La semaine dernière avaient lieu à Rennes, les Journées Régionales de la Reprise et de la Création d'Entreprise, autrement appelées  Entreprendre dans l'Ouest. A la lecture du programme, au milieu des rubriques « financement » « innovation » ou « communication » un thème pouvait surprendre : « être femme et entreprendre ».

Si seulement 30% des créateurs d'entreprises sont des femmes, faut-il en conclure que c'est parce qu'elles ont besoin d'un accompagnement spécifique ? Sur place, les avis divergeaient. On a même entendu parler de Mars, de Vénus, d'intuition féminine et de capacité à être multitâches...

JRCE2014

 

Sous le titre « être femme et entreprendre » les organisateurs d'Entreprendre dans l'Ouest avaient listé sept ateliers ou tables rondes. On y parlait de financement de projets, de savoir vendre et de savoir s'entourer mais aussi « d'aisance corporelle et mentale », de « limiter les risques et de protéger sa famille » ou encore « de renforcer sa confiance en soi ». Des ateliers où l'on ne voyait que des femmes quand les hommes nombreux dans les allées du salon s'attroupaient dans les conférences et débats concernant les nouvelles technologies, les assurances ou la gestion du personnel. Un petit sentiment de voir une fois encore les hommes du côté de l'expertise et les femmes du côté du témoignage.

Edwigeloiseaux« On fait le constat que les premières questions qui viennent lorsqu'on aborde la création d'entreprise ne sont pas les mêmes pour les hommes et pour les femmes - analyse Edwige Loiseaux, directrice de la BGE 35ça ne veut pas dire qu'elles ne doivent pas être abordées par tout le monde, mais pas au même moment ! Généralement, les femmes se posent d'abord des questions d'ordre personnel avant celles sur le rendement économique ». Pour elle, il n'est donc pas inutile en effet de proposer une réflexion spécifique aux femmes dans un salon sur l'entreprise ; elle se demande tout de même pourquoi ne pas en faire des ateliers mixtes à moins nuance-t-elle « qu'on les aborde plus facilement entre femmes ».

Car, reconnaît également Edwige Loiseaux, ces questions peuvent être un frein au démarrage pour certaines femmes ; elles ne le seront jamais pour un homme. « Un projet doit être vu dans sa globalité et toutes les questions se posent autant pour les hommes que pour les femmes – dit-elle encore – et quand on crée une entreprise la frontière entre le professionnel et le personnel est floue ; le premier va souvent manger du temps sur le second ! »

« Des problématiques féminines »

EAFauxJRCECandidates à la création, Sophie Derouch et Karine Boisnard, adhérentes à Entreprendre au Féminin en cours de stage d'émergence de projet, estiment quant à elles, qu'il est important de proposer des ateliers aux femmes. Parce que disent-elles « on a une sensibilité différente et des problématiques très féminines comme la garde des enfants, l'équilibre entre vie familiale et professionnelle, la crédibilité face à une banque... »

Elles reconnaissent pourtant que les femmes sont des créateurs comme les autres et que c'est sans doute dommage que les hommes soient totalement absents des ateliers où des femmes créatrices sont invitées à témoigner de leurs parcours.

Un parcours que justement Valérie Maloeuvre, créatrice de l'agence de formation Totem Initial à Cesson Sévigné, avait accepté de livrer à quelques stands de là devant un parterre attentif mais exclusivement féminin. « Quand j'ai rencontré les différents partenaires – a-t-elle raconté – on me posait toujours la même question : est-ce que votre mari vous soutient dans votre projet ? »

Une question purement féminine, elle aussi ? « J'espère que non ! » s'exclame Edwige Loiseaux qui semble malgré tout en douter un peu. Axelle Dacquin, créatrice de Dynamax Informatique à Guipel, parle elle de culpabilité quand elle évoque le temps qu'elle a du retirer à sa famille pour créer son entreprise.

« Mon mari -dit-elle – m'a soutenue de façon inconditionnelle mais surtout il m'a déculpabilisée en me disant : tu as le droit de réussir mais tu as aussi le droit d'échouer. » On sent bien à entendre tous ces témoignages de femmes que même les plus audacieuses, pour peu qu'elles soient flanquées de conjoints et d'enfants, gardent le sentiment de devoir être partout à la fois. « Vous devez déjà gérer vos tâches pour la création de votre entreprise et c'est énorme – dit encore Valérie Maloeuvre – mais en plus vous devez être une bonne épouse, vous devez être une bonne maman, et tout ça avec le sourire ! C'est très compliqué. » Pour la rassurer l'animatrice de la table ronde lui a rappelé avec conviction, qu'heureusement, les femmes sont multitâches !

Geneviève ROY

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On reste en contact

Grâce à cette rubrique, retournons à la rencontre de femmes qui à un moment de leur parcours ont déjà croisé notre webmagazine depuis sa création en juin 2013...

 

Martha et les "enfants ACZA"

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Depuis sa création, Breizh Femmes s'intéresse au travail de Martha Diomandé et de son association ACZA qui milite contre l'excision. Pour elle, s'opposer à l'excision, c'est d'abord accompagner les matrones – les exciseuses - vers d'autres pratiques qui permettent de respecter les traditions et d'assurer la formation des petites filles tout en se débarrassant de l'acte mutilant. C'est aussi proposer à ces femmes de rester des membres reconnues de leurs communautés.

Grâce à des campagnes de formation et à la construction de cases de naissance, ACZA est présente dans une quinzaine de villages en Côte d'Ivoire où commence à grandir une nouvelle génération d'enfants qui ne seront jamais excisées et de femmes épanouies dans leur mission d'accoucheuses.

« On ne force personne à venir accoucher dans nos cases – explique Martha Diomandé qui a répondu à quelques questions – mais les femmes qui viennent savent que leur enfant ne pourra pas être excisée. C'est un acte de courage pour elles de s'afficher ainsi. Leurs enfants appartiennent en quelque sorte à l'association. On les appelle les "enfants ACZA" ».

Lire l'interview de Martha Diomandé

Dans la même rubrique, retrouvez également : Céline Boizard ou l'entrepreneuriat comme "une aventure humaine passionnante" ; Anne Lecourt admise dans la cour des grandes.