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 Gwénola Morizur aime raconter des histoires. Laetitia Rouxel aime mettre en images des destins de femmes.

Les deux Bretonnes se sont retrouvées dans la même aventure l'année dernière lorsque l'association brestoise EpE leur a fait appel pour la réalisation d'un roman graphique. L'objectif : créer un outil pédagogique pour sensibiliser des adolescent-es aux questions d'égalité filles/garçons.

Quant au matériau à partir duquel les deux artistes devaient travailler : un recueil de lettres écrites par des lycéen-nes de quatre pays différents à l'occasion d'un concours d'écriture baptisé « Nos lettres persanes ».

 

« A la manière de Montesquieu, s'interroger sur les inégalités femmes/hommes ». Voilà le point de départ. Au concours organisé en 2018 par l'EpE, des adolescent-es de France, Belgique, Maroc et Tunisie ont répondu nombreux-ses. Leurs « lettres persanes » comme leurs célèbres homonymes devaient traduire « le regard d'un voyageur étranger sur notre monde » et pouvaient être écrites sur un ton « léger, ironique voire humoristique ». Pourtant, Gwénola Morizur s'étonne à la première lecture : « leurs lettres sont assez rudes » dit-elle.

Compliqué d'être femme « à Rabat comme à Brest »

Quand elle se retrouve devant un recueil de 200 lettres qu'il lui faut adapter pour en faire un scénario de bande dessinée, l'exercice est pour Gwénola Morizur « inédit ». Mais ses objectifs sont clairs : « conserver leur regard et en même temps en faire une histoire cohérente ».

Elle s'emploie donc à respecter les différentes thématiques abordées, harcèlement de rue, sexisme au travail notamment, « des situations inspirées de leur vie quotidienne » ; mais aussi à prendre en compte les différences culturelles portées par des lycéen-nes de quatre pays différents.

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Car c'est bien de cela qu'il s'agit. Le roman graphique sorti à l'automne sous le titre "Au carrefour des mondes" est d'abord un outil pédagogique comme l'avait été avant lui, la première BD d'EpE parue en 2013 "Egaux sans Ego". De salles de classe en bibliothèques et CDI, les autrices et les membres de l'association vont maintenant poursuivre le travail par un dialogue avec les lectrices et lecteurs dans les collèges et les lycées.

Un regard proche et complice

« On s'est rendu compte – dit encore Gwénola Morizur – que c'est un sujet sur lequel les jeunes ont des choses à dire, et des choses assez dures. En fait, ça n'a pas beaucoup évolué depuis l'époque où j'étais lycéenne. » Alors pour que le récit ne soit pas « trop plombant », elle est allée « piocher » tout ce qu'elle a pu trouver de léger, mais la teneur des lettres l'a surprise : rien de positif pour tous ces personnages (que des filles) imaginés soit dans le futur voire issus d'une autre planète, soit venus d'un pays lointain.

« Laetitia et moi avons toutes les deux un regard assez proche » explique Gwénola Morizur qui estime que « la collaboration en BD est tellement quotidienne qu'il faut cette complicité-là ». La première a déjà beaucoup travaillé sur des destins de femmes fortes (Nathalie Lemel, Marion du Faouët) et a mené « toute une réflexion sur la condition des femmes ». La seconde reconnaît que l'égalité est « une thématique qui [la] touche ».

« Ça me tient à cœur et je l'ai en tête – dit-elle – mais je ne l'avais jamais abordée de cette manière-là ». Pour cette œuvre commune, elles ont voulu « mixer tout ça » : leur approche personnelle, celle des jeunes et le message véhiculé par l'association. Une première collaboration réussie de deux femmes complices au service de l'égalité.

Geneviève ROY

Pour aller plus loin : lire la BD Au carrefour des mondes, nos lettres persanes de Gwénola Morizur et Laetitia Rouxel, éditée par Locus Solus

Voir le site de l'association EpE 

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