Diomandé

Dans la même rubrique, retrouvez également : Céline Boizard ou l'entrepreneuriat comme "une aventure humaine passionnante" ; Anne Lecourt admise dans la cour des grandes.