Pour la quatrième édition nationale des Sciences de l'Ingénieur au Féminin, les associations UPSTI et Elles Bougent proposent le jeudi 24 novembre une journée d'action et de sensibilisation auprès des collégiennes et des lycéennes. Objectif : inciter les filles à se lancer dans des carrières scientifiques et technologiques en milieu industriel.

Pour les guider de nombreuses femmes, ingénieures, techniciennes ou élèves ingénieures seront présentes dans les établissements scolaires ce jour-là.

Avec 46 collèges ou lycées partenaires, la Bretagne est la région de France la plus mobilisée. Une occasion de se réjouir pour la délégation régionale de l'association Elles Bougent et notamment sa coordinatrice, Claire Vantouroux, ingénieure à la DCNS de Lorient.

Clairevantouroux

 

Qu'est-ce que l'association Elles Bougent ?

Claire Vantouroux - C'est une association loi 1901 dont le but est de promouvoir les carrières scientifiques et techniques en milieu industriel pour les filles et les jeunes femmes, c'est-à-dire à partir du collège et jusqu'à l'entrée dans la carrière. On propose un système de marrainage pour montrer ce que peut être aujourd'hui une femme ingénieure ou technicienne dans l'industrie, non pas forcément pour qu'elles s'identifient mais au moins pour qu'elles sachent qu'un tel modèle existe.
L'association existe depuis 2005 ; la délégation Bretagne a été créée le 12 janvier 2016 ce qui ne veut pas dire qu'avant il ne se passait rien dans notre région ! On a simplement souhaité coordonner toutes les bonnes volontés qui étaient déjà présentes et actives, notamment les ingénieures et techniciennes déjà en poste, mais aussi nos différents contacts parmi les enseignant-e-s ou les entreprises.

Qu'est-ce qui va se passer le 24 novembre ?

C V - Il s'agit d'un événement organisé en collaboration avec l'association des professeurs des sciences de l'ingénieur et qui vise à faire venir dans un maximum d'établissements scolaires des femmes techniciennes ou ingénieures pour que les élèves puissent se projeter dans une carrière à partir d'une autre femme qui a déjà fait ce même parcours. On veut montrer aux filles que des femmes dans l'industrie, il y en a, qu'elles y font de vrais métiers et qu'elles s'y épanouissent ! L'idée est vraiment de proposer, très en amont des choix d'orientation, la possibilité d'envisager des carrières scientifiques. Et de dire aux filles qu'elles y auront des conditions de travail correctes et un salaire égal à celui des hommes. La Bretagne est très partie prenante de cette journée puisqu'elle est la première région de France en nombre d'établissements inscrits avec 46 collèges ou lycées répartis dans les quatre départements.

Les filles ne représentent actuellement que 25% des effectifs des écoles d'ingénieur-e-s ; est-ce que votre association voit bouger un peu les lignes ?

C V - Depuis que l'association existe, les chiffres ont un peu progressé mais il existe toujours des disparités entre les filières ; les filles sont toujours très peu nombreuses en mécanique ou en informatique par exemple. On note surtout un problème de répartition en post-bac. En Terminale S, il y a 51% de filles et seulement 25% choisissent de poursuivre dans des carrières scientifiques ou techniques liées au monde de l'industrie. Nombreuses sont celles qui s'orientent vers la médecine, la biologie ou le paramédical, mais on constate aussi que beaucoup de filles qui obtiennent un bac S partent ensuite vers des écoles de commerce, de sciences politiques ou même des facs de langue !

Et pour celles qui choisiraient les carrières scientifiques, quels sont les débouchés ?

C V - La majorité des entreprises demandent à pouvoir embaucher plus d'ingénieures et de techniciennes ; elles veulent féminiser leurs équipes. Mais il y a clairement un problème d'offres et de demandes. Il y a encore beaucoup d'offres d'emplois auxquelles répondent trop peu de femmes à compétences égales aux hommes. Quand on a uniquement 25% de femmes dans les écoles d'ingénieur-e-s ça veut dire qu'il y a quand même 75% d'hommes, donc forcément ils sont plus nombreux aussi à répondre aux offres d'emplois. Pour certaines offres les recruteurs n'ont le choix qu'entre des profils masculins alors que beaucoup d'entreprises ont des politiques internes qui réclament plus de mixité !

Quelles autres actions propose l'association Elles Bougent Bretagne ?

C V - Nos marraines sont toutes bénévoles, donc, en fonction de leurs emplois du temps, elles essaient d'être présentes auprès des élèves par exemple à l'occasion des portes ouvertes des établissements scolaires. Nous organisons aussi ponctuellement des visites d'entreprises dédiées aux filles. En octobre par exemple, nous avons eu « Elles bougent pour la défense en Bretagne » sur les sites de Thales à Brest et DCNS à Lorient ; c'était une opportunité sur des établissements où l'accès est particulièrement réglementé. Les collégiennes et les lycéennes y ont été accueillies par des femmes employées à des postes d'ingénieures ou de techniciennes qui leur ont fait visiter les sites. Ça nous semble aussi important de les accueillir dans un environnement où les filles se retrouvent entre elles, c'est-à-dire qu'elles peuvent prendre tout l'espace et se sentir en confiance pour poser leurs questions.

Propos recueillis par Geneviève ROY

Pour aller plus loin :
La journée « Les sciences de l'ingénieur au féminin » dans la région Bretagne : consulter la liste de tous les établissements concernés et la carte interactive.
Le site Elles Bougent Bretagne pour mieux connaître l'association et ses différentes actions de sensibilisation.

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On reste en contact

Grâce à cette rubrique, retournons à la rencontre de femmes qui à un moment de leur parcours ont déjà croisé notre webmagazine depuis sa création en juin 2013...

 

Martha et les "enfants ACZA"

martha

 

Depuis sa création, Breizh Femmes s'intéresse au travail de Martha Diomandé et de son association ACZA qui milite contre l'excision. Pour elle, s'opposer à l'excision, c'est d'abord accompagner les matrones – les exciseuses - vers d'autres pratiques qui permettent de respecter les traditions et d'assurer la formation des petites filles tout en se débarrassant de l'acte mutilant. C'est aussi proposer à ces femmes de rester des membres reconnues de leurs communautés.

Grâce à des campagnes de formation et à la construction de cases de naissance, ACZA est présente dans une quinzaine de villages en Côte d'Ivoire où commence à grandir une nouvelle génération d'enfants qui ne seront jamais excisées et de femmes épanouies dans leur mission d'accoucheuses.

« On ne force personne à venir accoucher dans nos cases – explique Martha Diomandé qui a répondu à quelques questions – mais les femmes qui viennent savent que leur enfant ne pourra pas être excisée. C'est un acte de courage pour elles de s'afficher ainsi. Leurs enfants appartiennent en quelque sorte à l'association. On les appelle les "enfants ACZA" ».

Lire l'interview de Martha Diomandé

Dans la même rubrique, retrouvez également : Céline Boizard ou l'entrepreneuriat comme "une aventure humaine passionnante" ; Anne Lecourt admise dans la cour des grandes.