Si pour vous les Beaux-Arts évoquent la peinture à l'huile et les sculptures de marbre, si le mot designer résonne avec des meubles contemporains aux formes épurées, il est temps de faire la connaissance de Marine Le Roux.

En quelques phrases, elle mettra à mal vos idées toutes faites.

Diplômée d'un Master Design de la Transition à l'école des Beaux-Arts de Brest (EESAB) en 2017, la jeune Finistérienne travaille aujourd'hui sur des « projets alimentaires », s'intéressant à la culture des algues ou à la fabrication du beurre.

En mars dernier, à Ouessant, elle a vécu trois semaines d'une résidence artistique pas comme les autres.

 Marinedesign

« Je dis souvent super chouette » dit-elle en fin d'entretien. Son enthousiasme est contagieux et quand on écoute Marine Le Roux raconter son expérience ouessantine, on n'a plus qu'une envie : prendre le bateau. D'ailleurs elle-même le reconnaît : « parler de ça me donne envie d'y retourner ! »

« J'ai encore du mal actuellement à expliquer mon travail – dit encore la jeune femme – je suis designer parce que j'ai une approche particulière, mais je ne fais pas de la pratique plastique au sens pur du terme ; je suis assez pluridisciplinaire ! » Et ses nombreux talents, elle les exerce au sein de l'association Aux Goûts du Jour de Quimper. Pour résumer, elle dit simplement : « je travaille dans l'alimentation ».

« Faire ressortir le goût de l'île, connaître son identité culinaire »

Le travail de diplôme de Marine portait sur « les algues, leur poésie, leur sensibilité » avec la volonté en partant de ces « végétaux marins d'aller vers une expérience culinaire ». En d'autres mots : valoriser une ressource locale et en faire une force pour un territoire. Pour mener à bien ses recherches elle a alors travaillé avec des biologistes et procédé à des extractions de pigments, puis avec un chef restaurateur de Brest avec qui elle a concocté « des recettes à partir de produits iodés ».

C'est ensuite en tant que céramiste qu'elle a élaboré des pièces de porcelaine « issues de l'observation des crampons de laminaires ». Jeune diplômée, elle a rejoint l'association où elle était stagiaire, d'abord pour un service civique, puis comme salariée.

mielC'est donc tout naturellement qu'elle a accepté ce projet de résidence à Ouessant. Née à Quimper, étudiante à Brest, Marine connaît bien l'île qu'elle décrit comme « un territoire fabuleux et magique ». Le but de sa résidence au mois de mars dernier était de « faire ressortir le goût de l'île, de connaître son identité culinaire ». « C'était une résidence de recherche, j'étais donc là pour comprendre l'écosystème et réfléchir aux actions à mettre en place » dit-elle encore.

« Quelqu'un m'a dit : il faut absolument que tu ailles voir Gégène »

L'appel à projet la contraignait à un minimum de 30 % de relations avec les habitant-e-s. Pour elle qui dit aimer les échanges qui permettent « d'avoir un projet plus nourri et plus pertinent », c'était une belle occasion d'aller à la rencontre des gens ; « des rencontres aléatoires et d'autres choisies » précise-t-elle.

Avec les personnes âgées de l'EPHAD ou du Club des Anciens - « surtout des femmes » - et les enfants de l'école primaire et du collège, elle a imaginé des ateliers pour partir à la découverte des traditions culinaires, des plantes du littoral mais aussi de l'histoire à travers les différents commerces alimentaires, nombreux autrefois sur l'île, et l'évolution des modes de consommation ; elle a fabriqué du beurre avec les enfants puis leur a fait déguster accompagné de criste marine.

ouessantElle a passé du temps avec les restaurateurs, a travaillé avec le musée des Phares et Balises, a découvert le parc régional d'Armorique au cours d'une balade alimentaire. Il y a aussi eu les personnes incontournables qu'on lui a recommandées. « Quelqu'un m'a dit : il faut absolument que tu ailles voir Gégène ! » Et l'homme l'a invitée chez lui, lui a montré « l'outil qui enlève les mottes de terre dans son jardin, ses marmites, comment il cuit le riz au lait sous la motte, le ragoût, etc. ». Sur Ouessant, Marine a trouvé « que le temps passe vite ! »

« J'appréhendais un peu cette arrivée dans un territoire où je ne connaissais personne ; j'y suis allée en douceur, j'ai rencontré les gens un à un et ils se sont ouverts. C'est aussi cette qualité humaine que j'aimerais retransmettre » dit Marine, un peu nostalgique de ce séjour ouessantin.

« C'est la moindre des choses de rendre le temps qu'on m'a donné, les sourires »

Une partie de son travail fut « la récolte de textures et de formes qui reproduisent le côté rocailleux de l'île et en même temps donnent à voir la souplesse des plantes caressées par le vent ». Pour elle, Ouessant, parle de « douceur, de rondeur, de poésie » malgré une certaine dureté, « y compris dans ses rapports humains ». C'est tout cela que la jeune femme souhaite aujourd'hui retransmettre. Sur le continent, où elle poursuit son travail, mais aussi aux îlien-ne-s qui l'ont accueillie. « C'est la moindre des choses pour moi de rendre ce qu'on m'a donné, le temps qu'on m'a donné, les sourires – dit-elle – je ne sais pas encore sous quelle forme ni à quel moment, mais j'ai prévenu que je reviendrais faire une restitution ; de toute façon j'adore Ouessant, je ne me lasserai jamais de cette île ! »

Et c'est d'ailleurs à regret que Marine a repris le bateau, un peu frustrée de ne pas poursuivre ses recherches mais consciente aussi de l'ampleur de la tâche. « C'était un peu ambitieux comme projet – avoue-t-elle avec humilité – la thématique alimentaire, c'est tout de même très vaste ; ça touche l'économie, l'environnement, la santé, la préservation de la biodiversité, la culture, le tourisme... pour moi, toute seule, durant seulement trois semaines, ça faisait beaucoup ! »

Parce que Marine a conscience que sa « pratique du design n'est pas forcément commune » elle se réjouit que l'EESAB lui ait « fait confiance » pour ce projet. Et espère que d'autres résidences du même type pourront se reproduire au Sémaphore de Ouessant. En attendant d'y retourner pour reprendre la conversation avec les habitant-e-s, la jeune femme qui se dit volontiers passionnée le répète à l'envi : « c'était super chouette ! »

Geneviève ROY

Photos Marine Le Roux – n°1 : en haut du sémaphore ; n°2 : miel de ronces des abeilles d'Ouessant ;n°3 : "gorzez" organisé au musée

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