L'affiche est parlante. Une illustration ancienne, couleur sépia, représente une cour d'école coupée en deux par un grillage. D'un côté, des petites filles jouent à la corde à sauter sous l'œil attentif d'une institutrice ; de l'autre côté, un maître surveille les garçons jouant aux billes ou à saute-mouton. Nous sommes visiblement dans les années 1950 quand l'école française n'offrait pas encore la mixité.

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Pour leur Académie d'été, les universités de Rennes 2 et l'UBO de Brest ont choisi cette année de mettre l'accent sur trente ans de politiques publiques en faveur de l'égalité entre les filles et les garçons en France, de l'école maternelle à l'université. Et d'en interroger les conséquences et les perspectives.

Sous la responsabilité de Fanny Bugnon, historienne et responsable scientifique du diplôme interuniversitaire numérique études sur le genre, la journée du 2 juillet a permis à la fois de clôturer l'édition 2015 du DIU en présence des stagiaires, venues des « quatre coins de la francophonie » et réunies depuis le début de semaine à Rennes, mais d'aussi d'élargir la réflexion au grand public.

Dans l'amphi de Rennes 2, se sont succédé des temps de conférences et d'échanges. Nicole Guenneuguès, chargée de mission égalité au Rectorat de Rennes, a retracé trente ans de politiques publiques de 1984 à 2014. Françoise Vouillot, maîtresse de conférence en psychologie de l'orientation, membre du Haut Conseil de l'égalité entre les femmes et les hommes, a apporté un éclairage sur la mixité professionnelle*.

De leur côté, Philippe Liotard de l'université de Lyon, et Véronique Rouyer, de l'université de Bordeaux, ont analysé les conditions de la construction de l'identité sexuée de l'enfant et notamment des rapports filles/garçons à l'école et au-delà.

L'égalité pour repenser la société

Attention à ne pas se tromper d'égalité ont rappelé plusieurs intervenant-e-s. « On se trompe – dit ainsi Véronique Rouyer – quand on pense l'égalité à sens unique, avec seulement l'idée des filles qui doivent en quelque sorte rattraper les garçons. »

S'arrêtant sur quelques exemples de violences « ordinaires » repérés dans le cadre scolaire depuis la maternelle jusqu'aux études supérieures, Philippe Liotard a voulu montrer que ces violences et les représentations qui y sont associées participent à la construction identitaire des filles et des garçons. Les garçons apprennent à toucher les petites filles pour les embêter explique le chercheur tandis que « les petites filles apprennent qu'il ne faut pas trop râler quand les garçons se moquent ou les touchent parce que les garçons sont comme ça ; et puis, que ce n'est pas très grave puisqu'ils le font en rigolant ! »

C'est toute la question de l'éducation et de ces nombreuses influences qui a été mise au centre des débats. L'éducation comme transmission non seulement au sein de la famille ou de l'école mais aussi entre les mains des collectivités quelles qu'elles soient.

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Concluant la journée, et la troisième promotion du DIU dont elle fut la marraine, Gaëlle Abily, vice-présidente du conseil régional de Bretagne, a pour sa part tenu à saluer cette ouverture que propose le DIU à toutes les femmes et tous les hommes des pays francophones et à féliciter les diplômées 2015 qui de la Bretagne à la Polynésie ont exprimé leur désir de se former à l'égalité. « Notre ambition de vouloir tendre vers l'égalité est un outil pour repenser notre vivre ensemble et notre société – estime Gaëlle Abily – Nous devons ouvrir les mêmes possibles aux hommes et aux femmes ! »

Geneviève ROY

*– Les interventions de Nicole Guenneuguès et de Françoise Vouillot feront l'objet d'articles pour la rentrée 2015.

L'académie d'été du DIU études de genre a été filmée et la vidéo sera disponible après montage à l'automne sur l'Aire d'U, plateforme gérée par Rennes 2.

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