Du 24 au 29 novembre, Dinan dit « non » aux violences. L'Espace Femmes de l'association Steredenn fête son dixième anniversaire en organisant une semaine d'action pour l'égalité, contre les violences et les discriminations.

Fidèle à son engagement d'éducation populaire, l'association propose durant cette semaine de faire la fête bien sûr, mais aussi d'échanger, de partager, de se former...

Des convictions qui animent l'équipe de l'Espace Femmes depuis dix ans dans toutes les actions menées pour et avec les femmes, notamment celles qui sont victimes de violences conjugales ou de violences sexuelles.

 

 

 

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Fondé en 2004 pour réunir deux actions de l'association Steredenn, l'Espace Femmes du pays de Dinan est d'abord né à l'initiative d'habitantes du territoire. Les unes, bénéficiaires du RMI, se retrouvaient dans l'action « autour d'elles » ; d'autres avaient mis en place un collectif pour questionner la place des femmes dans la société. Leurs animatrices respectives venaient l'une de Marseille, l'autre d'Allemagne. « Il fallait peut-être des personnes venant d'ailleurs pour que ces territoires-là s'emparent des questions d'égalité » analyse aujourd'hui Annie Ollagnier, la marseillaise, coordinatrice de l'Espace Femmes.

Une vie après les violences

Dix ans plus tard, l'Espace Femmes poursuit sa route, toujours au sein de l'association Steredenn qui par ailleurs travaille sur le champ de l'insertion, du logement, de l'emploi et de la formation. Deux accueils reçoivent d'une part les personnes victimes de violences conjugales et d'autre part celles qui sont victimes de violences sexuelles, soit chaque année une centaine de personnes (des femmes majoritairement) pour le premier groupe et une trentaine pour le second. Pour Annie Ollagnier, référente pour les violences au sein du couple, « c'est d'abord une écoute mais surtout un soutien dans la durée ».

Suite à la première rencontre, « une relation de confiance s'installe - dit-elle – et on peut établir un premier diagnostic pour connaître les besoins de la personne notamment en matière de logement, de santé, d'emploi, etc. toutes les questions qui permettent d'orienter soit en interne sur les autres activités de Steredenn, soit en externe notamment grâce aux permanences juridiques proposées par le CIDFF 22. » L'Espace Femmes ce sont aussi des ateliers aussi divers que la sophrologie, le massage ou le yoga, mais aussi une boutique solidaire ou des soirées ciné-débats qui permettent « d'accompagner une construction ou une reconstruction pour repartir vers la vie, tout simplement. » Parce que dit Annie Ollagnier « il y a une vie après les violences ! »

De l'importance des politiques publiques

equipedinanDepuis dix ans, à Dinan, Annie Ollagnier (à droite sur la photo) et ses collègues Tania Donguy (à gauche) et Christiana Baptiste (au centre), sont fidèles aux valeurs de l'éducation populaire que défend Steredenn. « Depuis le début – détaille Annie Ollagnier – notre volonté est de partir du quotidien, du pragmatique. On a envie que les questions d'égalité sortent des sérails, ne se retrouvent pas que dans des conférences ou des débats qui passent bien au-dessus des personnes les plus concernées et les plus impactées par les inégalités. »

C'est avec une certaine amertume, semble-t-il, que l'animatrice de l'Espace Femmes constate que pour organiser les dix ans de son action, elle a dû chercher des partenariats hors département*. « Il y a dix ans, nous faisions le vœu pieu de voir arriver des féministes à nos côtés, mais dans la vraie vie, ça ne s'est pas fait – regrette-t-elle – L'engagement associatif est fort à Dinan mais les questions qui concernent les droits des femmes ne sont sans doute pas prioritaires. »

L'Espace Femmes a choisi de décliner les questions d'égalité de manière très large en incluant notamment les droits LGBT ou la prostitution. Et Annie Ollagnier constate avec quelque ironie : « il semble qu'à Dinan, il n'y ait pas de prostitution, pas de chômage, pas de pauvres ni de personnes LBGT ! » En cause, selon elle, une certaine « culture judéo-chrétienne encore très prégnante en terres bretonnes » même si elle reconnaît qu'ailleurs en Bretagne beaucoup de choses sont possibles. « Il faut - dit-elle encore - que les politiques publiques et leurs déclinaisons locales s'emparent des sujets pour qu'ils aient une existence au-delà des simples désirs individuels. »

Des lieux pour parler, pour comprendre, pour apprendre

Des soirées-débats, des ateliers, des jeux de rôle, des temps en soirée ou en journée notamment le mercredi et pour clôturer la fête une marche dans la vieille ville de Dinan, c'est ce que propose l'Espace Femmes du 24au 29 novembre pour souffler ses dix bougies. « On avait envie de prendre du temps et du plaisir » souligne Annie Ollagnier qui insiste sur l'envie de « tirer le fil de la réflexion, de l'échange, de la confrontation » tout en permettant une sensibilisation aux violences de toutes sortes, conjugales et sexuelles mais aussi à l'homophobie et à toutes les inégalités du quotidien.

affichepatjeanChaque mois, l'Espace Femmes organise une soirée de ciné-débat qui réunit entre cinq et quarante personnes selon la thématique choisie ; plus le sujet est difficile et moins il fait consensus, plus les spectateurs-trices sont présent-es semble-t-il. Ce qui permet notamment d'aborder des sujets peu représentés localement comme l'homoparentalité ou l'inceste. « Notre propos – dit Annie Ollagnier – est d'utiliser un support (film de fiction ou documentaire) pour provoquer l'échange, que les gens s'expriment et puissent poser des paroles qu'ils n'ont jamais posées ailleurs et si on est en petit comité, pour nous, c'est mieux, finalement. »

A l'occasion de son anniversaire, l'Espace Femmes a choisi le film documentaire de Patrick Jean « La domination masculine » qui sera présenté le mardi 25 novembre à 20 heures et sera suivi d'un débat sur le thème de l'égalité femmes/hommes. « Les gens nous disent souvent que dans ces soirées, ils ont de la place pour parler, pour comprendre et pour apprendre » se réjouit Annie Ollagnier. Un encouragement pour elles, et toute l'équipe – réduite à trois personnes – de l'Espace Femmes pour qu'au-delà du dixième anniversaire, les projets perdurent et se multiplient en faveur des femmes et de l'égalité.

Geneviève ROY

 

Le programme complet de la semaine est consultable sur le blog de l'Espace Femmes

* - Les principaux partenaires sont l'association Prendre le droit qui vient de Rennes, Femmes solidaires de Saint-Malo et la délégation de la Sarthe du Mouvement du Nid. Les manifestations ont aussi reçu le soutien de la délégation régionale aux droits des femmes et à l'égalité (DRDFE). Le 20 novembre, Gaëlle Abilly, vice-présidente de la région Bretagne en charge de l'égalité des droits, s'est rendue à l'Espace Femmes de Dinan : ici

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On reste en contact

Grâce à cette rubrique, retournons à la rencontre de femmes qui à un moment de leur parcours ont déjà croisé notre webmagazine depuis sa création en juin 2013...

 

Martha et les "enfants ACZA"

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Depuis sa création, Breizh Femmes s'intéresse au travail de Martha Diomandé et de son association ACZA qui milite contre l'excision. Pour elle, s'opposer à l'excision, c'est d'abord accompagner les matrones – les exciseuses - vers d'autres pratiques qui permettent de respecter les traditions et d'assurer la formation des petites filles tout en se débarrassant de l'acte mutilant. C'est aussi proposer à ces femmes de rester des membres reconnues de leurs communautés.

Grâce à des campagnes de formation et à la construction de cases de naissance, ACZA est présente dans une quinzaine de villages en Côte d'Ivoire où commence à grandir une nouvelle génération d'enfants qui ne seront jamais excisées et de femmes épanouies dans leur mission d'accoucheuses.

« On ne force personne à venir accoucher dans nos cases – explique Martha Diomandé qui a répondu à quelques questions – mais les femmes qui viennent savent que leur enfant ne pourra pas être excisée. C'est un acte de courage pour elles de s'afficher ainsi. Leurs enfants appartiennent en quelque sorte à l'association. On les appelle les "enfants ACZA" ».

Lire l'interview de Martha Diomandé

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