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Entre Bretagne et Congo, Marie-Léonie Kingansi se bat pour faire connaître la réalité des atrocités subies par ses sœurs congolaises. « Les femmes françaises, je les défendrais aussi – dit-elle – des femmes qui souffrent, comment pourrais-je me taire ? »

Son combat aujourd'hui : continuer à informer et faire circuler une pétition pour obtenir un tribunal pénal international pour la RDC à l'image de celui du Rwanda qui ferme ses portes en 2014.

 

 

Depuis quelques jours, elle savoure cette petite victoire, Marie-Léonie, et diffuse largement l'information dans son réseau. La pétition lancée par quelques personnalités en septembre dernier a déjà recueillie plus de 35 000 soutiens et l'idée d'un tribunal pénal international contre le viol comme arme de guerre au Congo fait son chemin.

Cette cause, l'infirmière aujourd'hui retraitée la défend depuis de nombreuses années. En effet, si elle est devenue bretonne depuis son installation à Rennes en 1978, Marie-Léonie Kingansi (son accent le confirme) est bien restée congolaise. Et si son pays connaissait quand elle l'a quitté une situation plutôt difficile suite à la décolonisation belge, rien ne s'est arrangé depuis. Alertée sur les actes barbares perpétrés en RDC, Marie-Léonie avec son association Angola Congo Bretagne (ACB) s'est fixé un objectif : faire connaître en France la vérité sur le Congo.

En effet, pour elle tout est une question d'information. « Avant, j'étais moi-même ignorante des violences qui sont subies là-bas par des femmes, des jeunes filles et même des fillettes. J'ai commencé à m'en occuper en 2008 quand on m'a raconté ce qui se passait » dit celle qui au début ne voulait pas y croire et passe désormais le plus clair de son temps à glaner sur Internet les vidéos et autres témoignages. « Il faut dire – insiste-t-elle – ce qui se passe là-bas mais aussi pourquoi ça se passe et comment on peut essayer d'arrêter ça ! Mais il faut d'abord savoir que ça se passe car si on ne sait rien on ne va pas chercher à comprendre ! Mais si on tape juste le mot « kivu » sur Google, alors on trouve plein de choses. »

On appelle ça un « gynocide »

Le Kivu, c'est cette région de l'Est de la République Démocratique du Congo livrée depuis des années aux trafiquants en tout genre. Les viols utilisés comme arme de guerre auraient fait entre 200 000 et 500 000 victimes depuis 1996, chiffre imprécis car bien sûr tous ne sont pas comptabilisés, les femmes victimes étant à nouveau maltraitées si elles s'aventurent à raconter ce qui leur est arrivé.

D'après le rapport de l'association Adéquations, le terme de viol semble d'ailleurs être un euphémisme tant les « modes opératoires constituent souvent des tortures et des actes de barbarie, visant la destruction des femmes et de leur appareil génital » L'objectif étant souvent de transmettre le virus du VIH-sida. Un nouveau terme a même été inventé pour décrire ce qui apparaît comme un « gynocide ». Ce que Marie-Léonie appelle « l'extermination des femmes. »

"Les femmes là-bas ne demandent pas

de l'aide humanitaire"

« Moi, ce que je veux, c'est qu'on agisse sur les causes - dit-elle - Les femmes là-bas ne demandent pas qu'on leur envoie de l'aide humanitaire ; tout ce qu'elles demandent c'est la paix, qu'elles puissent retourner dans leurs familles et subvenir aux besoins de leurs enfants ; qu'elles puissent continuer leur vie ».

Pays riche, population pauvre

Car en effet, pour l'ancienne infirmière les choses sont claires : le Congo ne vit pas une guerre au sens classique du terme mais il est tout simplement livré aux mains de ceux qui pillent ses richesses naturelles au détriment de la population, reconnue aujourd'hui comme la plus pauvre du monde avec 87,7% des congolais qui vivent en dessous du seuil de pauvreté fixé à un 1,25 dollar par jour.

« Qu'on commence déjà par arrêter d'envoyer des armes – s'énerve Marie-Léonie - Celui qui a une arme se croit tellement plus puissant que les autres qu'il pense avoir le droit d'abuser des gens comme il veut » Elle décrit ses vidéos sur Internet qui montrent les avions étrangers déchargeant les armes et chargeant les matières premières. Car au Congo elles sont abondantes en particulier le coltan utilisé dans la fabrication des téléphones portables.

"Le Congo est un pays riche,

c'est la population qui est pauvre"

« Le Congo, est un pays riche, c'est la population qui est pauvre – s'agace encore Marie-Léonie - Un journaliste belge comparait dernièrement le Congo à un supermarché où tout le monde vient se servir gratuitement. Avant, c'était les Belges, maintenant, c'est tout le monde qui se sert. Il faudrait organiser le pays, signer des contrats avec des sociétés qui pourraient exploiter légalement. La violence c'est pour humilier les gens, détruire les familles, de façon à ce qu'ils quittent leur terre »

Que justice soit faite

L'installation d'un tribunal pénal international demandé aujourd'hui serait donc une étape importante pour à la fois reconnaître les violences subies par les femmes et redonner espoir au Congo. Une façon aussi selon Marie-Léonie pour la communauté internationale d'assumer ses responsabilités. « Le problème est international car il a débuté avec l'arrivée des Rwandais suite au génocide. La France a demandé au Congo d'accueillir les Rwandais mais ils sont arrivés avec leurs armes et leur désir de vengeance. Aujourd'hui, ce n'est pas aux Congolais de régler une situation qui a été importée par les pays étrangers. C'est important que ça passe par un tribunal international parce que là-bas il y a une complète impunité ; ce sont les mêmes personnes qui violent, qui tuent et qui ont les pouvoirs. Pour que ça s'arrête, il faut que la justice soit faite.»

Ces derniers jours, des concertations ont eu lieu à Kinshasa et certains sembleraient prêts à faire pression sur le gouvernement congolais pour qu'il demande à l'ONU l'installation d'un « tribunal chargé de juger les auteurs présumés des crimes de guerre, des crimes contre l'humanité et des génocides commis en RDC depuis 1993 »

Une petite victoire donc pour Marie-Léonie et les autres même si rien n'est encore acté. Et un encouragement à continuer. « Si on ne le fait pas, qui va le faire ? - s'interroge Marie-Léonie - C'est vrai que c'est dur parfois et qu'on se demande si on va aboutir un jour mais j'ai encore de la force et je ne peux pas me taire. Ce sont des femmes qui souffrent, comment pourrais-je me taire ? C'est comme ma chair. »

Geneviève ROY

A l'occasion des journées pour l'élimination des violences faites aux femmes organisées à Rennes du 22 novembre au 15 décembre, l'association ACB propose une soirée débat à l'UAIR le 22 novembre en compagnie d'une autre association œuvrant au Congo, VUDO – volontaires unis pour la dignité des opprimés – qui aide les femmes victimes à s'insérer dans la société notamment par des micro-crédits qui leur permettent d'avoir un commerce.

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