Pas besoin d'être fan de Billy Eliot pour savoir que la danse, c'est fait pour les filles ! D'ailleurs, si un petit garçon veut faire de la danse plutôt que du foot ou du judo, ses parents trouveront sûrement cela suspect.

La preuve, en France la danse est l'art le plus féminin loin devant le théâtre ou la musique. Et si là encore, c'était une affaire de culture ?

Hélène Marquié, danseuse, chorégraphe et chercheuse, a répondu à l'invitation de Questions d'Egalité et du collectif H/F Bretagne. La semaine dernière à Rennes, grâce à un petit retour sur l'histoire, elle est venue expliquer que la danse avait d'abord été l'apanage des hommes notamment des militaires.

 

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« La danse est sans doute le domaine artistique qui véhicule le plus de fantasmes et d'idées reçues » disait le tract d'invitation à la conférence de Hélène Marquié. Pour la chercheuse au Centre d'Etudes de genre de l'Université Paris 8, elle-même danseuse et chorégraphe, il est important d'interroger les reproductions de stéréotypes au cœur même de l'enseignement et de la pratique de la danse.

Citant le sociologue et danseur Pierre-Emmanuel Sorignet et ses observations au centre de danse contemporaine d'Angers, Hélène Marquié montre comment garçons et filles ne sont pas jugés de la même façon par leurs professeurs. En effet, si on attend d'une fille une parfaite maîtrise des techniques de la danse académique, on apprécie chez un garçon une certaine originalité et pour tout dire un brin de fantaisie.

De même dans le physique, les danseurs parviennent à imposer des morphologies plus atypiques alors que les filles doivent impérativement se conformer aux silhouettes traditionnelles de la danseuse, autrement dit devenir quasi invisibles dans le groupe.

On pourrait aussi parler des parcours souvent chaotiques pour les hommes qui peuvent faire carrière en danse après d'autres expériences, artistiques ou pas, quand les femmes, elles doivent justifier d'un parcours classique de danseuse dès le plus jeune âge !

Un privilège de l'aristocratie

On le voit, les différences de traitements sont multiples et favorisent surtout la reproduction des normes sexuées en vigueur dans ce domaine artistique. Les femmes sont ainsi plus nombreuses que les hommes dans les genres les moins consacrés (variété, cabaret, jazz) ; la danse classique reste un des secteurs les plus égalitaires. Bien que la majorité des professeures soit des femmes, il leur est plus difficile d'être reconnues en tant que chorégraphes et encore plus de diriger des ballets.

Une situation qui semble figée aujourd'hui. Pourtant, Hélène Marquié a, non sans ironie, rappelé qu'elle est dû à un renversement de valeurs opéré par la révolution de Juillet en 1830. Auparavant, et cela dès l'Antiquité, l'art de la danse était le domaine privilégié des hommes et notamment des académies militaires.

Activité très prisée par l'aristocratie, le ballet était incontournable pour tous « grands » de la société française en particulier le roi lui-même. C'est précisément pour montrer leur opposition à ce régime ancien que les révolutionnaires de 1830 remirent en cause la place des hommes dans la danse. Le critique Jules Janin écrira ainsi en 1832 : « je ne reconnais pas à un homme le droit de danser en public » !

Tout était dit. La danse, devenue art mineur, fut laissée aux femmes. Et souffre encore aujourd'hui de cette « infériorité ». Si deux chorégraphes sur trois sont des femmes, les places sont encore difficiles à prendre pour elles. L'étude de la programmation du Théâtre de la Ville à Paris, haut lieu de la danse que Hélène Marquié a longuement analysé, montre ainsi que 64% des artistes programmés sont des hommes et 36% sont des femmes. En revanche, au niveau des salaires, tout le monde est logé à la même enseigne. C'est avec espièglerie que la conférencière le remarque : à compétences égales, pas d'inégalités de salaires ; tous les salaires sont très bas !

Geneviève ROY

Pour aller plus loin :

Le mouvement H/F présent dans quatorze régions de France dont la Bretagne se bat pour l'égalité des femmes et des hommes dans les arts et la culture. Chaque année, il publie les chiffres clés de la culture française. Des chiffres qui montrent que des écarts importants demeurent entre les différents arts mais que la route vers l'égalité est encore longue.

A titre d'exemple en voici quelques-uns :

0% des théâtres nationaux sont dirigés par une femme
4% des œuvres musicales contemporaines programmées sont composées par des femmes
7% des films français diffusés en première partie de soirée à la télévision sont réalisés par des femmes
14% des centres chorégraphiques nationaux sont dirigés – ou co-dirigés - par une femme
25% des fictions sont écrites par des femmes
28% des spectacles sont mis en scène par des femmes.

On attend avec fébrilité les chiffres pour la Bretagne que le collectif H/F régional est en train de collecter.

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On reste en contact

Grâce à cette rubrique, retournons à la rencontre de femmes qui à un moment de leur parcours ont déjà croisé notre webmagazine depuis sa création en juin 2013...

 

Martha et les "enfants ACZA"

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Depuis sa création, Breizh Femmes s'intéresse au travail de Martha Diomandé et de son association ACZA qui milite contre l'excision. Pour elle, s'opposer à l'excision, c'est d'abord accompagner les matrones – les exciseuses - vers d'autres pratiques qui permettent de respecter les traditions et d'assurer la formation des petites filles tout en se débarrassant de l'acte mutilant. C'est aussi proposer à ces femmes de rester des membres reconnues de leurs communautés.

Grâce à des campagnes de formation et à la construction de cases de naissance, ACZA est présente dans une quinzaine de villages en Côte d'Ivoire où commence à grandir une nouvelle génération d'enfants qui ne seront jamais excisées et de femmes épanouies dans leur mission d'accoucheuses.

« On ne force personne à venir accoucher dans nos cases – explique Martha Diomandé qui a répondu à quelques questions – mais les femmes qui viennent savent que leur enfant ne pourra pas être excisée. C'est un acte de courage pour elles de s'afficher ainsi. Leurs enfants appartiennent en quelque sorte à l'association. On les appelle les "enfants ACZA" ».

Lire l'interview de Martha Diomandé

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