C'est autour de la figure de Maryam Mirzakhani qu'une table ronde s'interrogeait ce soir-là* à la Maison Internationale de Rennes sur la place des femmes dans les mathématiques. Les chiffres parlent d'eux-mêmes.

Les filles sont désormais majoritaires dans les filières mathématiques des lycées mais restent minoritaires voire absentes dans l'enseignement supérieur scientifique. Et quand vient l'heure de travailler pour celles qui ont poursuivi leurs études dans cette voie, les postes sont moins nombreux et plus difficiles d'accès que pour les hommes.

Même si les effets restent lents à percevoir, des pistes d'amélioration existent.

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Dès l'entrée de la MIR c'est le sourire radieux d'une femme qui accueille le public. L'exposition consacrée à la mathématicienne Iranienne Maryam Mirzakhani, première femme récompensée par la médaille Fields, est là pour rappeler que les femmes aussi ont toute leur place dans les domaines scientifiques. Pourtant cette icône, décédée très jeune, peu de temps après sa reconnaissance mondiale, n'a pas eu le temps de faire beaucoup d'émules.

En ouverture de la table ronde, Marie-Françoise Roy, présidente du comité des femmes de l'Union Mathématique Internationale, tente de répondre à la question : pourquoi si peu de femmes en mathématiques ? Un chiffre qui selon elle « a beaucoup à voir avec la structure sociale et le rôle des maths dans la culture », le plus souvent associées à la technologie et non pas à la culture générale. En tout cas, tient-elle à préciser, « ce n'est certainement pas un fait de nature puisqu'on constate des différences très importantes entre les différents pays ».

maths2Elle pointe aussi la responsabilité des femmes "déjà-là". Pour elle, elles « ne sont pas toujours les moins misogynes » lors des recrutements, certaines pouvant être « heureuses de conserver leur statut d'exception ».

Plus de femmes = des hommes "frustrés"

Quoiqu'il en soit, avec Nicole Guenneugues, chargée de mission égalité de l'Académie de Rennes, et Christophe Ritzenthaler de la commission parité de l'UFR de maths de Rennes 1, Marie-Françoise Roy l'affirme : des leviers existent pour plus d'égalité, qu'il s'agisse de sensibilisation auprès des élèves ou de formation des enseignant-es. A l'unité mathématiques de Rennes 1, on veille en particulier à la présence de femmes dans les comités de recrutement et à leur visibilité notamment grâce à l'utilisation de l'écriture inclusive. Cette année, c'est sur le soutien financier des colloques et autres conférences que se porte l'attention, « pour que le laboratoire finance – explique Christophe Ritzenthaler – il faut qu'il y ait au moins 20% de femmes parmi les oratrices ».

Néanmoins, il semble que les choses ne soient pas si simples à mettre en place. Ainsi un affichage installé dans les couloirs du labo de maths mettant à l'honneur des femmes mathématiciennes a par deux fois été vandalisé. Entre les tags de pénis sur les posters et l'inscription « seul le mérite doit compter », les réactions sont fortes et sans doute à la mesure des enjeux. « Dans une situation de pénurie de postes, les tensions sont nombreuses » expliquent les intervenant-es. Même les femmes qui auraient tout intérêt à favoriser le recrutement féminin peuvent hésiter, craignant de générer trop de « frustrations » chez leurs collègues masculins.

Dans ce contexte, les mathématiques restent avec la physique les domaines les moins féminisés alors que depuis une cinquantaine d'années, on constate de net progrès en chimie ou en astronomie par exemple.

Geneviève ROY

*  - La place des femmes dans les mathématiques le 11 mars dans le cadre de la programmation du mois de mars de Rennes Métropole, soirée organisée par l'Université Rennes 1, UFR de maths et IRMAR (institut de recherches mathématiques de Rennes)

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