En France, le monde de la culture est quasiment à l'arrêt depuis dix mois. Pourtant, quelque part en Bretagne, des femmes résistent et souhaitent marquer leurs différences.

Avec le collectif et label Elemento Records , Charline, Marie, Emilia et Léna, viennent de réaliser leur rêve : offrir « un lieu d'accueil à 99,9 % féminin » dans un milieu où les femmes souffrent toujours d'un manque de reconnaissance.

En attendant de pouvoir remonter sur scène devant un "vrai" public, les projets s'organisent notamment grâce au digital.

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« C'est de mon histoire à moi que tout part » explique Charline Patault, à l'initiative du collectif et label Elemento Records. Passionnée de musique et notamment électronique, elle regrette que ce milieu reste très masculin et que les femmes aient encore du mal à y trouver leur place. « Pour moi, le milieu artistique était censé être très libre, non genré, non standardisé – avoue-t-elle – j'ai découvert qu'il y avait finalement très peu de filles et qu'il fallait toujours laisser faire les garçons. On nous disait que ce n'étaient pas des taches pour les filles, etc. Et quand une fille était présente sur certains événements c'était surtout parce qu'il fallait en avoir une sur le line-up ! »

Changer les mentalités

Charline n'est pas du genre à baisser les bras. Avec ses copines, elles aussi dans le milieu artistique ou musical, elles décident de réagir. « Cette question nous turlupinait pas mal alors on s'est demandé ce qu'on pourrait faire pour changer les choses » résume-t-elle. La réponse sera Elemento, un « lieu d'accueil, un peu comme une maison d'artistes ». Ensemble, elles font le tour de leurs connaissances féminines dans tous les domaines concernés (technique, communication, législation) et regroupent une douzaine de professionnelles aux compétences étendues. « Avec tous nos savoir-faire, on peut monter un festival clef en main » se réjouit aujourd'hui Charline.

Soutenu par les quatre amies, c'est désormais un pôle musical qui prend forme et d'autres pôles qui vont se développer prochainement autour des arts visuels, du street-art et des arts du cirque. Sans oublier un pôle d'accompagnement pour permettre aux jeunes artistes d'apprivoiser les questions administratives (législation, déclarations, etc.) Le tout à 99,9 % féminin. Pourquoi pas 100 % ? « Parce que – répond Charline – on n'est pas absolument fermées à la gent masculine et qu'on a envie que tous les acteurs du milieu artistique travaillent ensemble sur cette question. Notre but est de faire changer les mentalités et qu'il n'y ait plus de clivage hommes/femmes dans ce milieu ! »

Allier culture et centres-villes

Si le collectif n'en est encore qu'à «ses balbutiements », les premières dates sont tout de même déjà annoncées. Elemento sera présent au prochain festival digital Microsillon le 23 janvier ; une compilation de cinq artistes sera disponible au public dès le 9 février ; et on parle podcasts, tables rondes et autres initiations artistiques. « On a pas mal de choses en attente pour l'été » s'enthousiasme Charline qui nuance, covid oblige : « si ce n'est pas pour cet été, ce sera l'hiver prochain ou l'été suivant, ce sont des projets reconductibles ».

elemento2Un bel optimisme encouragé par l'accueil reçu par le collectif dans les milieux musicaux bretons. « Notre collectif redonne du baume au cœur des gens, montrer qu'on ne lâche rien même si c'est difficile ça fait du bien à tout le monde et ça redonne de l'énergie » analyse Charline. Pour elle, la mise en sommeil de la culture en France depuis bientôt un an permet de repenser le travail artistique et peut-être d'innover. « On se pose des questions qu'on n'osait pas se poser avant – dit-elle – ça nous permet de réfléchir et de tenter des expériences même si ce sont les autres qui nous font vivre et encore plus dans le milieu artistique. C'est dommage de fermer les lieux culturels alors que les gens en ont tellement besoin. »

Pour contourner l'obstacle, Elemento invente déjà d'autres modes d'expression notamment autour des notions de culture et centres-villes. Des projets destinés, annonce la fondatrice du collectif, à « faire vivre tout le monde sans générer d'agglutinement de personnes dans le même endroit au même moment »... Le monde de demain ?

Geneviève ROY

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