Au musée du Faouet en 2013, la Bretagne honorait ses femmes peintres. Une initiative originale dans un domaine où les femmes sont plus souvent montrées comme modèles d'artistes masculins que comme créatrices de pleins droits. Des femmes peintes plutôt que des femmes peintres.

Dans le cadre des journées des droits des femmes de Rennes, le musée des Beaux-Arts proposait cette année une jolie balade au cœur du matrimoine avec une conférence de Marie-Josèphe Bonnet, historienne de l'art.

Point de Bretonnes dans son exposé, mais des femmes – Italiennes ou Françaises pour la plupart – bien décidées du Moyen-Age jusqu'à nos jours à obtenir un véritable statut d'artistes à l'égal des hommes.

 

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De tout temps, les femmes ont été artistes. Et nombre d'entre elles ont exercé leur talent de peintres. Au Moyen-Age d'ailleurs on les appelait des peintresses ou des enlumineresses car leur travail était surtout destiné à illustrer les précieux manuscrits des monastères.

De tout temps, les femmes ont peint et les preuves en sont nombreuses. Pourtant, reconnaît Marie-Josèphe Bonnet, « l'Histoire les a oubliées » alors que trois siècles avant Léonard de Vinci, c'est bien une femme, Hildegarde de Bingen, qui du fond de son monastère peignait un homme universel, bras ouverts, à l'intérieur d'un cercle !

 

hildegarde

L'art est divin, donc masculin

Ce n'est pas un hasard si les premières traces d'œuvres féminines se trouvent dans les couvents. C'étaient en effet les seuls endroits au Moyen-Age où une femme pouvait accéder à la connaissance. A une époque où plus encore qu'aujourd'hui, leur destin était tout tracé entre époux et enfants, seules celles qui entraient au couvent bénéficiaient de la liberté que confère la culture.

« La mémoire historique dit qu'il n'y avait que des Maîtres, des hommes, qui dirigeaient des ateliers, or, ce n'est pas vrai du tout d'ailleurs sur plusieurs manuscrits on peut voir des femmes à leur travail ; les enlumineurs ne les ont pas inventées !» explique Marie-Josèphe Bonnet. Elles peignaient d'ailleurs bien avant, puisque Boccacce décrit la vie de femmes peintres de l'Antiquité ! Christine de Pisan, au quatorzième siècle, sera elle, la créatrice de la toute première galerie de peinture.

Le problème pour les femmes, c'est Dieu. On considère en effet à l'époque que les artistes travaillent sous inspiration divine. Et c'est bien connu, le divin est du côté du masculin. Elles ne peuvent donc, au mieux, qu'être cantonnées à l'artisanat. « C'est toute une difficulté pour les femmes – explique l'historienne – de conquérir une légitimité d'artistes dans un cadre conceptuel et symbolique dont elles sont exclues. »

Interdites d'Académie Royale

Il faudra attendre le dix-huitième siècle et les Lumières pour que les femmes prennent davantage leur place dans le milieu artistique. Mais on doit tout de même noter qu'elles sont alors filles – et parfois sœurs – de peintres eux-mêmes connus. Le don de droit divin pour les hommes, peut pour les femmes passer par l'atelier familial ! Certaines artistes utilisent leur talent pour faire passer des messages forts, comme l'Italienne Artémisia Gentileschi, elle-même victime d'un viol, qui fait de ses œuvres un véritable réquisitoire contre les violences faites aux femmes.

Le plus souvent, leur seul combat est d'obtenir un statut de peintre. Une revendication qui passe par leurs œuvres ; elles se peignent en train de peindre pour montrer qu'elles existent. Car si leurs homologues masculins peuvent entrer à l'Académie Royale des Beaux-Arts, son accès aux femmes reste interdit jusqu'en 1663. Leur don est alors reconnu et elles peuvent passer de l'artisanat à l'art ; mais les quotas restent très limités avec seulement six femmes admises dans un premier temps. Puis, jugeant que la concurrence est trop rude, les hommes leur fermeront à nouveau les portes de l'Académie de 1710 à 1750.

 

Labilleguiard

S'autoriser à être artiste

Faut-il voir dans cette réticence masculine à reconnaître les talents artistiques des femmes une compétition entre création et procréation ? D'aucuns le pensent. « Parce qu'ils ne peuvent pas engendrer, ils auraient divisé l'espace : la procréation aux femmes et la création pour eux » suggère Marie-Josèphe Bonnet qui reconnaît que quelle que soit l'époque, il a toujours été plus difficile pour une femme de « s'autoriser » à être autre chose que ce que toute société attend d'elle. « Il y a une pression sociale très forte – dit-elle – et les filles ont moins le droit de sortir du moule que les garçons. Il leur faut conquérir le droit de créer. »

La conférencière illustre ses propos avec quelques beaux exemples de femmes revendiquant leurs droits. Ainsi, Adélaïde Labille-Guiard organise une « véritable manifestation féministe avant l'heure » quelques années avant la Révolution Française en incitant ses élèves (des jeunes filles évidemment) à ne présenter au Salon de la Jeunesse que des autoportraits. Une période un peu plus faste il est vrai pour les femmes peintres en France avec notamment Elisabeth Vigée-Lebrun, première femme artiste peintre attachée à la Reine.

 

rosabonheur

Dans les musées américains

Hélas, après la Révolution, les femmes artistes sont une fois encore renvoyées dans leurs foyers. Et seules quelques femmes d'exception seront remarquées.

Parmi elles, Rosa Bonheur, médaille d'or au Salon de 1848 et première femme à recevoir la Légion d'Honneur pour fait artistique. Néanmoins, c'est aujourd'hui aux Etats-Unis qu'on peut admirer ses plus belles œuvres ainsi que celles d'autres Françaises, la France n'en ayant pas voulu.

« Vous voyez comme l'idéologie misogyne peut faire passer à côté du matrimoine » en conclut Marie-Josèphe Bonnet. Une tendance qui ne semble pas s'émousser alors que bien sûr « la professionnalisation des femmes, c'est aussi l'indépendance financière ». Or, si on compte aujourd'hui plus de 60% de filles parmi les élèves des écoles d'art, il y a seulement 5% de tableaux signés par des femmes dans les musées français !

Geneviève ROY

Illustrations :

Tableau n°1- Marie-Suzanne Giroust Roslin - Autoportait (1770)

Tableau n°2- Hildegarde de Bingen (1098-1179)

Tableau n°3- Adélaïde Labille-Guiard – Autoportait avec deux élèves (1785)

Tableau n°4 – Rosa Bonheur – Le Marché aux Chevaux (1853)

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