Les éditions Talents Hauts défendent depuis plus de dix ans des valeurs qui nous sont chères : la lutte contre le sexisme, contre l'homophobie, contre les idées reçues quelles qu'elles soient.

Jessie Magana nous est chère également. Savoyarde installée en Bretagne, elle défend dans ses ouvrages et ses interventions en milieu scolaire et associatif l'égalité filles/garçons ; Breizh Femmes l'a déjà croisée plusieurs fois.

La rencontre des deux ne peut que nous réjouir. Avec son nouveau roman « Des cailloux à ma fenêtre » l'écrivaine ouvre une nouvelle collection sur les oublié-e-s de l'Histoire parmi lesquel-les, bien sûr, les femmes sont nombreuses !

 

jessie magana 2016 light

 

« C'est un roman - martèle Jessie Magana dans un rire – Marie est un personnage de roman ; et c'est tout ! » Voilà bien l'idée de la nouvelle collection que la jeune femme dirige aux éditions Talents Hauts : des fictions qui sortent de l'ombre des héros et des héroïnes que la grande Histoire a plongé dans l'oubli. D'ailleurs le sous-titre de sa collection « Les Héroïques » n'est autre que : « les héros de l'ombre ont voix au chapitre ».

Marie, une héroïne, qui n'existe « que dans son roman »

Marie, l'héroïne de Jessie Magana est née dans son imagination voilà plusieurs années au moment où, Bretonne depuis peu, elle découvre l'aventure des pêcheurs de l'île de Sein partis rejoindre de Gaulle en Angleterre pour combattre à ses côtés en juin 1940. Pour cette passionnée d'Histoire contemporaine qui vient d'achever plusieurs ouvrages sur le sexisme la question première est : comment ont vécu les femmes restées seules pendant cinq ans sur l'île de Sein ?

Au fil de ses lectures, Jessie Magana s'étonne de ne trouver aucune trace de ces femmes. Elle comprend aussi rapidement qu'en fait, elles ne sont pas restées sans homme si longtemps puisque dès l'automne 40, reviennent les îliens mobilisés l'année précédente. Mais, l'idée a fait son chemin et elle écrit « Des cailloux à ma fenêtre » racontant ainsi une histoire qui certes n'a jamais existé, mais dit-elle « qui aurait pu se passer comme ça ! » Même si elle insiste : « Marie n'existe que dans son roman ! »

Descailloux« J'ai imaginé cette histoire qui se base sur l'histoire réelle des pêcheurs et en m'appuyant sur de nombreux témoignages de femmes engagées dans la résistance ailleurs que sur l'île de Sein » dit-elle. Son roman fait dialoguer deux aventures, celle de Jean, adolescent parti à Londres, inspiré de « vrais » témoignages, et celle entièrement imaginée de Marie, restée sur l'île. « C'est cette idée de sortir des héroïnes de l'ombre qui a donné l'idée à la collection – explique l'écrivaine – Enormément de gens, hommes et femmes, ont fait des petites actions à leur niveau tout au long de l'Histoire sans jamais laisser de traces. Mon livre est ancré dans un contexte historique, il est très documenté, mais c'est un roman ! »

La fiction pour mieux comprendre l'Histoire

« On a tous un rôle à jouer dans l'Histoire » estime Jessie Magana et le rôle que lui ont donné les éditions Talents Hauts, c'est de mettre en lumière tous ces héros de l'ombre. Une collection destinée aux lecteurs et lectrices dès l'adolescence, même si la jeune femme refuse le terme de "littérature jeunesse" qui pourrait laisser entendre qu'il existe une "littérature vieillesse" !

Après l'histoire de Marie, petite Sénane de seize ans, la collection célébrera Odélise, enfant arrachée à son île natale de la Réunion dans les années 70, puis Agnès, première femme conductrice de trams durant la Première Guerre Mondiale. « Que des histoires de filles ! » s'amuse l'éditrice qui assure que pour l'avenir de sa collection, il y aura aussi des histoires de garçons !

Pour les Héroïques, Jessie Magana reste très attachée à publier des fictions. « Le roman permet de mieux comprendre » assure-t-elle défendant l'idée d'une « Histoire sensible » c'est-à-dire une histoire qui raconte non seulement des faits mais aussi des ressentis, des émotions. L'objectif n'étant pas de « se servir de ces romans pour raconter des périodes historiques » mais d'être vraiment dans « le souffle romanesque ».

« On est dans un rapport à la mémoire plus que dans un rapport à l'Histoire » défend Jessie Magana qui estime que le public adolescent a besoin de héros proches en âge mais surtout d'histoires qui « font appel à des mécanismes de dépassement de soi ». Elle conseille ces romans aux jeunes adolescents mais reste persuadée qu'ils sauront trouver leur public aussi jusqu'à « 99 ans » !

Geneviève ROY

Pour aller plus loin – Collection Les Héroïques des éditions Talents Hauts. A partir de 12/13ans. Déjà paru : « Des cailloux à ma fenêtre » de Jessie Magana et « Les mangues resteront vertes » de Christophe Léon. A paraître : « Celle qui voulait conduire le tram » de Catherine Cuenca et « Quand le monstre naîtra » de Nicolas Michel.

A lire également de Jessie Magana :
Gisèle Halimi, Non au viol – collection « Ceux qui ont dit non » - éd. Actes Sud Junior (2013)
Les mots indispensables pour parler du sexisme – éd. Syros (2014)
Comment parler de l'égalité filles/garçons aux enfants – éd. Le Baron Perché (2014)

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On reste en contact

Grâce à cette rubrique, retournons à la rencontre de femmes qui à un moment de leur parcours ont déjà croisé notre webmagazine depuis sa création en juin 2013...

 

Martha et les "enfants ACZA"

martha

 

Depuis sa création, Breizh Femmes s'intéresse au travail de Martha Diomandé et de son association ACZA qui milite contre l'excision. Pour elle, s'opposer à l'excision, c'est d'abord accompagner les matrones – les exciseuses - vers d'autres pratiques qui permettent de respecter les traditions et d'assurer la formation des petites filles tout en se débarrassant de l'acte mutilant. C'est aussi proposer à ces femmes de rester des membres reconnues de leurs communautés.

Grâce à des campagnes de formation et à la construction de cases de naissance, ACZA est présente dans une quinzaine de villages en Côte d'Ivoire où commence à grandir une nouvelle génération d'enfants qui ne seront jamais excisées et de femmes épanouies dans leur mission d'accoucheuses.

« On ne force personne à venir accoucher dans nos cases – explique Martha Diomandé qui a répondu à quelques questions – mais les femmes qui viennent savent que leur enfant ne pourra pas être excisée. C'est un acte de courage pour elles de s'afficher ainsi. Leurs enfants appartiennent en quelque sorte à l'association. On les appelle les "enfants ACZA" ».

Lire l'interview de Martha Diomandé

Dans la même rubrique, retrouvez également : Céline Boizard ou l'entrepreneuriat comme "une aventure humaine passionnante" ; Anne Lecourt admise dans la cour des grandes.