« La mobilisation a lieu tous les jours mais le 8 mars, c'est l'occasion de faire un point annuel sur les avancées, sur ce qui stagne et sur ce qui peut reculer car on le sait bien : il n'y a pas de pente naturelle vers l'égalité. »

Et même à la CGT où on défend les droits de tous les travailleurs, y compris des travailleuses, il faut parfois prendre le temps de dire les choses. Et surtout, donner à chacun-e les moyens de « s'emparer de ces questions-là ».

C'est ce que Maryse Thaéron et Dominique Besson, co-animatrices de la commission « femmes mixité » de l'Union Départementale 35 ont choisi de faire cette année en invitant Rachel Silvera, économiste, auteure de l'ouvrage « Le quart en moins », pour une demie-journée de formation sur les inégalités professionnelles.

 

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Alors que le syndicat est en pointe de la mobilisation contre le projet de loi destiné à réformer le code du travail, les deux représentantes de la CGT, sont formelles : « cette loi n'est pas une loi contre les femmes ; c'est une loi contre l'ensemble des salarié-e-s. Mais elle va toucher particulièrement les femmes. » Or, déjà, Maryse Thaéron le rappelle : la préoccupation principale des salarié-e-s, « les hommes comme les femmes » ce sont les inégalités salariales. Et pourtant, ces questions n'arrivent qu'en huitième position dans les négociations annuelles obligatoires. « Ce n'est pas un sujet anecdotique, c'est un sujet de fond » dit-elle soulignant que les « femmes représentent la moitié du salariat » mais aussi la grande majorité des travailleurs précaires.

Même à la CGT, « ça ne coule pas de source » !

« Le 8 mars, ce n'est pas la Saint-Valentin ni la fête des femmes ; encore moins la fête des mères ou une fête mercantile ! Et ce n'est pas inutile de le rappeler ! » Voilà qui est dit. Si Maryse Thaéron semble un peu énervée c'est que même au sein de son organisation syndicale, la place des femmes laisse parfois à désirer. Elle est fière, c'est vrai, de présenter la CGT comme « le seul syndicat français dont les organes de direction sont à parité hommes/femmes ». « Je trouve que c'est un signe fort et une bonne nouvelle – dit-elle – car il n'y a pas de pente naturelle vers l'égalité, il faut toujours pédaler ! »

Maryse Thaéron et ses camarades pédalent à leur façon en animant la commission « femmes mixité » dont la feuille de route prévoit des actions de communication et d'informations et des temps de formations. « Sensibilisation et formation » résume son alter ego Dominique Besson qui ajoute : « la finalité de notre commission est que l'ensemble de nos syndiqué-e-s s'emparent de ces questions-là » autour de trois thèmes principaux : la lutte contre les violences sexistes et sexuelles au travail ; l'égalité professionnelle dans les entreprises ; l'égalité femmes/hommes au sein même de la CGT.

« On a aussi engagé ce travail – explique Maryse Thaéron - parce que même chez nous, ça ne coule pas de source ; on est traversés par les mêmes questionnements que l'ensemble de la société. » Elles aussi connaissent des femmes qui préfèrent se taire en réunion et laisser la parole au collègue masculin « qui sait si bien parler » ; elles aussi entendent régulièrement des salariées prétendre qu'il n'y a pas d'inégalités dans leurs entreprises quand tous les postes à responsabilité sont occupés par des hommes !

Les femmes naturellement favorables au patronat

Pour Maryse Thaéron et Dominique Besson, l'urgence c'est de « former les militant-e-s par rapport à leurs fonctions de représentant-e-s du personnel » et leur donner les éléments « pour construire les revendications avec les femmes concernées ». « On doit batailler aussi dans nos rangs – rappellent les syndicalistes – il y a des secteurs où on traînent encore les vieux clichés des femmes forcément favorables au patronat donc difficiles à syndiquer ! »

La mission qu'elles se sont donnée c'est de faire comprendre aux femmes qu'elles ont aussi toute leur place dans un syndicat. Même si souvent, elles occupent des emplois moins faciles à rejoindre. « Beaucoup de femmes en Bretagne travaillent dans les TPE (très petites entreprises – ndrl) qui sont le premier employeur de la Région – note Maryse Thaéron – ou dans des structures où elles sont un peu isolées comme les services à la personne. » Mais elle remarque toutefois que dans les nouvelles adhésions les femmes sont de plus en plus nombreuses et elle insiste sur le fait que les conditions de travail de ces femmes regardent tout le monde.

« Ce n'est pas la seule question des femmes – dit-elle – et quand elles revendiquent, elles le font pour tous et toutes. Ça tire tout le monde vers le haut ! C'est à nous de discuter avec elles et de les convaincre que c'est en s'organisant que l'on fait avancer les revendications. » Pour échanger avec Rachel Silvera ce jour-là, le tiers du public était masculin ; l'intervenante a jugé que c'était plutôt « pas mal » !

Geneviève ROY

Pour aller plus loin :
Lire la présentation de la rencontre nationale autour de l'égalité des droits entre les femmes et les hommes organisée le 5 mars dernier par la CGT.

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On reste en contact

Grâce à cette rubrique, retournons à la rencontre de femmes qui à un moment de leur parcours ont déjà croisé notre webmagazine depuis sa création en juin 2013...

 

Martha et les "enfants ACZA"

martha

 

Depuis sa création, Breizh Femmes s'intéresse au travail de Martha Diomandé et de son association ACZA qui milite contre l'excision. Pour elle, s'opposer à l'excision, c'est d'abord accompagner les matrones – les exciseuses - vers d'autres pratiques qui permettent de respecter les traditions et d'assurer la formation des petites filles tout en se débarrassant de l'acte mutilant. C'est aussi proposer à ces femmes de rester des membres reconnues de leurs communautés.

Grâce à des campagnes de formation et à la construction de cases de naissance, ACZA est présente dans une quinzaine de villages en Côte d'Ivoire où commence à grandir une nouvelle génération d'enfants qui ne seront jamais excisées et de femmes épanouies dans leur mission d'accoucheuses.

« On ne force personne à venir accoucher dans nos cases – explique Martha Diomandé qui a répondu à quelques questions – mais les femmes qui viennent savent que leur enfant ne pourra pas être excisée. C'est un acte de courage pour elles de s'afficher ainsi. Leurs enfants appartiennent en quelque sorte à l'association. On les appelle les "enfants ACZA" ».

Lire l'interview de Martha Diomandé

Dans la même rubrique, retrouvez également : Céline Boizard ou l'entrepreneuriat comme "une aventure humaine passionnante" ; Anne Lecourt admise dans la cour des grandes.