En prolongement de la journée du 8 mars, déclinée à Rennes autour du thème « sphère publique, sphère privée », le Mouvement de la Paix a choisi de donner la parole à des femmes engagées pour « un espace public de paix et de non violence ».

 

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Autour de la table ronde organisée le 23 mars, étaient réunies quelques représentantes d'associations venues parler des situations toujours critiques de la Tunisie, de la RDC ou encore des Balkans.

On a aussi évoqué les féminicides du Mexique ou la lutte des femmes Kurdes contre DAECH.

 

Rappelant les programmes des Nations-Unies, Roland Nivet, responsable du Mouvement de la Paix à Rennes, souligne combien la place des femmes est importante pour la culture de la paix. « Partout où les femmes ont des droits et plus d'exercices des responsabilités, les sociétés sont moins violentes » cite-t-il.

Une façon de saluer et de remercier toutes ces femmes qui viennent de témoigner de leur propre parcours dans des pays où la paix reste bien fragile. Pour ACB – Association Angola Congo Bretagne – Marie-Léonie Kingansi a parlé de « pratiques inacceptables et incompatibles avec la dignité humaine » rappelant qu'au Congo, « souvent les femmes n'ont pas droit à une contraception libre, par manque d'informations parfois, mais surtout parce que leurs maris ne veulent pas de peur qu'elles ne les trompent ».

Hayal et Miral, au nom des femmes Kurdes de Turquie, ont dénoncé une politique gouvernementale « contre l'émancipation des femmes dans la vie sociale, familiale et économique » dans un pays où les violences à l'égard des femmes ont augmenté de 1400% au cours des dix dernières années.

« Nous n'avons obtenu que des petits acquis qui seront facilement détruits »

Eléna, étudiante en sociologie à Rennes 2, a décrit ce Mexique où « la misogynie s'exprime à travers la violence extrême » ; une violence qui conduit à l'assassinat de six femmes chaque jour « juste parce qu'elles sont femmes » !

Pour Shura Dumanic, animatrice des Femmes pour la Paix dans les Balkans, la violence, c'est déjà le passé. Ce qui compte aujourd'hui, c'est d'arriver à dépasser tous les clivages liés aux années de guerre pour « vivre encore ensemble ». Le plus difficile, estime-t-elle, c'est de retrouver des liens sociaux voire familiaux dans des pays construits sur des divisions. « Je suis fatiguée – lâche-t-elle – Trente années que nous sommes dans la lutte ! Et nous n'avons obtenu que des petits acquis qui seront très facilement détruits ! »

tunisienneSociologue et journaliste, Fethia Saidi, ne parle pas seulement de la situation des femmes Tunisiennes. Elle souligne les « nombreuses ressemblances entre les expériences des femmes, un peu partout dans le monde » pour « combattre la culture patriarcale fondée sur ce trio : le père, le frère, le mari ». Et semble désabusée quand elle évoque la « révolution » tunisienne de janvier 2011 à laquelle les femmes ont largement participé pour être évincées sitôt après des lieux de décision. « Il y a même eu une régression – constate-t-elle – et une croissance des violences dans la société ».

« Voir des jeunes qui continuent la lutte, c'est une grande satisfaction »

Face à des réalités dramatiques, toutes ces femmes témoignent pourtant d'actions positives voire d'avancées sur le chemin de l'égalité. En Tunisie, les femmes ont obtenu de l'état qu'il s'engage dans la nouvelle constitution « à garantir l'égalité des chances entre les femmes et les hommes pour assumer les différentes responsabilités dans tous les domaines ». Fethia Saidi est fière de cet article 21 qui stipule la non discrimination entre les deux sexes. « Ce sont des acquis pour les Tunisiennes – dit-elle – même si notre combat reste permanent. »

« Les femmes ont une grande force » dit de son côté Shura Dumanic. Avec le réseau des Femmes de Croatie, elle a participé à l'élaboration de trois nouvelles lois : contre les violences faites aux femmes, pour leur participation à la vie politique, et pour la famille. « C'est un travail qui a duré quinze ans – explique-t-elle – mais nous l'avons fait ! » Et elle se réjouit que pour la première fois depuis vingt-cinq ans, des femmes soient sorties dans les rues de Zagreb pour célébrer le 8 mars, devenu de nouveau un symbole pour la lutte des droits. « Les plus jeunes ont organisé une marche de nuit – dit-elle encore – Voir qu'elles continuent notre lutte, c'est une grande satisfaction ! »

Une grande satisfaction aussi pour toutes ces militantes de voir les femmes défier le pouvoir en Turquie lors d'une manifestation qui a réuni 3000 personnes le 8 mars à Istanbul. « C'est toujours les femmes et les enfants qui portent les charges les plus lourdes des guerres mais malgré tout une grande résistance c'est mise en place en Turquie et au Moyen-Orient » témoigne encore Hayal, étudiante ingénieure en géophysique, qui vient de passer deux mois à la frontière Turque où des femmes Kurdes, souvent très jeunes, combattent DAECH.

« On essaie de créer des espaces publics pour fomenter la paix »

« Comment vivent les femmes dans ce contexte de violence ? » s'interroge Eléna, la Mexicaine. Une des réponses qu'elles apportent, c'est ce collectif auquel la jeune femme a participé pendant un an. « On essaie de créer des espaces publics pour fomenter la paix – explique-t-elle – on invite des personnes pour réfléchir ensemble aux questions d'avortement, de diversité culturelle, d'homosexualité ou de violence de genre. » Des réflexions que les membres du collectif, en grande partie des étudiantes, pourront ensuite traduire en œuvres théâtrales. « C'est notre façon – dit la jeune femme – d'affronter les situations qu'on vit tous les jours en tant que femmes, étudiantes et citoyennes du Mexique. »

Enfin, au chapitre des bonnes nouvelles, Marie-Léonie cite la loi promulguée le 1er août dernier par le gouvernement congolais pour renforcer l'engagement de l'état à « bâtir une société plus juste et corriger les inégalités entre les femmes et les hommes ».

« Changer notre culture et interdire la guerre »

« C'est à travers la condition des femmes qu'on mesure les progrès d'une société » soutient la Tunisienne Fethia Saidi. Comme une lueur d'espoir, elle rappelle que depuis des années et au niveau international « de nombreux traités contraignants sur les droits de la personne interdisent les violences faites aux femmes » et que « des jugements déterminants en droit international ont aussi rappelé aux gouvernements leurs responsabilités ». Il s'agit donc bien d'un « combat international » que les femmes ne peuvent gagner qu'en s'unissant. « Je crois qu'il faut créer des réseaux – dit-elle- dans les pays bien sûr, mais aussi à l'échelle mondiale pour pouvoir changer les mentalités et faire participer les femmes aux politiques publiques. Je crois aussi qu'il faut éduquer nos enfants, nos jeunes, à la culture de la paix. Ainsi, on arrivera peut-être à des sociétés avec moins de violences. »

Shura Domanic ne dit pas autre chose en saluant la prise de position du vice-président américain Joe Biden déclarant qu'il fallait « changer notre culture ». « Ce sont des mots historiques – dit-elle – mais il faut aller plus loin et dire : nous devons changer notre culture ET interdire la guerre ! C'est la guerre qui nourrit toutes ces choses dont nous avons parlé ce soir. »

Geneviève ROY

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On reste en contact

Grâce à cette rubrique, retournons à la rencontre de femmes qui à un moment de leur parcours ont déjà croisé notre webmagazine depuis sa création en juin 2013...

 

Martha et les "enfants ACZA"

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Depuis sa création, Breizh Femmes s'intéresse au travail de Martha Diomandé et de son association ACZA qui milite contre l'excision. Pour elle, s'opposer à l'excision, c'est d'abord accompagner les matrones – les exciseuses - vers d'autres pratiques qui permettent de respecter les traditions et d'assurer la formation des petites filles tout en se débarrassant de l'acte mutilant. C'est aussi proposer à ces femmes de rester des membres reconnues de leurs communautés.

Grâce à des campagnes de formation et à la construction de cases de naissance, ACZA est présente dans une quinzaine de villages en Côte d'Ivoire où commence à grandir une nouvelle génération d'enfants qui ne seront jamais excisées et de femmes épanouies dans leur mission d'accoucheuses.

« On ne force personne à venir accoucher dans nos cases – explique Martha Diomandé qui a répondu à quelques questions – mais les femmes qui viennent savent que leur enfant ne pourra pas être excisée. C'est un acte de courage pour elles de s'afficher ainsi. Leurs enfants appartiennent en quelque sorte à l'association. On les appelle les "enfants ACZA" ».

Lire l'interview de Martha Diomandé

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