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Marie-Licette Jaofeno n'oubliera jamais le 25 janvier 2013. Ce jour-là, la température est tombée à moins 5° sur Paris et la neige ne fond pas. Ce jour-là, elle descend de l'avion en provenance de Madagascar où il faisait 31° !

La jeune femme rit en évoquant ce souvenir. Elle dit s'être « habituée au froid » ; au vent aussi. Heureusement, car désormais, si elle hésite encore à se dire Française, elle reconnaît : « je suis un peu les deux : Bretonne et Malgache ! ».

Installée à Rennes où son mari travaille à la SNCF, elle attend avec impatience que son fils puisse les rejoindre.

 

« C'est la première fois que je raconte mon histoire » confie Marie-Licette avec timidité. Toute menue, s'excusant sans cesse de ses « fautes de français », elle lâche quelques souvenirs et autant de dates. 25 janvier 2013, l'arrivée en France avec un visa d'un mois pour rendre visite à une cousine installée dans le Finistère. 13 septembre 2014, son mariage avec un Breton. Décembre 2014, les papiers enfin en règle après des mois de clandestinité. Janvier 2015, le premier emploi.

Depuis début 2017, Marie-Licette est employée en CDI ; trente-trois heures par semaine, elle entretient les parties communes d'immeubles d'habitations à Beauregard et à Saint-Jacques de la Lande où elle réside. « Les moments difficiles – dit-elle sobrement – c'était quand je n'avais pas de papiers. Maintenant, ça va ; je suis bien ici ! »

En France, Marie-Licette apprécie la « sécurité ». Elle trouve qu'il y a « moins de voleurs » qu'à Madagascar et que « c'est aussi plus facile de se faire soigner ». Une forme de stabilité qui lui permet d'envisager sereinement à la fois son avenir et celui de son fils. « Je n'ai pas de diplôme, j'ai juste mon BEPC – explique-t-elle – là-bas j'étais vendeuse dans une pharmacie et je pense que dans quelques années, je chercherai une formation pour travailler avec les enfants ou les personnes âgées. »

 

« Je n'ai jamais regretté d'être venue en France,
mais parfois je pense trop à mon fils,
et ça me fait mal »

 

Pour ses projets, elle sait qu'elle peut compter sur l'association Déclic Femmes où elle s'est fait des amies et où elle perfectionne son français deux ou trois fois par semaine, une langue qu'elle a un peu apprise à l'école mais qui lui réserve encore beaucoup de surprises. « C'est surtout sur les conjugaisons que je bloque » dit-elle en riant.

Marielicette2Dans l'immédiat, le plus important pour Marie-Licette est de faire venir à ses côtés son fils de treize ans. « Je n'ai jamais regretté d'être venue ici – dit-elle – mais parfois je pense trop à mon fils et ça me fait mal. C'est vraiment dur alors j'essaie de l'appeler le plus souvent possible ».

L'adolescent vit chez la « petite sœur » de Marie-Licette. Un dossier vient d'être déposé pour un regroupement familial ; sa mère pense l'attendre encore un an mais songe déjà aux études qu'il pourrait faire à Rennes. « Ici - estime-t-elle – il y a beaucoup de formations même si on ne veut pas faire de longues études. » Elle le verrait bien « boulanger, par exemple » ; en tout cas, elle est sûre « qu'il arrivera à faire quelque chose pour vivre ».

Elle insiste sur l'accueil qu'elle a reçu en Bretagne et ne supporte pas qu'on dise que « les gens ici ne sont pas accueillants ». En avril dernier, elle a emmené son mari à Madagascar pour lui faire découvrir son pays. Cinq semaines de vacances en famille, cette « grande famille toujours autour » qui lui manque tant. « Je me trouvais bien à côté de ma famille, mais quelque chose me donnait envie de revenir en France » confie-t-elle.

Entre deux mondes, Marie-Licette a fait le sien. Un peu ici, un peu là-bas. Et quand on lui demande son âge, c'est encore par une date qu'elle répond : « 1er janvier 1977 ».

Marie-Licette a quarante ans et un rire de petite fille qui ponctue ses souvenirs.

Geneviève ROY

Cet article est le fruit d'un partenariat avec l'association Déclic Femmes.

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Grâce à cette rubrique, retournons à la rencontre de femmes qui à un moment de leur parcours ont déjà croisé notre webmagazine depuis sa création en juin 2013...

 

Martha et les "enfants ACZA"

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Depuis sa création, Breizh Femmes s'intéresse au travail de Martha Diomandé et de son association ACZA qui milite contre l'excision. Pour elle, s'opposer à l'excision, c'est d'abord accompagner les matrones – les exciseuses - vers d'autres pratiques qui permettent de respecter les traditions et d'assurer la formation des petites filles tout en se débarrassant de l'acte mutilant. C'est aussi proposer à ces femmes de rester des membres reconnues de leurs communautés.

Grâce à des campagnes de formation et à la construction de cases de naissance, ACZA est présente dans une quinzaine de villages en Côte d'Ivoire où commence à grandir une nouvelle génération d'enfants qui ne seront jamais excisées et de femmes épanouies dans leur mission d'accoucheuses.

« On ne force personne à venir accoucher dans nos cases – explique Martha Diomandé qui a répondu à quelques questions – mais les femmes qui viennent savent que leur enfant ne pourra pas être excisée. C'est un acte de courage pour elles de s'afficher ainsi. Leurs enfants appartiennent en quelque sorte à l'association. On les appelle les "enfants ACZA" ».

Lire l'interview de Martha Diomandé

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