« Le 8 mars, c'est une piqûre de rappel, une manière de mobiliser même ceux qui tout le reste de l'année passent à côté des politiques publiques d'égalité. C'est aussi une journée internationale et je pense que pour certaines personnes, ça a du sens. Quelquefois, la question du droit des femmes est plus facile d'accès quand on la pose sur le plan international ; c'est une manière d'amorcer la discussion. C'est un levier pour amener vers d'autres actions. » Annaïck Morvan, nouvelle déléguée aux droits des femmes et à l'égalité pour la région Bretagne, n'organise rien de spécial pour cette journée, « c'est un samedi, pendant les vacances scolaires et nous sommes en période de réserve à cause des élections » regrette-t-elle, mais elle se réjouit des différentes programmations, souvent très riches, proposées par de nombreuses villes et par un tissu associatif très engagé.

L'occasion aussi de revenir avec elle sur son parcours et ses nouvelles fonctions.

 

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On imagine des bureaux un peu austères au sein de la Préfecture de Région. Au fond de la cour on découvre une petite maison ancienne à laquelle on accède par quelques marches d'inégale hauteur. Sous l'indication « sonnez et entrez » on ne trouve pas de sonnette, alors on frappe presque timidement comme on le ferait chez un particulier. Au bout du couloir, Annaïck Morvan nous attend dans un bureau moderne et spacieux. Au mur, elle a épinglé quelques photos de femmes qui l'ont précédée dans ses fonctions. Depuis début janvier, elle est la nouvelle déléguée régionale aux droits des femmes et à l'égalité, après avoir été chargée de mission départementale dans le Finistère pendant dix ans.
« Je suis là pour distiller - explique-t-elle d'une voix chaleureuse – Je crois que ça correspond bien à mon rôle : je dois distiller la dimension d'égalité entre les femmes et les hommes dans les politiques publiques. Je m'attache à ce que cette dimension soit prise en compte par tous nos partenaires, c'est-à-dire non seulement les différents services de l'Etat mais aussi toutes les collectivités et les associations. »
Après dix ans de mission à Brest, Annaïck Morvan connaît bien ses dossiers et en apprécie toute la richesse . « C'est passionnant – se réjouit-elle - on touche autant aux violences qu'à l'égalité professionnelle, à la parité qu'à l'articulation des temps de vie et on est en mode « projet » en permanence avec tellement d'acteurs et d'actrices différents ! »

La semaine à Rennes, le week-end à Brest

Quand Françoise Kieffer, déléguée régionale depuis quinze ans, décide fin 2013 de quitter ses fonctions pour rejoindre le pôle communication de la Préfecture de Région, la chargée de mission Finistérienne n'hésite pas à postuler pour lui succéder. « Je suis quelqu'un qui aime le renouvellement – explique-t-elle – alors au bout de dix ans au même endroit, ça s'est un peu imposé à moi ! »
DSCN0391C'est vrai que jusqu'à son entrée en qualité de contractuelle dans les services de l'Etat, elle avait pris l'habitude de changer d'emploi tous les trois ou quatre ans depuis ce jour où, DESS de psychologie en poche, elle est recrutée par un grand groupe agroalimentaire breton qui lui confie son recrutement. Elle enchaîne alors les missions de conseillère en formation et/ou en insertion, de formatrice en communication ou d'animatrice de cellules de reclassement auprès de personnels licenciés. De la Navale à Brest à l'entreprise Maryflo dans le Morbihan en passant par des missions nationales qui l'obligent à de fréquents déplacements, Annaïck Morvan n'a guère le temps de se poser même si elle reste définitivement attachée à son Finistère natal. Au point que depuis janvier, elle a choisi de ne déménager que partiellement. « J'ai pris un appartement entre la gare et la Préfecture - résume-t-elle – je passe la semaine à Rennes et je rentre à Brest tous les week-ends, ça me rappelle l'époque où j'étais étudiante. »

Les gens s'enferment dans des univers professionnels restreints

Son expérience professionnelle lui permet très tôt de se confronter « à la division sexuée du travail. » Entre Maryflo et la DCN, aucune ambiguïté. « Je me suis retrouvée pendant quelques années à faire à la fois du reclassement avec des hommes chaudronniers, tuyauteurs ou soudeurs, et des femmes ouvrières dans le prêt-à-porter. Alors, évidemment, ça m'est revenu en pleine figure le fait qu'on ne propose pas la même chose aux femmes et aux hommes sur le marché du travail ! C'est là que les choses ont commencé à m'énerver un petit peu ! »
Devenue formatrice au Foncecif Bretagne, elle se dit alors « ennuyée par le manque d'élargissement des choix professionnels entre les femmes et les hommes, cette espèce d'univers restreint dans lequel les gens s'enferment parce que ça correspond aussi au manque d'ouverture des employeurs. » Et parallèlement, elle se révolte en constatant que « les femmes réfléchissent volontiers sur leur parcours professionnel mais qu'au moment de partir en formation on ne les voit plus parce que ça remet tellement en cause la vie familiale qu'elles préfèrent y renoncer alors que les hommes, eux, ne se posent absolument pas ce genre de questions ! »
C'est à ce moment-là qu'Annaïck Morvan « rencontre les droits des femmes ». Elle, élevée par une mère féministe, consciente des « valeurs à défendre », découvre tardivement l'existence d'une délégation régionale. Et quelque temps après prend connaissance dans la presse d'une annonce de recrutement pour le poste de chargée de mission départementale. Malgré le scepticisme de son entourage, elle postule et est retenue par le préfet.

Une priorité : l'emploi

Aujourd'hui déléguée régionale, Annaïck Morvan s'est donné une priorité : l'emploi. « Il se trouve qu'on est en phase avec le slogan du gouvernement : "2014, c'est l'année de la mixité" – explique-t-elle – La mixité est un splendide outil pour l'égalité professionnelle ; ça favorise aussi l'emploi des hommes dans les filières à prédominance féminine. Je voudrais également veiller à ce que les femmes seniors ne soient pas laissées au ban de l'emploi comme nous le montrent les derniers chiffres alarmants du chômage ; et travailler sur l'orientation parce que l'élargissement des choix professionnels, ça commence dès les processus d'orientation. Avec mon parcours, bien sûr, c'est quelque chose qui m'est très cher !»DSCN0392
Etre à la tête de la DRDFE de Bretagne, c'est pour sa nouvelle déléguée « un avantage qu'on porte avec fierté ». Coutumière des réunions interministérielles à Paris, elle sait en effet que la région est reconnue par le reste de la France comme une région en pointe sur les questions des droits des femmes et de l'égalité. « La Bretagne a toujours su profiter des fonds européens – analyse Annaïck Morvan – sans doute parce qu'elle est excentrée à l'Ouest mais cela l'a aussi obligée à intégrer l'égalité dans de nombreux projets et aujourd'hui nous en bénéficions. On est aussi en avant sur la parité. On le mesure quand des collègues d'autres régions nous disent que leurs conseils généraux ne comptent qu'une ou deux femmes par exemple. Ça nous paraît exorbitant et on est plutôt fières d'être ce qu'on appelle un territoire d'excellence ! Ça donne une dynamique, ça permet de relever des défis permanents mais on sait aussi qu'il ne faut jamais baisser la garde. On ne doit pas s'asseoir sur nos avancées car les régressions peuvent arriver plus vite qu'on ne l'imagine ! »

Geneviève ROY

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