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Ce qu'on retient d'elle, c'est sa détermination. « Je garde espoir ; je sais que je vais trouver » dit Sidonie Labe Nzowali malgré la longue énumération de ses démarches incessantes pour trouver du travail, ce qui serait pour elle synonyme de trouver un logement.

Arrivée en France il y a quatre ans, après un passage par le Portugal, cette Congolaise ne baisse pas les bras. Multipliant les entretiens, les lettres de motivation et les tests dans les agences d'intérim même si elle sait que le temps joue contre elle.

Car, ce qu'on lui reproche le plus souvent, pense-t-elle, c'est son âge.

 

« Si je me décourageais, vous ne m'auriez jamais connue » dit en substance Sidonie Labe Nzowali, vaillante malgré toutes les portes qui se referment devant elle. Ses cinq enfants sont restés au Congo. « Deux sont adultes - dit-elle – les autres ont 14, 15 et 17 ans » et ne savent rien des galères de celle qu'ils nomment « la combattante ». « Ils ne savent rien, même si je suis malade – explique Sidonie – c'est mieux qu'ils me voient souriante et se disent que je me débrouille. Je ne leur dit rien pour les protéger ». Comme elle, ses enfants savent qu'un jour elle va réussir !

En attendant ce jour, Sidonie s'agite sans fin. Arrivée en France en 2012, elle n'a jamais trouvé de travail et reste hébergée de « foyer en foyer » la plupart du temps, parfois pour quelques mois chez l'habitant-e grâce à l'association Bienvenue du Secours Catholique. « J'ai même vu le Préfet en personne – raconte-t-elle – je lui ai remis mon dossier en main propre quand il est venu nous voir au foyer de la rue Saint-Vincent. »

« Personne ne naît à 52 ans ; tout le monde vieillit ! »

Son Congo natal, Sidonie l'a quitté en 2009 pour se rendre au Portugal, « avec un monsieur » dit-elle sobrement. A l'époque, elle a son visa puis elle obtient la nationalité portugaise. Et elle travaille dans une station-service. En 2009, éclate la crise économique et Sidonie se retrouve au chômage. Elle vit séparée de son compagnon et perçoit seulement 100€ d'indemnités de chômage par mois. Comme elle parle le français, elle suit les conseils de la propriétaire de son logement et vient tenter sa chance en France.

Forte de ses expériences passées dans le commerce comme caissière et d'une formation de mise en rayon effectuée à Rennes, Sidonie a distribué des CV un peu partout. Plusieurs enseignes de grande distribution ont enregistré ses coordonnées et « doivent rappeler quand il y aura une place ». Mais, personne ne rappelle ; « je vois toujours passer des annonces, je postule et rien du tout ! » déplore Sidonie avec tout de même une certaine amertume.

Sidonie2La « combattante » ne perd pas espoir. Elle s'inscrit à des formations, envisage même un BTS en alternance, remplit les fiches des agences d'intérim. Mais dit se heurter à chaque entretien à la même question : « quel âge avez-vous ? »

« Personne ne naît à 52 ans ; tout le monde vieillit » résume avec beaucoup de sagesse Sidonie qui raconte un entretien récent où on lui a franchement répondu : « le problème c'est que vous avez 52 ans ; aucun employeur ne voudra vous prendre ! ». Si elle ne « cache pas [son] âge », elle estime néanmoins « être apte à tout ». « J'ai besoin d'un travail – dit-elle encore – ça fait quatre ans que je suis comme ça ; il faut que je trouve du travail pour avoir un logement ! »

« Je n'ai pas de haine ; je reçois chaque semaine quelque chose à manger »

« Nous sommes tous dans la même casserole » s'exclame Sidonie listant les différents endroits où elle trouve refuge avec ses frères et sœurs de migration : les containers près de l'hôpital, les foyers qu'on doit réserver dès le matin en appelant le 115, les associations... Au Secours Catholique, c'est elle qui prend en charge les autres migrant-e-s ; « je passe tout mon temps là-bas – dit-elle – pour ne pas rester dans la rue. »

Son dynamisme dont les employeurs ne veulent pas, elle le met au service des autres. Enfance et Partage, le Secours Catholique et le Secours Populaire, la Croix Rouge... Sidonie le dit en riant « avec le bénévolat, j'ai toujours du travail ! » Des engagements qui lui permettent surtout de « s'occuper », de faire des rencontres et de garder le moral. Ses visites quotidiennes à Déclic Femmes aussi l'aident à tenir. « C'est comme une maman qui te met au monde et guide tes pas ; ce sont elles qui m'ont fait comme je suis aujourd'hui » dit-elle en parlant du personnel de l'association qui l'accompagne dans ses recherches.

« Je n'ai pas de haine – confie Sidonie – Je reçois chaque semaine quelque chose à manger aux Restos du Cœur et chaque mois au Secours Populaire. Si je suis malade, je suis soignée. Depuis trois mois, je touche 60€ d'aide financière ; ça me permet d'acheter la carte téléphonique pour parler avec mes enfants. Je suis de nature très patiente, très persévérante. Maintenant que je suis habituée ici, que j'ai fait des connaissances, c'est mieux pour moi de rester jusqu'au jour où je vais trouver du travail. »

Et puis, Sidonie a une passion : chanter des chansons religieuses. Dans un studio, elle a commencé à enregistrer son premier CD ; ça coûte un peu cher, alors elle ne pourra pas le finir tout de suite, mais ça aussi, elle continue à y croire !

Geneviève ROY

Cet article est le fruit d'un partenariat avec l'association Déclic Femmes

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On reste en contact

Grâce à cette rubrique, retournons à la rencontre de femmes qui à un moment de leur parcours ont déjà croisé notre webmagazine depuis sa création en juin 2013...

 

Martha et les "enfants ACZA"

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Depuis sa création, Breizh Femmes s'intéresse au travail de Martha Diomandé et de son association ACZA qui milite contre l'excision. Pour elle, s'opposer à l'excision, c'est d'abord accompagner les matrones – les exciseuses - vers d'autres pratiques qui permettent de respecter les traditions et d'assurer la formation des petites filles tout en se débarrassant de l'acte mutilant. C'est aussi proposer à ces femmes de rester des membres reconnues de leurs communautés.

Grâce à des campagnes de formation et à la construction de cases de naissance, ACZA est présente dans une quinzaine de villages en Côte d'Ivoire où commence à grandir une nouvelle génération d'enfants qui ne seront jamais excisées et de femmes épanouies dans leur mission d'accoucheuses.

« On ne force personne à venir accoucher dans nos cases – explique Martha Diomandé qui a répondu à quelques questions – mais les femmes qui viennent savent que leur enfant ne pourra pas être excisée. C'est un acte de courage pour elles de s'afficher ainsi. Leurs enfants appartiennent en quelque sorte à l'association. On les appelle les "enfants ACZA" ».

Lire l'interview de Martha Diomandé

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