Si elle l'a fait, elle le dit et le répète, c'est « d'abord pour les animaux ». Gwénola Bouriel vient de vivre une expérience nouvelle pour cette professeure de philosophie : être candidate aux élections législatives.

Parce qu'elle est militante de la cause animale, elle a accepté de représenter sur la circonscription de Saint-Malo le PACTE. Forte de ses 447 voix au premier tour, elle envisage de poursuivre l'aventure dans deux ans aux Européennes, si on lui demande.

Mais, la politique n'est pas une fin en soi ; son objectif est simplement de faire prendre conscience à un maximum de gens que les animaux « ont le droit de vivre » !

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C'est en militant pour la cause animale que la Rennaise Gwénola Bouriel a découvert le PACTE, Parti Antispéciste Citoyen pour la Transparence et l'Ethique, créé à Paris en août 2016. Et comme c'est une femme de conviction, elle a accepté d'être parmi les candidat-e-s présenté-e-s par ce parti aux dernières élections législatives, dix-huit en tout pour le territoire français et elle seule – avec sa suppléante - en Bretagne.

« Si je me présente ce n'est pas pour la gloire, ni pour le pouvoir. Je sais bien qu'on n'allait pas gagner dès la première fois » reconnaît sagement la jeune femme qui avoue avec tout autant de franchise qu'elle n'a pas « fait de véritable campagne ». Elle reconnaît qu'elle n'était pas « très motivée » pour aller à la rencontre de ses adversaires et qu'elle n'aurait pas « su faire semblant ». Alors pour éviter les affrontements qu'elle imaginait virulents, elle a préféré limiter ses sorties. Au final, près de 500 personnes lui ont tout de même fait confiance. Elle-même en est étonnée mais se dit prête à « garder l'élan » pour un prochain scrutin.

 

« On est idéalistes, mais pas inconscients ;

on ne veut mettre personne au chômage »

 

Pour Gwénola, la seule chose qui compte vraiment c'est de militer pour les animaux. « Le PACTE est un parti animaliste abolitionniste - explique-t-elle - ça veut dire qu'on estime que les animaux ont le droit de vivre et qu'on ne doit pas les exploiter. » La jeune femme prévient d'emblée : « on ne veut pas faire de compromis. Une minute de plaisir gustatif ne devrait pas coûter la vie d'un animal, pour nous, ce n'est pas juste ! » Contrairement à certaines autres organisations qui condamnent les traitements réservés aux animaux notamment dans les élevages ou les abattoirs et qui revendiquent plus de respect, Gwénola et ses ami-e-s sont formels, pour eux « tuer un animal c'est presque un crime ».

gwenola1Evidemment, quand on défend les idées du PACTE on est végétariens, voire vegans ! « Et depuis longtemps » précise Gwénola qui ajoute : « notre seule présence prouve que c'est possible ! » Même si elle reconnaît que développer de telles idées en Bretagne, terre d'élevage par excellence, est un gros défi. « On est idéalistes, mais pas totalement inconscients. On ne veut mettre personne au chômage - se défend-elle – on veut juste faire germer quelque chose chez les gens ».

Ce quelque chose porte un nom : l'antispécisme. Comprenez : considérer un individu quel qu'il soit – humain ou animal – seulement en fonction de son appartenance – ou non – à une espèce. Des critères qu'on peut étendre notamment pour défendre d'autres causes ; « quand on est antispéciste – rappelle Gwénola – on ne peut forcément pas être sexiste ou raciste ; ce serait totalement incohérent ! » D'ailleurs le site du PACTE parle clairement de « déconstruction radicale de toutes les logiques discriminatoires ».

 

« C'est bon pour les animaux, bon pour la planète

et en plus on est en meilleure santé »

 

Son argumentaire, Gwénola l'a développé après coup. « Quand on est vegan – dit-elle – c'est d'abord pour les animaux, parce qu'on est conscient de l'injustice qui leur est faite. Ensuite on se rend compte que c'est aussi bon pour la planète et qu'en plus on est en meilleure santé ! » Et elle le prouve en citant l'exemple de l'Angleterre où les cotisations d'assurances vie sont moins élevées pour les végétariens. « Il n'y a aucun inconvénient à être vegans – assure-t-elle – si ce n'est la zone de confort qu'on quitte » notamment quand on souhaite dîner en ville.

« Quand on va au restaurant, c'est pour bien manger, des plats élaborés » dit encore celle qui se définie comme « très gourmande ». Alors, elle entend ne pas devoir se limiter à chaque fois « aux crudités, aux légumes d'accompagnement et à la petite salade de fruits ». Elle a rejoint l'opération VegOresto qui recense les alternatives végétaliennes proposées par les chef-fe-s. Quatorze établissements ont déjà été labellisés à Rennes.

 

« Il ne faut pas croire qu'on est des gens tristes,

extrémistes ou intolérants »

 

Ce qui prouve pour Gwénola « qu'on peut manger ensemble, même avec des omnivores » et elle ajoute dans un rire : « il ne faut pas croire qu'on est des gens tristes ! » Pas plus, dit-elle, que « des extrémistes ou des intolérants ». En tout cas, des gens encore très peu nombreux en France, même si on en parle beaucoup depuis quelque temps. Question de culture, sans doute ; la Grande-Bretagne compte 15% de végétariens et l'Allemagne 10% quand en France on atteint à peine les 3% ! Les vegans (inclus dans ces chiffres) sont donc encore moins nombreux.

Une population semble-t-il majoritairement féminine. « 66% des vegans sont des femmes – explique Gwénola – et elles représentent 80% des militant-e-s. » La professeure de philosophie trouve une explication dans l'éducation reçue par les petites filles qui les porterait à plus d'empathie que les garçons.

Au lycée, elle n'est bien sûr pas autorisée à développer ses théories sur la cause animale ; néanmoins, elle reconnaît profiter des cours sur le vivant pour apporter quelques éclairages aux élèves, toujours très à l'écoute. « Je leur ai parlé du spécisme – dit-elle – même si ce n'était pas dans mon livre de philo. Je ne suis pas une experte en sciences, mais évidemment, ils ont bien senti que sur cette question, j'ai de la ressource ! »

Geneviève ROY

 

Pour aller plus loin :


Quelles différences entre les végétariens, les végétaliens et les vegans ?
On est végétarien quand on ne mange pas de viande (bœuf, porc, poulet, etc. mais aussi poisson).
On est végétalien quand on ne consomme aucun produit issu de l'exploitation des animaux, c'est-à-dire non seulement les viandes mais aussi les œufs, les produits laitiers ou encore le miel.
On est vegan quand on choisit de défendre la cause animale au-delà de son assiette c'est-à-dire en refusant par exemple de porter du cuir, de la laine, de la soie ou d'utiliser des produits testés sur les animaux ou composés à base de produit animal (gélatine, lanoline)
Et on peut même être flexitarien, si on s'achemine vers le végétarisme en réduisant sa consommation de viande.

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