En 1981, Yvette Roudy devient ministre des droits des femmes et souhaite très vite que des centres d'information féminins voient le jour dans tous les départements français. A Rennes, le CRIF, centre rennais d'informations des femmes, créé l'année précédente devient le CIDF 35. L'objectif : que toutes les femmes trouvent dans une seule structure les réponses à leurs questions dans les domaines juridique, social et professionnel, qu'elles disposent d'un lieu d'accueil et d'écoute capable de les réorienter si besoin vers d'autres interlocuteurs adaptés à leurs demandes.

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Depuis quelques années, les CIDF ont rajouté un F à leur sigle devenant lieux d'accueil non seulement des femmes mais de toute la famille. Pourtant, dans les faits, ce sont toujours les femmes qui restent largement majoritaires ; à Rennes, les personnes qui poussent la porte du 21 rue de la Quintaine sont à 85% des femmes. Les 15% d'hommes qui viennent chercher des informations se débattent, le plus souvent suite à un divorce, avec des questions d'ordre juridique concernant les pensions alimentaires ou la garde des enfants.
CDIFFLe local, situé dans une petite rue derrière la Place des Lices, permet une certaine discrétion. Et Régine Lépinay, directrice du centre, s'en félicite : « C'est assez confidentiel, on peut venir incognito – se réjouit-elle – Il y a les locaux de la télévision locale au-dessus, on ne sait pas pourquoi les gens entrent dans ce bâtiment. »
Une confidentialité nécessaire pour les près de 400 femmes victimes de violence conjugale qui viennent chaque année chercher ici du soutien. « Il faut qu'elles aient confiance, qu'elles se sentent à l'aise car ce n'est pas facile de faire une telle démarche » rappelle la directrice.

Souvent les mêmes histoires

La violence conjugale reste en effet un des pôles prioritaires du CIDFF qui assure également des permanences de notaires, de la prévention aux violences sexistes dans les établissements scolaires, des accueils de personnes veuves ou de l'accompagnement au retour à l'emploi.


Membre de la plate-forme départementale de lutte contre les violences faites aux femmes, le CIDFF répond principalement aux questions d'ordre juridique en proposant en particulier des permanences d'avocats.

« Ce sont souvent les mêmes histoires qui reviennent – constate Régine Lépinay – il s'agit hélas de violences classiques : violences économiques, harcèlement. Quelques cas plus complexes depuis quelques années avec des femmes étrangères venues épouser des Français et qui se retrouvent à la fois victimes et isolées. Peut-être plus de violences sexuelles aussi, mais je crois surtout que les femmes arrivent davantage à en parler aujourd'hui. Je ne suis pas sûre qu'il y ait plus de violences qu'avant, je crois que les femmes ont moins honte d'en parler. »

Un constat qui en rejoint un autre : de plus en plus d'enfants victimes ou témoins de maltraitance. Là encore, Régine Lépinay ne s'aventure pas à tirer trop rapidement des conclusions. « Il n'y en a peut-être pas plus qu'avant – dit-elle – mais ici nous en voyons davantage. Depuis quelques années, nos juristes y sont sans arrêt confrontés. »

Pas de profil type de victime

Sa longue expérience de la question ne lui permet pas de tracer un profil type de femme victime de violence. « On a raison de dire que ça touche tout le monde – explique-t-elle – Bien sûr, il y a des facteurs aggravants comme une grossesse par exemple ou l'arrivée en retraite du conjoint. Mais ici nous voyons des femmes de tous les âges et de toutes les catégories socioprofessionnelles. Plus une femme est jeune et plus elle risque d'être victime de violence conjugale, c'est vrai, mais nous accueillons aussi des femmes de 80 ans. »

Souvent, en effet, la prise de conscience est longue avant d'accepter le statut de victime. « Les femmes excusent souvent le conjoint – constate Régine Lépinay – ce n'est qu'au bout d'un moment qu'elles prennent conscience que ce n'est pas normal. » Difficile en effet pour une femme d'échapper à l'emprise du conjoint violent qui cherche à la dominer. Pour Régine Lépinay, celles qui franchissent la porte du CIDFF ont sans le savoir la plupart du temps déjà fait le pas le plus important. « Nous avons beaucoup de personnes qui viennent en disant : je ne sais plus où j'en suis. Elles veulent d'abord être écoutées. Nous sommes là pour les aider à prendre une décision mais surtout pas pour décider à leur place. Nous souhaitons juste leur permettre d'acquérir plus d'indépendance et d'être actrices de leur vie. Mais quand elles font la démarche de nous téléphoner ou de venir aux permanences, c'est déjà une grande avancée pour elles. »


Certaines en effet, auront besoin de beaucoup de temps pour reconnaître leur situation. Des femmes ne pourront véritablement dire ce qu'elles ont vécu que des années après les faits parfois jusqu'à 15 ou 20 ans plus tard. Comme si elles avaient besoin de raconter : j'ai été victime, je ne le suis plus depuis longtemps mais dans ma tête je garde ce statut, cette souffrance. Et c'est des années après, saisie par une agression verbale dans la rue, un fait divers ou un-e proche à son tour victime, qu'une femme victime dans sa vie conjugale mais aussi parfois dans sa petite enfance va ressentir le besoin de faire la démarche vers les conseillères du CIDFF.

Geneviève ROY

Pour aller plus loin : quatre centres existent en Bretagne

Pour le Finistère : CIDFF 29 – 26 rue Fautras à Brest – 02 98 44 97 47
Pour le Morbihan : CIDFF 56 – 9 avenue Jean-Marie Bécel à Vannes – 02 97 63 52 36
Pour les Côtes d'Armor : CIDFF 22 – 10 boulevard Charner à Saint-Brieuc – 02 96 78 47 82
Pour l'Ille et Vilaine : CIDFF 35 – 21 rue de la Quintaine à Rennes – 02 99 30 80 89

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