Quelques faits ont été rapportés par les médias ces dernières années ; mais, le plus souvent, le harcèlement sexuel au sein des établissements d'enseignement supérieur et de recherche (ESR) est plus qu'ailleurs peut-être un sujet tabou.

Une raison suffisante pour que les organistrices/teurs de la Semaine Féministe de Rennes 2, en mars dernier, choisissent d'inviter deux représentantes du CLASCHES, collectif de lutte contre le harcèlement sexuel qui en quelques questions sont revenues sur les causes de cette invisibilité mais aussi sur les moyens d'agir.

 

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 Qu'est-ce que le CLASCHES ?

Le CLASCHES – Collectif de Lutte Anti-Sexiste Contre le Harcèlement Sexuel dans l'Enseignement Supérieur – a été créé en 2002 à l'initiative de doctorant-e-s en Sciences Sociales. Depuis treize ans, le CLASCHES alerte les acteurs et actrices politiques et administratives de l'enseignement supérieur et de la recherche sur le harcèlement sexuel et plus largement sur les agressions sexuelles perpétrées au sein des établissements.
Le CLASCHES n'a pas pour objet l'accompagnement psychologique ou juridique des victimes ; il fait le lien avec les services compétents notamment les syndicats, les associations étudiantes, les missions égalité ou la médecine préventive des universités.
Il reçoit les témoignages des victimes et les aides à mettre leur récit en forme.
Il s'est surtout donné pour mission de lever le silence sur des faits rendus invisibles et de diffuser des informations juridiques auprès des victimes pour leur permettre de connaître les recours possibles.
Pour les deux jeunes femmes venues présenter le collectif à Rennes 2 à l'occasion de la Semaine Féministe 2015, le CLASCHES a aussi pour objectif « d'œuvrer à la réforme des institutions universitaires et de recherche dans le but de permettre un traitement efficace des plaintes des victimes et d'inciter les universités à mettre en place des moyens de prévention et de sanction. » C'est notamment grâce à la mobilisation du collectif qu'a été promulguée en octobre 2005 une circulaire ministérielle rappelant aux président-e-s des universités leurs obligations en matière de prévention.

Qu'entend-on par harcèlement sexuel ?

Il s'agit toujours de l'expression d'une domination. Il s'exerce sous une forme verbale, se cachant fréquemment derrière des « blagues » concernant le physique ou la sexualité supposée des personnes. Mais c'est aussi une forme de communication non verbale consistant à dévisager avec insistance une personne, la déshabiller du regard, la siffler, adopter une gestuelle ouvertement pornographique, etc. Le harcèlement peut aller jusqu'à des attouchements sur les parties du corps considérées comme intimes, des injures à caractère sexuel ou sexiste, etc.
« Il faut imaginer – expliquent les conférencières – quelque chose de répété, de très intrusif, qui nie la singularité, l'individualité de la personne qui est en victime et qui la détruit. »
Le CLASCHES se réjouit de la loi adoptée en août 2012 à l'élaboration de laquelle il a largement participé. Si cette nouvelle loi reste perfectible, les choses sont désormais plus clairement définies et le point de vue de la victime mieux pris en compte. Les sanctions ont également été revues passant d'un an à deux ans d'emprisonnement et de 15 000 à 30 000 € d'amende.

Existe-t-il une spécificité du harcèlement sexuel dans l'ESR ?

Il n'existe aujourd'hui aucune statistiques sur le nombre de victimes de harcèlement sexuel dans l'ESR. Mais depuis plus d'une décennie, le CLASCHES a recueilli suffisamment de témoignages pour appréhender cette réalité et ses conséquences pour la victime qui peut parfois préférer l'abandon de ses études.
guideDans son guide pratique, édité en début d'année, le collectif a fait le choix de parler toujours de la victime au féminin et de l'agresseur au masculin ; une façon de bien montrer que « les agresseurs sont très majoritairement des hommes et les agressées, des femmes. »
Le profil type de la victime est une femme jugée vulnérable par son agresseur, soit en raison de sa situation de précarité sociale ou économique (étudiantes étrangères) soit par son statut vis-à-vis de l'agresseur qui exerce sur elle un pouvoir hiérarchique important notamment par l'encadrement d'une thèse, par exemple.
« Ne pas pouvoir montrer la réalité chiffrée de cette question, c'est aussi une manière de l'invisibiliser. Tout le monde fait comme si ça n'existait pas. Notre boulot c'est de briser ce silence. » expliquent les représentantes du CLASCHES qui parlent aussi de la difficulté pour les victimes de prendre la parole liée à la banalisation de ce que beaucoup appellent de façon laconique des « blagues » mais qui sont en réalité de véritables atteintes sexistes. Une banalisation qui empêche les victimes d'être prises au sérieux et qui participe largement à l'impunité des agresseurs.

Quels sont les recours pour une victime au sein de l'ESR ?

Bien sûr, comme pour toute victime, le premier recours est pénal avec un dépôt de plainte qui permet d'engager des poursuites. C'est pour le CLASCHES préférable à un recours interne à l'université par le biais d'une commission disciplinaire qui risque souvent de jouer plus en faveur de l'agresseur – jugé non plus en tant que personne mais en tant que fonctionnaire – que de la victime.

Geneviève ROY

Pour en savoir plus : le site du CLASCHES et le « Guide pratique pour s'informer et se défendre » réalisé en partenariat notamment avec l'AVFT, l'association européenne contre les violences faites aux femmes au travail.

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