Depuis trois ans, une partition originale s'est jouée entre la Bretagne et le sud de l'Angleterre.

Grâce au projet Bnew initié par le Conseil Général du Finistère, plusieurs centaines de femmes, toutes créatrices de leurs propres entreprises, ont eu l'occasion d'échanger.

 

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Jeudi 13 novembre à Quimper, la clôture du dispositif permettra de restituer ce que ce projet a pu mettre en valeur sur l'entrepreneuriat féminin mais aussi d'envisager quelle suite donner pour garder la dynamique de ce premier réseau franco-britannique de femmes.

Au départ, il y a une femme, Fiona de Chavigny, adhérente d'Entreprendre au Féminin Bretagne, fondatrice de la « clef anglaise » dans le Finistère, qui souhaite rapprocher les femmes des deux côtés de la Manche. L'idée fait son chemin et en 2010, avec l'appui du Conseil Général du Finistère, ce sont sept structures, en France et en Angleterre, qui lance le dispositif Bnew.

Premier réseau franco-britannique de femmes entrepreneures, le projet Business and Network for Entreprising Women, débute réellement en 2011 pour une durée de trois ans. Aujourd'hui, à l'heure des bilans, Gaëlle Vigouroux d'Entreprendre au Féminin en est convaincue : « Bnew est un très joli projet ; il faut maintenant conserver cette belle énergie qui a été créée entre les femmes ! »

« Les Anglaises n'ont pas besoin de maîtriser une autre langue »

bnew2Quatre territoires de part et d'autre de la Manche ont été concernés par le projet Bnew : le Hampshire et les Cornouailles en Angleterre, la presqu'île de Crozon dans le Finistère et celle de Lézardrieux dans les Côtes d'Armor. Au total plus de 400 femmes ont participé aux différentes rencontres, formations, échanges proposés. A trois reprises des groupes de Françaises ont pris le bateau pour aller à la rencontre des Anglaises.

Les différents objectifs du projet Bnew étaient de faire une étude comparative des territoires, de favoriser la rencontre entre les femmes entrepreneures mais aussi d'accompagner les entreprises vers l'internationalisation. Si toutes les participantes n'étaient pas forcément motivées par un projet d'exportation de leurs produits, toutes recherchaient des lieux de partage d'expériences et voulaient savoir si les motivations et les freins à la création d'entreprises sont les mêmes pour les femmes des deux pays.

A l'issue du dispositif, on peut constater des différences dans les systèmes d'accompagnement et d'aide. En Angleterre, la création d'entreprise est plus facile, il y a moins de freins liés aux statuts ; « les femmes anglaises souffrent moins de l'idée que créer sa boite, c'est compliqué ! » résume Gaëlle Vigouroux. En termes de chiffres, elles ne sont pas plus nombreuses qu'en France, soit environ 30% des créateurs d'entreprises mais souvent, elles ont plusieurs entreprises chacune.

Comme chez nous, il s'agit généralement de petites entreprises locales qui ont parfois du mal à être prises au sérieux parce que ce sont des petites structures qui embauchent peu. Au Royaume-Uni comme en France, les femmes ont à cœur de concilier leur vie professionnelle et leur vie personnelle et pour Gaëlle Vigouroux, c'est encore plus difficile de l'autre côté de la Manche. « En France, malgré tout, on a plus d'aide notamment en modes de garde ; là-bas, il faut se débrouiller ! » analyse-t-elle. Ce qui explique aussi que les Anglaises ont eu plus de mal à se déplacer en France.

bnew3Autre différence, « les femmes anglaises n'ont pas besoin de maîtriser une autre langue pour aller faire du business à l'extérieur, ce qui n'est pas le cas des Françaises » dit encore Gaëlle Vigouroux. Elle sont aussi plus décomplexées sur les réseaux sociaux. Mais précisément, le projet Bnew aura permis à de nombreuses bretonnes de suivre des formations en anglais ou de s'interroger sur l'internationalisation.

« Elles sont très curieuses les unes des autres »

Peu de contrats signés au terme du projet Bnew entre la Bretagne et l'Angleterre. Normal, selon Gaëlle Vigouroux, l'exportation est une démarche qui demande du temps. Mais l'envie est là ! Et le réseau aussi ! « Dix Françaises et trente Anglaises dans la même pièce, c'est super ! - s'enthousiasme Gaëlle Vigouroux – ça échange, ça discute, ça partage ; elles sont très curieuses les unes des autres ! Autant la barrière de la langue peut être forte, autant le parcours des femmes est quelque chose d'universel parce qu'elles ne viennent pas seulement avec leur casquette business, elles viennent dans leur globalité. C'est un véritable enrichissement et ça peut porter des fruits plus tard. »

Aujourd'hui, la petite musique de Bnew va s'arrêter mais elle aura aussi servi à favoriser des rencontres entre les Françaises. Et sans doute à pointer l'intérêt de l'entrepreneuriat des femmes. Pour Entreprendre au Féminin Bretagne et les autres acteurs du projet il est désormais nécessaire pour les territoires de mieux les accompagner. « Favoriser l'entrepreneuriat des femmes, c'est favoriser leur autonomie – dit encore Gaëlle Vigouroux – c'est aussi une façon d'avancer sur les questions d'égalité professionnelle à une époque de crise économique où ce n'est pas par le salariat de masse qu'on va s'en sortir ! »

En effet, la Bretagne comme les autres territoires a tout intérêt à encourager l'entrepreneuriat des femmes. Leurs entreprises sont généralement des TPE à caractère local, elles n'affichent pas de chiffres d'affaire en millions mais elles ont un impact positif sur les territoires. Quand une femme crée son entreprise, ce sont dix personnes qui travaillent si on prend en compte l'externalisation des tâches domestiques et la sous-traitance à laquelle les femmes font appel quand leurs structures se développent.

Geneviève ROY

Pour aller plus loin :

L'étude réalisée par Perfégal dans le cadre du projet Bnew : ici

Le programme de la journée du 13 novembre à Quimper : ici

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Grâce à cette rubrique, retournons à la rencontre de femmes qui à un moment de leur parcours ont déjà croisé notre webmagazine depuis sa création en juin 2013...

 

Martha et les "enfants ACZA"

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Depuis sa création, Breizh Femmes s'intéresse au travail de Martha Diomandé et de son association ACZA qui milite contre l'excision. Pour elle, s'opposer à l'excision, c'est d'abord accompagner les matrones – les exciseuses - vers d'autres pratiques qui permettent de respecter les traditions et d'assurer la formation des petites filles tout en se débarrassant de l'acte mutilant. C'est aussi proposer à ces femmes de rester des membres reconnues de leurs communautés.

Grâce à des campagnes de formation et à la construction de cases de naissance, ACZA est présente dans une quinzaine de villages en Côte d'Ivoire où commence à grandir une nouvelle génération d'enfants qui ne seront jamais excisées et de femmes épanouies dans leur mission d'accoucheuses.

« On ne force personne à venir accoucher dans nos cases – explique Martha Diomandé qui a répondu à quelques questions – mais les femmes qui viennent savent que leur enfant ne pourra pas être excisée. C'est un acte de courage pour elles de s'afficher ainsi. Leurs enfants appartiennent en quelque sorte à l'association. On les appelle les "enfants ACZA" ».

Lire l'interview de Martha Diomandé

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