Sans se départir de son sourire, elle s'excuse de ne pas « très bien parler français ». Son accent est prononcé, c'est vrai, mais c'est sans hésitation et en choisissant ses mots avec soin que Tseringchodon Sonam raconte son parcours.

Arrivée en France en 2013, elle vit seule à Rennes, loin de son Tibet natal. Son mari et ses deux enfants attendent en Inde l'autorisation de la rejoindre.

Pour elle, la priorité c'est de trouver un travail stable et d'obtenir les papiers nécessaires à ce regroupement familial.

 

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L'été dernier, Tseringchodon a passé un mois en Inde. Des vacances un peu particulières pour cette jeune maman qui y a rejoint son mari et ses deux enfants de neuf et sept ans qu'elle n'avait pas vus depuis longtemps.

Pour ces Tibétains, l'exil s'est imposé au début des années 2010. Après un passage par le Népal où la petite famille a vécu ensemble durant un an, la jeune femme est arrivée en France en 2013. « Au Tibet, tout le monde cherche à se réfugier » explique-t-elle, rappelant que la proximité du Népal ne leur garantit pas suffisamment de sécurité pour s'y installer. Elle en France, son mari s'est encore déplacé avec leurs deux jeunes enfants. Actuellement, il travaille dans un restaurant indien en attendant de la rejoindre en Bretagne.

« Le problème au Tibet est politique ;

on peut se parler mais jamais de ce qui se passe vraiment »

A Paris, la communauté tibétaine est importante. Et Tseringchodon y rencontre rapidement une compatriote exilée à Rennes. Cette dernière la ramène chez elle et l'héberge pendant neuf mois, période nécessaire pour obtenir des papiers.

Tsering2Femme active et entreprenante, Tseringchodon multiplie les démarches pour apprendre le français, trouver un travail et un logement. « Je suis allée demander une place dans un foyer, mais ils m'ont tout de suite donné un appartement pour moi toute seule » se réjouit-elle aujourd'hui.

A l'autre bout du monde, ses parents, des cousin-e-s, vivent toujours au Tibet. Elle leur parle parfois grâce aux connexions Internet. Mais jamais très longtemps ; « au Tibet, le problème est politique – résume-t-elle – on peut se parler comme ça " ça va, ça va " mais jamais de ce qui se passe vraiment ! »

Grâce à l'association Déclic Femmes où elle se rend plusieurs fois par semaine et noue quelques amitiés, la jeune femme maîtrise rapidement la langue, en tout cas suffisamment pour entamer une formation. Celle qui était infirmière dans son pays apprend l'art du massage et après plusieurs CDD ouvre son propre « petit spa ». Une expérience de courte durée mais qui lui permet de commencer sa nouvelle vie.

« Moi, je ne mangeais que de l'agneau ;

heureusement j'ai trouvé des légumes ! »

C'est toujours avec le sourire et beaucoup de sérénité que Tseringchodon évoque cette formation d'aide-soignante qu'elle souhaitait débuter cet automne. La maison de retraite d'à-côté était déjà d'accord pour l'accueillir dans son équipe, mais selon Pôle Emploi sa demande est arrivée trop tard. « Ils m'ont dit que mon dossier a été stoppé ; je ne sais pas pourquoi » dit-elle simplement.

Pourtant, elle se verrait bien travailler avec les personnes âgées et rêve du jour où elle pourra « les aider ». En attendant, la jeune femme a trouvé un emploi dans un spa où elle pourra deux jours par semaine exercer ses talents de masseuse. Et elle espère « trouver autre chose pour travailler le soir ».

Tseringchodon insiste sur un point : « tout le monde ici est très gentil ». Sa plus grosse difficulté en France a consisté à changer d'alimentation. « Ici, pour manger, c'est très différent – dit-elle – les Français mangent de tout : du poulet, du poisson, du porc... Moi, je ne mangeais que de l'agneau. Mais maintenant, ça va ; heureusement, j'ai trouvé des légumes ! »

Vivre loin de sa famille, une épreuve dont Tseringchodon aimerait voir la fin. « Pour moi, c'est difficile – dit-elle sobrement – Ma fille va avoir sept ans ; avant pour elle, ça allait, mais maintenant c'est difficile aussi. Quand j'étais en Inde avec elle, elle pleurait toujours en demandant pourquoi ils devaient rester là-bas et moi rentrer ici ! »

Le dossier est en cours d'examen. Tseringchodon garde espoir même si elle ne veut pas se prononcer sur le temps qu'il lui faudra encore attendre. En effet, un papier essentiel lui manque pour obtenir le regroupement familial : son certificat de mariage. Aucune révolte dans sa voix quand elle explique : « Je comprends parce que ici c'est la loi. Mais un papier comme ça n'existe pas pour les Tibétains ; chez nous, c'est juste un mariage traditionnel... sans papiers ! »

Geneviève ROY

Cet article est le fruit d'un partenariat avec l'association Déclic Femmes.

 

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