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Dans le portrait vidéo qu'en font ses camarades sur le site Kaoz, Annaïg Trouchard se définit comme quelqu'un de « social » qui aime beaucoup passer du temps avec ses ami-es.

La jeune Bretonne, qui n'a pas encore quinze ans, partage son temps comme tout-e adolescent-e entre le lycée, les sorties entre amis et le sport, pour elle, le badmington.

Mais, depuis l'automne, elle doit aussi, un mercredi par mois, se rendre à Rennes pour siéger au Conseil Régional des Jeunes de Bretagne dont elle vient d'être élue présidente.

 

 Une forme de modestie sans doute. Annaïg ne se présente pas comme la présidente du CRJ mais bien comme la co-présidente. Et c'est vrai que dans les faits, elle ne préside pas seule cette assemblée de 166 jeunes, elle le fait conjointement avec le président du Conseil Régional Pierrick Massiot.

Elle aurait pourtant toutes les raisons de se réjouir de cette élection à laquelle elle ne s'attendait pas d'autant plus qu'elle est une des plus jeunes élu-es pour ce nouveau mandat de deux ans au CRJ. « Je m'étais présentée comme co-responsable d'une commission – raconte-t-elle un peu intimidée – parce que j'aime bien représenter un groupe de personnes. » Mais, Annaïg qui aura quinze ans dans deux mois n'en est pas moins déterminée à mener sa tâche à bien.

Au sein du CRJ, elle avait choisi de rejoindre la commission communication, appelée ici Kaoz comme dialogue en breton. Elle continue à y siéger et cela lui permet d'avoir un œil sur chacun des cinq groupes de travail où se répartissent les jeunes élu-es. En ce matin du 4 février, pour sa première session en tant que présidente – pardon, co-présidente – elle a ainsi pu entendre l'intervention d'un spécialiste des questions d'environnement venu éclairer les membres de la commission développement durable.

« J'aime parler avec des gens nouveaux »

Annaïg Trouchard reconnaît être arrivée au CRJ « un peu par hasard ». Cette instance, trop peu connue des lycéens à ses yeux, lui a été présentée par deux anciens élus de son établissement scolaire, le lycée René Cassin de Montfort-sur-Meu. La jeune fille qui voyait « ça comme une petite assemblée qui faisait des petits projets » découvre une fois élue qu'il s'agit en fait d'une instance « beaucoup plus grande et plus importante ». Comme en atteste l'imposant hémicycle de l'hôtel de Courcy où se rencontrent les jeunes élu-es. « J'étais contente » commente-t-elle simplement.

 

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Elle prend les choses comme elles arrivent ; pour elle, ce qui compte ce sont les rencontres et les « expériences qui peuvent aider dans nos métiers plus tard » même si aujourd'hui, elle ne sait pas encore tout à fait vers quelle profession s'orienter. « Je suis en seconde générale – dit-elle – et je vais sûrement passer l'an prochain en STMG, sciences et technologies du management et de la gestion, parce que j'aimerais bien être commerciale. » Mais, elle pense aussi à l'hôtellerie ou au journalisme... Ce qu'elle aime c'est « parler avec des gens nouveaux ». « J'ai pas mal d'idées en tête, je ne me projette pas vraiment » dit encore la jeune fille.

Le CRJ et sa diversité de lycéen-nes élu-es sont pour elle une chance. « Je pense que c'est vraiment important qu'il y ait de la diversité – dit Annaïg – il y a toujours des idées reçues sur les bac pro ou les CAP et là, on est tous mélangés et il n'y a aucune tension. » Et se souvenant du week-end d'intégration à Saint-Malo, « c'était – dit-elle – un avant-goût de la complicité qu'il y a entre nous maintenant ! » Quant à la parité, la lycéenne semble la trouver parfaitement évidente. « C'est bien - dit-elle – mais vu l'état d'esprit des gens ici, je pense qu'il n'y aurait pas de sexisme même si l'assemblée n'était pas paritaire. »

Annaïg prend très à cœur ses fonctions de communicante. Elle a bien compris que le CRJ manquait de visibilité auprès des jeunes de Bretagne. « On a un boulot énorme à faire pour faire connaître le CRJ » décrit-elle. Mais la commission Kaoz a commencé à travailler et Annaïg ne doute pas que pour la prochaine mandature le problème sera réglé ; « j'espère que grâce à la publicité qu'on va faire avec Kaoz, des jeunes auront envie de venir ! » s'exclame-t-elle.

« Je ne me sens pas capable de donner mon avis sur la politique »

« Ma mère est fière, mon père aussi ! » dit encore Annaïg qu'on sent plus réservée sur cette brutale destinée régionale. « Je le prends comme une passion – explique-t-elle – mais je ne voudrais pas en faire mon métier. » Inutile, d'ailleurs, de lui dire qu'elle fait de la politique, ça ne l'intéresse que de loin. « Ce n'est pas vraiment de la politique – balbutie-t-elle – enfin, si, mais pas de la politique comme font les députés... On fait des projets. J'ai envie de m'investir parce que c'est des projets qui concernent les jeunes mais pour ce qui est du monde des adultes, je n'ai pas envie d'être dedans pour l'instant.»

Bref, comme beaucoup de gens de sa génération, Annaïg a une image plutôt négative de la politique, qui pense-t-elle « lui prendrait la tête ». D'ailleurs, si elle s'intéresse à l'actualité, celle qui a pourtant été élue, ne rêve pas de pouvoir voter elle-même. « Pouvoir voter – analyse-t-elle – c'est donner son avis, c'est être pleinement citoyen et faire partie de la démocratie, et je pense qu'avant dix-huit ans, c'est difficile d'avoir de bonnes idées. Pour l'instant, je ne me sens vraiment pas capable de pouvoir donner mon avis sur la politique. »

Son élection comme co-présidente, elle ne la doit pas à un programme mais plutôt à une profession de foi, anonyme, lue à voix haute par une animatrice et qui a su séduire un maximum de jeunes conseillers. « Au début, j'ai un peu pensé aux discours politiques – se souvient Annaïg parlant de la rédaction de son texte – J'aime bien écrire, mais je ne me sentais pas à l'aise pour écrire comme ça, alors, j'ai écrit sur ce qui m'avait touchée. Comme j'étais touchée par ce qu'on fait dans cette assemblée je pensais que ça me donnerait envie de la représenter. » Un discours personnel qui a su trouver son auditoire.

AnnagetRougerPour aller plus loin :

« Un espace de responsabilisation et d'engagement »

Le Conseil Régional des Jeunes de Bretagne regroupe 166 lycéen-nes et apprenti-es – 83 filles et 83 garçons - de 14 à 25 ans issu-es des 270 lycées privés et publics, professionnels et généraux et même maritimes et agricoles des quatre départements bretons. Le travail des jeunes conseillers se répartit en cinq commissions : santé et qualité de vie, développement durable, solidarités locales et internationales, diversités culturelles et communication.
« On n'a pas voulu que cette assemblée de jeunes soit la caisse de résonance du Conseil Régional qui commente ou réplique ce que font les adultes – explique Marie-Pierre Rouger, vice-présidente de la région Bretagne en charge des lycées – on leur donne les conditions pour que cette assemblée soit autonome et surtout pour que les jeunes cheminent par eux-mêmes. Les commissions proposées sont très ouvertes, ils peuvent en complément faire d'autres types de projets, d'actions, de présences en-dehors de l'hémicycle. Ils sont souvent appelés à représenter les jeunes de Bretagne dans d'autres instances. »
L'élue précise notamment les missions des commissions. « La santé, ce n'est pas seulement la prévention des conduites addictives, c'est aussi tout ce qui concerne le bien-être dans les établissements et dans la société. Voilà quelques années, les jeunes avaient, par exemple, réalisé un DVD « Ça caresse, ça blesse et ça reste ! » sur les violences sexistes qui a été beaucoup utilisé par des professionnels de santé ; d'autres ont travaillé sur le suicide ou l'homophobie. La commission Kaoz est une véritable valorisation du travail de tous les autres groupes. Les jeunes sont formé-es à l'utilisation d'une web-TV afin qu'ils construisent eux-mêmes les messages qu'ils veulent faire passer. Le pari que l'on fait est vraiment de leur donner un espace de responsabilisation et d'engagement qui soit reconnu par les adultes. On est accompagné par l'association Léo Lagrange qui propose des techniques d'animation très coopératives basées sur l'expression de chacun-e et la construction du collectif. »

Geneviève ROY

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