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Elle avoue avoir été « intimidée » quand Nathalie Appéré, la maire de Rennes, lui a proposé la délégation aux droits des femmes. Non pas que Geneviève Letourneux ne se sentait pas légitime mais à cause de l'admiration qu'elle porte à celles qui l'ont précédée sur ce poste.

Après plus d'un an dans cette nouvelle fonction, le bilan qu'elle dresse est assez positif. Elle a le sentiment d'avoir été suffisamment disponible sur les temps forts importants et se réjouit de la richesse du paysage associatif rennais sur les questions d'égalité femmes/hommes.

Son prochain chantier sera, à la rentrée, de mettre en place le tout nouveau Comité Consultatif issu de la Fabrique Citoyenne.

 

« Je n'ai pas de médaille de militantisme féministe » s'amuse Geneviève Letourneux. Pour elle, sa position actuelle dans l'équipe municipale de Rennes et au sein de Rennes Métropole, c'est « l'accomplissement d'un engagement très ancien » en faveur des questions d'égalité.

« Je suis rentrée en politique à travers la question du racisme » dit encore l'ancienne militante de SOS Racisme des années 80. Son combat en faveur de la paix en ex-Yougoslavie, puis son passage par le club des jeunes rocardiens, lui font dire que la politique, passe d'abord par la réflexion. « J'ai une sensibilité plus universitaire » explique-t-elle, rappelant qu'elle est aussi professeur de Sciences Economiques et Sociales en lycée, une matière qui chaque année consacre tout un cours à la dimension de l'égalité.

 

« Il va falloir être à la hauteur ! »

 

Geneviève Letourneux ne cherche pas à se justifier d'être devenue, depuis les dernières élections municipales, déléguée à l'égalité et aux droits des femmes. Simplement, elle reconnaît avec humilité que si ce choix a surpris quelques acteurs de terrain, elle a été la première étonnée qu'on lui en fasse la proposition. Face au charisme de celles qui l'ont précédée - Anne Cogné, l'initiatrice de cette fonction, Maria Vadillo, puis surtout Jocelyne Bougeard - elle s'est dit : « il va falloir être à la hauteur ! »

letourneux2« Dans un premier temps, j'ai été surprise – raconte Geneviève Letourneux - puis assez intimidée, même ! Je connais l'implication et l'investissement de Jocelyne et la manière dont elle a pu marquer sa délégation. » D'autant plus que ce n'est plus une adjointe qui porte les questions d'égalité, mais une conseillère municipale. « Ce n'était pas véritablement un bon signe » reconnaît-elle, argumentant toutefois que les postes d'adjoints sont limités et leur nombre réglementé en fonction du nombre d'habitants. Et puis, surtout, Geneviève Letourneux ne pouvait être à la fois adjointe et vice-présidente de Rennes Métropole, et l'annonce de sa vice-présidence à la cohésion sociale et à la politique de la ville a permis d'apaiser les craintes.

 

« Il n'y a pas de fatalité

et les choses ne sont pas immuables »

 

Ses responsabilités municipales et communautaires se croisent et s'enrichissent mutuellement, pense-t-elle, notamment quand il s'agit de mettre en place le Comité Consultatif à l'égalité femmes/hommes. La Fabrique Citoyenne, grande consultation voulue par la nouvelle équipe municipale, a été l'occasion d'élargir la réflexion sur ce qui s'appelait alors le Comité Consultatif aux droits des femmes. Sous son nouveau nom, cet « espace de partage et d'éclairage » démarrera officiellement à l'automne autour de trois axes clairement définis : l'éducation, l'espace public et les violences faites aux femmes. « Ça croise complètement la refondation de la politique de la ville – commente l'élue – puisque trois axes irriguent l'ensemble des préoccupations des contrats de ville : la lutte contre les discriminations, la jeunesse et l'égalité femmes/hommes. »

Geneviève Letourneux semble parfaitement à l'aise dans ce travail de réflexion avec les acteurs de terrain. Sa conviction depuis longtemps est qu'il est possible « de transformer une société sans faire de révolution mais en se disant qu'il n'y a pas de fatalité et que les choses ne sont pas immuables.»

letourneux3Arrivée à Rennes avec mari et enfants en 2005, la jeune femme quitte la banlieue d'Orléans où elle a commencé une carrière qui s'annonçait brillante. « J'ai quitté cet engagement - analyse-t-elle aujourd'hui - avec la pleine conscience qu'en politique l'ancrage territorial est déterminant, qu'il faut avoir ses ancêtres enterrés là où on est élu ! » Pourtant, à Rennes, elle découvre une situation tout à fait différente et elle se souvient s'être dit : « il y a encore des endroits où on continue à penser ». Elle poursuit donc son engagement au PS où elle participe à l'écriture du projet pour les municipales de 2008 et se retrouve candidate, puis élue, sur la liste de Daniel Delaveau. « Je ne me sens pas porte-drapeau des nouveaux rennais – dit-elle – mais c'est un signe d'ouverture assez significatif. »

 

« Je suis une fille de 68 »

Geneviève Letourneux n'est pas vraiment en terre étrangère, étant nantaise d'origine (avec une mère Morbihanaise) mais elle découvre toutefois la « fierté rennaise ». « Mon mari est originaire du sud-est de la France et j'ai vu la montée du Front National et le basculement d'une ville comme Orange » constate-t-elle, se réjouissant d'autant plus de la « dimension citoyenne » de la région ouest. « Il y a ici une culture civique -dit-elle- les gens sont assez autonomes pour organiser le débat et il y a un vrai sens du collectif. »

Une dynamique que l'élue observe notamment dans sa délégation où elle apprécie « la richesse des acteurs et le pluralisme associatif sur ces thématiques qui est remarquable. » Une « force » qu'elle compte bien mettre à profit au sein du Comité Consultatif qui à l'image de la Fabrique Citoyenne se veut ouvert non seulement aux militant-e-s mais aussi à des citoyens et citoyennes.

Ces valeurs, Geneviève Letourneux a grandi avec. « Je suis une fille de 68 » plaisante-t-elle racontant que « [ses] parents se sont rencontrés dans une occupation d'usine » et qu'elle est née quelques mois plus tard, en 1969. Un destin tout tracé.

Geneviève ROY

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Grâce à cette rubrique, retournons à la rencontre de femmes qui à un moment de leur parcours ont déjà croisé notre webmagazine depuis sa création en juin 2013...

 

Martha et les "enfants ACZA"

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Depuis sa création, Breizh Femmes s'intéresse au travail de Martha Diomandé et de son association ACZA qui milite contre l'excision. Pour elle, s'opposer à l'excision, c'est d'abord accompagner les matrones – les exciseuses - vers d'autres pratiques qui permettent de respecter les traditions et d'assurer la formation des petites filles tout en se débarrassant de l'acte mutilant. C'est aussi proposer à ces femmes de rester des membres reconnues de leurs communautés.

Grâce à des campagnes de formation et à la construction de cases de naissance, ACZA est présente dans une quinzaine de villages en Côte d'Ivoire où commence à grandir une nouvelle génération d'enfants qui ne seront jamais excisées et de femmes épanouies dans leur mission d'accoucheuses.

« On ne force personne à venir accoucher dans nos cases – explique Martha Diomandé qui a répondu à quelques questions – mais les femmes qui viennent savent que leur enfant ne pourra pas être excisée. C'est un acte de courage pour elles de s'afficher ainsi. Leurs enfants appartiennent en quelque sorte à l'association. On les appelle les "enfants ACZA" ».

Lire l'interview de Martha Diomandé

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