Dans quelques mois, la troisième promotion du DIU Etudes sur le Genre , proposé conjointement par les Universités Rennes 2 et UBO, sera diplômée.

Une vingtaine d'étudiantes (et oui, que des femmes, cette année !) travaillant aux quatre coins du monde sur la thématique de l'égalité aura achevé un cycle de quatre modules d'enseignement et la rédaction d'un mémoire.

Avant l'obtention du diplôme, dernière ligne droite fin juin : une semaine de regroupement à Rennes clôturée par une journée d'étude ouverte au grand public.

Une proposition unique en France, que l'historienne Fanny Bugnon, coordinatrice du programme, explique par le dynamisme de la Bretagne sur les questions du genre et de l'égalité.

 

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Interview de Fanny Bugnon et témoignages de deux stagiaires

 


 

Interview de Fanny Bugnon, historienne, enseignante à Rennes 2, coordinatrice scientifique et pédagogique du DIU Etudes sur le Genre et organisatrice de l'académie d'été

Vous coordonnez le DIU, pouvez-vous éclairer les termes « inter-universitaire » et « numérique » ?

BugnonC'est un diplôme inter-universitaire car il rassemble deux universités bretonnes : Rennes 2 et l'Université de Bretagne Ouest à Brest. Par ailleurs, c'est un diplôme entièrement à distance, par Internet, avec des modules de cours filmés que les gens peuvent suivre quand ils le souhaitent ; c'est de l'auto-formation. Les étudiant-e-s ont un code d'accès sur une plate-forme pédagogique. Donc, la seule condition pratique est d'avoir un ordinateur avec une connexion. C'est une proposition régionale et ce n'est pas un hasard. Il existe des ressources importantes en Bretagne sur ces questions-là. C'est Rennes 2 qui délivre le diplôme, qui s'occupe de la gestion administrative, mais l'équipe enseignante est composée de chercheur-e-s de Rennes et de Brest.
Chaque promotion a une marraine ; cette année c'est Gaëlle Abily, vice-présidente de la région en charge des questions d'égalité.

En dehors de ce diplôme, qu'est-ce que l'université de Rennes propose comme formations au genre ?

Il n'y pas de formations spécifiques mais beaucoup d'activités de recherche en laboratoires de sciences humaines et sociales, beaucoup de colloques, de publications. Et puis, aussi, ce qu'on avait pointé dans l'étude qu'on avait faite pour la région en 2006/2007, des pratiques d'enseignement plus silencieuses, c'est-à-dire des historiens, des géographes, des sociologues, des juristes, des psychologues qui travaillent sur cette question.

D'où vient l'idée de cette formation ?

L'idée de ce diplôme est ancienne. C'est Annie Junter, qui occupait la chaire d'études féministes à Rennes 2 et qui est aujourd'hui partie à la retraite, qui avait nourri cette idée-là. J'avais fait avec elle un recensement des ressources disponibles en Bretagne sur le genre : formations, recherches, etc. On s'était rendu compte qu'il y avait une grosse demande à la fois en formation initiale, mais aussi en formation continue, peu de cours identifiés mais beaucoup de pratiques silencieuses de recherche, beaucoup de gens compétents, qualifiés sur ce sujet-là. On a profité d'un appel à projets d'une structure numérique qui s'appelle le Campus Numérique de Bretagne, pour proposer ce diplôme en 2012.
Ce DIU est unique en France ; les stagiaires nous disent avoir eu envie de se former depuis longtemps sans trouver d'occasion pour le faire à la fois du point de vue de la disponibilité, de la question géographique et de la question financière. Les diplômes qui existent en France sur ce sujet, que se soit en formation initiale ou continue, sont des diplômes avec des temps de présence dans une ville et pour beaucoup c'était une barrière. Et l'outil numérique donne cette possibilité de le faire !

A qui est destiné ce diplôme ?

En Bretagne, nous avons de nombreuses initiatives institutionnelles et un important maillage associatif. Beaucoup de gens travaillent dans le secteur de l'égalité sans avoir une formation ou un diplôme qui sanctionne leurs compétences.
Ce diplôme est destiné à des personnes en reprise d'études, qui souhaitent valoriser leurs pratiques professionnelles ou donner une nouvelle orientation à leur carrière. C'est un niveau Master ; il faut donc justifier d'un équivalent licence pour s'inscrire, trois ans d'expérience professionnelle et une connexion Internet. C'est un diplôme professionnel c'est-à-dire qu'il s'articule en deux parties : des modules de formation classique et une analyse des pratiques professionnelles qui donne lieu à la rédaction d'un mémoire.

Il s'agit donc déjà de personnes en emploi ?

En emploi, puisqu'on est dans la formation continue ou des militants associatifs ; on inclut aussi dans « pratiques professionnelles » les expériences associatives. On peut avoir des travailleurs sociaux qui veulent réfléchir à la question des inégalités notamment pour les femmes en situation de responsabilité monoparentale ; on a pu avoir une responsable d'un organisme de formation du secteur agricole ; on a des enseignants ou des gens qui travaillent dans le secteur de l'éducation ; on a eu des hauts fonctionnaires grandes institutions internationales, notamment l'ONU ou le PNUD.

Les étudiant-e-s, eux, ne sont donc pas tous et toutes de Bretagne ?

Non, des étudiants vivent à l'autre bout du monde ! C'est un diplôme francophone mais on a des stagiaires en Afrique, en Nouvelle Calédonie, en Guadeloupe, en Martinique, en Italie... et c'est le numérique qui leur a permis de faire cette formation.
Cette année, on a une promotion exclusivement féminine, des femmes de vingt-cinq à soixante ans, avec des expériences et des origines géographiques très différentes ; l'année dernière on avait deux hommes. Ce n'est pas la présence d'hommes qui donne gage de la qualité ou du sérieux de la formation, mais c'est révélateur de l'intérêt ou pas qu'ils portent à cette question. Pour la prochaine promotion, dont on est en train de préparer le recrutement, on a des hommes qui ont envoyé leurs dossiers de candidatures !

Déjà deux promotions sont sorties diplômées ?

Oui ; en fait, c'est un diplôme qui a très vite trouvé son public. On a volontairement des petits effectifs, pas plus de vingt personnes. Ce n'est pas parce que c'est à distance qu'on est tout seul ! Ce n'est pas parce que c'est en ligne, qu'on est largué dans la nature ! De la part de l'équipe pédagogique, il y a un suivi important : l'animation de forums pour le cours, mais aussi des réponses et des liens directs, des échanges avec chacun des stagiaires par mail, par téléphone, par skype, etc. Chaque mois, on organise une heure de ce qu'on appelle une classe virtuelle où tous les stagiaires peuvent se connecter en même temps, avec l'équipe pédagogique pour faire le point sur la formation, le calendrier, poser leurs questions en direct par caméra interposée ! Il y a deux moments de présence obligatoire. Le premier c'est la journée de rentrée où on fait connaissance, on présente le diplôme et on propose une prise en main technique de la plate-forme avec des ingénieurs informatiques qui montrent le fonctionnement parce qu'il faut aussi apprivoiser les outils !
Le deuxième temps obligatoire, c'est l'académie d'été qui dure une semaine, cette année du 29 juin au 2 juillet. Il y a une partie fermée entre stagiaires et une journée publique.
Cette académie d'été ouverte veut traiter une question d'actualité de manière transversale, en faisant appel à des chercheur-e-s extérieur-e-s à nos universités pour proposer de nouvelles ressources, avec des conférences grand public, accessibles, pour une diffusion large des savoirs académiques sur le genre au-delà de l'université.

Comment se déroule la formation ?

Il y a sept modules thématiques ; chaque stagiaire en choisit trois en plus du module de méthodologie qui est obligatoire puisqu'il est lié à la réalisation du mémoire d'analyse de pratiques professionnelles. Ensuite c'est aux stagiaires d'assurer leur progression ; on leur donne des conseils, un calendrier, on fait régulièrement le point pour savoir où elles-ils en sont. Chaque module est évalué avec un exercice qui doit être remis au mois de mars en première session ou, comme à l'université classique en septembre en deuxième session.
C'est une formation auto-tutorée donc, c'est aux gens de faire à leur rythme, mais si on voit que quelqu'un ne s'est pas connecté depuis longtemps, on vient aux nouvelles.
On préconise de faire la formation sur un an, mais il est possible de l'étaler sur deux ans. C'est un travail qui demande une demi-journée minimum par semaine, mais ça ne doit pas être du travail en miettes, une heure par ci, une heure par là, il faut vraiment pouvoir y consacrer plusieurs heures à la suite.
On pourrait croire que le risque quand on est seul-e derrière son ordinateur, sans contact physique, sans avoir besoin de venir en cours, c'est qu'on décroche plus facilement ! En fait, non, il y a beaucoup moins de décrochage qu'en amphi, d'abord parce que les stagiaires sont très motivé-e-s et qu'elles-ils ont des interlocuteurs-trices qui peuvent être sollicité-e-s ; il y a vraiment un accompagnement dédié !

Qui peut participer à l'académie d'été ?

Cette année, l'académie d'été aura lieu le 2 juillet et portera sur les politiques d'égalité à l'école. C'est une journée ouverte à tous et toutes, sur inscription, qui est éligible à la formation continue ; ce sera un jeudi toute la journée à Rennes 2. On accueillera toutes nos stagiaires des quatre coins du monde qui vont être là pendant cette semaine ; c'est un moment important à la fois pour discuter entre elles mais aussi pour rencontrer des chercheur-e-s ou d'autres professionnel-les des questions d'égalité. On a prévu des temps longs pour que la parole puisse circuler. Pour les personnes qui s'intéressent à la formation, qui ont envie de la faire ou se posent des questions, cette journée est aussi importante ; on les encourage à venir pour se faire une idée, nous rencontrer, voir si ça correspond à ce qu'elles recherchent !

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Témoignages de stagiaires de la promotion 2014/2015

« Le DIU me donne une légitimité »

« Je suis conseillère d'orientation-psychologue, référente égalité au sein de la délégation régionale de l'ONISEP Picardie. Mon rôle est notamment de diffuser de l'information sur l'égalité entre les filles et les garçons aux conseillers d'orientation et aux équipes éducatives sur le terrain. Je leur donne des informations sur les concours que les professeurs peuvent préparer pour travailler sur l'égalité filles/garçons, sur les derniers textes de loi, les dernières publications ou les statistiques, etc.
Ça fait des années que les questions de genre et d'égalité me passionnent. Quand j'ai eu connaissance de cette formation, elle répondait totalement à mes besoins. C'était sur mesure pour moi ! J'avais des connaissances éparpillées, acquises en autodidacte ; ça me permet de les rassembler.
Au début, je pensais préparer le DIU en un an mais je me suis rendu compte que je n'y arriverais pas. Il me fallait plus de temps, alors je l'ai fait sur deux années. Mon employeur a vraiment joué le jeu en prenant en charge les deux tiers du coût de la formation dans le cadre du droit à la formation continue.
Les trois modules que j'ai choisis sont l'histoire des femmes et du féminisme qui, à mon avis, devrait être un module obligatoire parce que ça éclaire tout le reste ; les violences faites aux femmes ; et genre, conjugalité et parentalité.
Le côté numérique pour moi, était très intéressant. Je ne voulais pas de présentiel ; travailler de chez moi, à mon rythme, ça me convenait tout à fait ! Mais, le revers de la médaille, c'est qu'on est quand même très seul-e-s. Pour la réalisation du dossier d'analyse de pratiques, on est très soutenues, mais pour les modules de cours, je me sentais un peu isolée ! C'est peut-être une question de génération (j'ai cinquante ans) mais je n'ai pas l'habitude de facebook et j'ai du mal à communiquer avec des gens que je ne connais pas. Peut-être qu'il faudrait qu'on se voit plus en début de formation. Les personnes qui suivent cette formation sont toutes très impliquées, viennent d'horizons très différents, ont des âges différents et des histoires différentes et c'est vraiment très riche ; je pense que notre regroupement en juin va être très intéressant. Rencontrer des gens engagés qui ont un pied dans la pratique et un dans la théorie, c'est ça qui fait avancer !
Sur mon lieu de travail, je perçois déjà les bénéfices de la formation qui m'a énormément fait progresser. Ça me permet de montrer aux enseignants qu'au cœur de leurs disciplines, on peut travailler sur l'égalité filles/garçons. Par exemple, j'ai proposé à des professeurs d'histoire qui enseignent en Bac Pro Métiers de la mode d'illustrer la partie consacrée aux droits des femmes par l'évolution du vêtement.
J'ai réalisé mon dossier d'analyse de pratiques professionnelles sur l'écriture égalitaire dans les documents sur les métiers destinés aux élèves. L'écriture égalitaire est une forme de rédaction non sexiste qui utilise les deux genres grammaticaux pour rendre visibles les deux sexes. Cela va au-delà de la "féminisation" des noms de métiers. Des études montrent que cette écriture aide les garçons à s'imaginer infirmiers et les filles à s'imaginer ingénieures, par exemple. L'ONISEP est très impliqué sur ces questions. Avec mes collègues des autres délégations régionales, je fais partie d'un groupe de travail sur le sujet. L'expertise acquise grâce au DIU m'est très précieuse. Ce diplôme me donne une réelle légitimité pour intervenir sur ces questions. »
Marie-Hélène Minot, Amiens

 

"Pour le contenu plus que pour la forme"

Nolwenn« Je suis enseignante d'EPS dans un collège. J'ai eu connaissance de la formation à la Biennale de l'Egalité à Lorient l'année dernière. C'est un sujet qui me tient à cœur et pas seulement au niveau de mon métier ; je suis aussi adhérente au Planning Familial. Comme j'étais en congé maternité cette année, je me suis dit que ça compléterait mon parcours professionnel.
Je pense que la prise de conscience est partie de mon expérience de terrain, les inégalités dont j'étais témoin, les choses que je n'arrivais pas à faire, pour lesquelles je ne trouvais pas de solutions. Avec l'EPS on est quand même confronté-e-s à des difficultés en fonction des activités qu'on enseigne, du public avec lequel on travaille et je me suis dit que ça pouvait me donner des outils de réflexion pour aller vers un petit peu plus d'égalité dans la discipline.
J'ai choisi trois modules sur les sept proposés : éducation et formation, construction de l'identité sexuée et histoire des femmes et du féminisme.
Le fait qu'il s'agisse d'un diplôme numérique n'a pas été un obstacle même si c'est surtout le contenu plus que la forme qui m'a attirée. Ça donne des libertés ; on peut s'organiser. Ça me plaît de travailler quand je veux ! Avec l'inscription, on a accès à la Bibliothèque Universitaire et comme je suis sur place, à Rennes, il m'est arrivé d'aller y prendre des ouvrages.
J'attends du regroupement fin juin de pouvoir échanger avec les autres stagiaires dont certaines viennent de pays étrangers. Même si on est sensibles à l'égalité en entrant en formation, cette année a été riche en termes de connaissances théoriques et c'est intéressant de voir comment chacune a pu se nourrir de ça et quelle résonance ça peut avoir sur nos terrains. Et puis, je suis surtout en attente de la journée du 2 juillet qui est une journée d'étude avec des chercheur-e-s et des intervenant-e-s sur la thématique de l'éducation qui est celle à laquelle je m'intéresse le plus mais je regrette le choix de la date car j'ai de nombreux-ses collègues qui auraient été intéressé-e-s mais qui ne pourront pas venir car c'est un jour de classe ! »
Nolwenn Pedrono, Rennes

Propos recueillis par Geneviève ROY

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