Maiwenn

 

Elle a hérité son engagement de ses parents et militer dit-elle « c'est ma vie ».

Pour Maïwenn Salomon, enseignante dans les Côtes d'Armor, les moyens d'actions sont nombreux : la politique, l'action sociale, l'éducation et même le sport.

Membre active de la gauche indépendantiste, elle fut championne de Bretagne de gouren l'an dernier ; c'est aussi comme ça qu'elle défend son identité bretonne et ses convictions féministes !

 

 

 

Elle est née en Irlande où ses parents s'étaient installés à la fin des années 70 ; un exil destiné à fuir les poursuites dont son père, activiste du FLB, était l'objet. De retour en terre bretonne en 1981 après l'amnistie prononcée par le gouvernement Mitterrand, Maïwenn grandit dans ces milieux de la gauche indépendantiste radicale où elle continue à militer aujourd'hui. « Déjà petite, j'allais régulièrement aux manifs avec mes parents - se souvient-elle – ça n'a pas été très compliqué pour moi de m'engager ! »

Dès qu'elle atteint l'âge de manifester seule, Maïwenn rejoint les rangs d'Emgann, mouvement nationaliste breton d'extrême-gauche, avant de participer à la création de la Coordination pour une Bretagne Indépendante et Libertaire (CBIL). Une organisation finalement peu suivie mais qui de toute façon ne correspond plus vraiment aux besoins de la jeune femme. « A un moment donné, j'avais envie d'être dans du concret – dit-elle – c'est important la politique, mais ça ne me suffisait plus ! »

Et l'action concrète, Maïwenn la trouve dans la création d'une école, du côté de Guingamp où elle habite. Elle qui n'a pas « eu la chance d'aller dans une école Diwan » ne veut pas que ses « enfants passent à côté de ça ! » Dix ans plus tard, ses trois enfants y sont – ou y ont été – scolarisé-e-s et elle s'en réjouit ; « maintenant – dit-elle – on parle tous breton à la maison ! »

« Je n'ai absolument pas envie d'être élue »

Avec son compagnon, également militant breton, et leur petite famille, Maïwenn a aussi voyagé. Histoire de voir du côté de l'Amérique du Sud comment se vivaient les combats des minorités. Du Venezuela d'Hugo Chavez, elle retient le travail sur l'écologie mais aussi sur le droit à l'avortement ou l'homosexualité ; au Mexique, dans les communautés zapatistes du Chiapas, elle se souvient que l'alcool était interdit pour « endiguer le problème des femmes battues ». Des situations sans doute « loin de ce qui se passe ici » mais qui avançaient dans « le sens du féminisme » et permettaient « une réelle prise de conscience ».

De retour en France, Maïwenn n'a pas laissé tomber la politique. Avec Breizhistance, , elle s'est présentée aux élections législatives en 2012. Non pas pour être élue, s'amuse-t-elle, mais plutôt comme moyen de « faire de la propagande, de parler, de montrer des gens qui pensent autrement ».

« Dans le système actuel, je n'ai absolument pas envie d'être élue » prétend la militante bretonne qui pense ne pas « avoir [sa] place dans ce monde-là ». Ou alors, peut-être un jour, dans un conseil municipal... Toujours cette envie de faire, d'être dans le concret et la proximité !

Pour le reste, la jeune femme est moins optimiste. « La Bretagne a cinq départements, je pense que ça pourra se faire un jour mais quand ? La gauche comme la droite ont trop peur de réveiller les consciences en Bretagne ! » Pourtant, pense-t-elle « ce n'est pas une raison pour ne pas continuer à se battre parce que quand on y arrivera, ça ne sera pas grâce aux élu-e-s mais grâce aux gens qui auront milité et qui seront descendus dans la rue ! »

« Ne plus militer, pour moi, ce n'est pas possible »

Maïwenn n'est de toute façon pas femme à baisser les bras. « Ne plus militer pour moi, ce n'est pas possible – dit-elle - parce que c'est ma vie ». Une école dont elle fut longtemps trésorière, un lieu associatif à rénover pour programmer des concerts et parler politique avec les « gens du coin », ce sont des combats qui comptent pour elle. « Ça fait du bien – dit-elle encore – d'avoir l'impression de servir à quelque chose, d'être efficace ; c'est du concret, quoi ! »

Depuis quatre ans, Maïwenn s'est trouvé un nouveau lieu de combat. Grande sportive par le passé, la jeune femme a repris le sport après trois grossesses et « une grosse pause de plus de dix ans ». Et pour son retour, elle a choisi un peu par hasard - « c'était pas loin de chez moi »- une discipline assez peu féminisée : le gouren, lutte bretonne.

N'empêche que l'an dernier, avec le club de Louargat, Maïwenn était championne de Bretagne et qu'elle a participé aux sélections pour les championnats d'Europe en 2016.

Une activité qui lui prend désormais beaucoup de son temps libre puisqu'elle ne travaille plus qu'à mi-temps – comme enseignante en école maternelle – pour assurer tous ses entraînements. Et là encore, la jeune femme trouve un terrain pour militer.

« Au club de Louargat – dit-elle fièrement – on est une majorité de femmes et personne ne comprend pourquoi ! » Généralement les clubs de gouren sont plutôt masculins, à majorité voire totalement. Sans doute une question de modèle. Une jeune lutteuse de Louargat a fait plusieurs fois parlé d'elle dans la presse suite à ses bons résultats ; Maïwenn elle-même a été l'objet de plusieurs articles. Il n'en faut pas plus pour attirer les petites et les jeunes filles qui se disent « finalement, c'est peut-être pour nous, aussi ! »

Geneviève ROY

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