Sur dix enseignant-e-s représentant la France elles étaient quatre d'Ille-et-Vilaine et une de Nantes.

Marine Delépine, jeune professeure des écoles, coordinatrice ULIS et participante au séminaire européen sur l'inclusion scolaire à Bratislava fin octobre, s'en réjouit ; elle espère maintenant prolonger ces « échanges enrichissants ».

Favoriser la scolarité de tous les enfants est un des droits fondamentaux reconnus par la CIDE.

Se consacrer à celle des enfants différents est devenu le cheval de bataille de Marine même si c'est un peu le hasard qui la conduite à ce poste.

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A Bratislava, Marine Delépine a appris qu'en Slovaquie les enfants Roms étaient systématiquement considérés comme des « déficients intellectuels » mais qu'en Finlande les élèves les plus en retard bénéficiaient d'un suivi personnalisé sur six ans d'école primaire. Elle en est rentrée convaincue qu'une harmonisation à l'échelle européenne était encore très loin, mais qu'il était possible de piocher des idées là où les choses marchent le mieux.

« En trois jours, on n'a pas le temps d'aller au fond des choses – regrette-t-elle – mais ça fait du bien d'échanger avec d'autres enseignant-e-s concerné-e-s ; c'est ce qui fait émerger les idées. » Adepte de la plate-forme collaborative eTwinning, organisatrice du séminaire, où elle se forme régulièrement, la jeune femme envisage d'aller plus loin en développant de véritables partenariats par-delà les frontières. « Le jour où j'ai ma classe, c'est sûr, je fonce ! - s'enthousiasme-t-elle – c'est hyper enrichissant d'ouvrir un peu les murs de l'école ! »

« L'inclusion peut être une violence ;

ça reste une belle illusion ! »

En attendant, Marine retrouve chaque jour les douze élèves de sa classe ULIS dans une école de la région rennaise. A Bratislava, elle a planché avec ses homologues sur « tout ce qui peut faire qu'un enfant soit un moment dans sa scolarité en décalage avec la majorité des élèves de son âge » et « les besoins éducatifs particuliers » auxquels il faut alors répondre. Le décalage peut venir aussi bien de situations de handicap (physique, cognitif, psychologique) que de problématiques liées aux facteurs socio-culturels ou aux migrations notamment.

Marine2Au quotidien, depuis septembre 2016, la jeune enseignante accompagne des enfants souffrant de troubles des fonctions cognitives et troubles psychiques. Agé-e-s de sept à douze ans, ils ont des niveaux d'apprentissage très hétérogènes ; chaque jour, ils passent quelques heures en inclusion dans les classes de CE1, CE2, CM1 ou CM2.

« Ils sont avec moi pour les disciplines où le fossé est trop grand avec les enfants de leur âge – explique l'enseignante – en général il s'agit du français et des mathématiques ; pour les autres disciplines comme l'art, le sport, l'histoire ou les sciences, ils sont inclus dans les autres classes. » Les autres élèves se montrent « hyper tolérants » mais Marine tempère tout de même : « ce n'est pas le monde des Bisounours ; l'inclusion totale peut aussi être une violence ; ça reste une belle illusion, mais une illusion quand même ! »

« Ils sont tous en réussite

et heureux de venir à l'école ! »

L'ULIS – unité localisée pour inclusion scolaire – permet aux enfants de trouver un équilibre. « L'enseignement est individualisé – plaide Marine – je sais exactement où chacun en est dans chaque domaine. Auparavant, ils étaient en classe ordinaire et ça ne marchait pas. En ULIS, il faut que ça marche à tout prix ! »

Et pour ça, la « maîtresse » se donne les moyens et se montre exigeante ; « il faut viser haut avec eux ! » estime-t-elle se réjouissant des progrès de chacun-e depuis son arrivée comme remplaçante de longue durée dans cette classe. « Je frime, hein – s'amuse-t-elle – mais ils sont tous en réussite et tous heureux de venir à l'école ! »

Arrivée un peu par hasard dans cette unité pour laquelle elle n'a pas été spécialement formée, Marine sait déjà qu'elle aura du mal à retrouver une classe « ordinaire ». « Je n'ai jamais autant avancé professionnellement qu'avec eux ! - confie-t-elle – dans mes réflexions, ce que je dois mettre en place, les questions que je me pose... C'est d'une richesse incroyable ! Certains reviennent de tellement loin que notre relation est hyper forte ! On est leur dernière chance ; ils dépendent de nous ! »

Marine3Comme ce « gamin de dix ans » la remerciant en fin d'année dernière parce qu'il pensait ne jamais réussir à apprendre à lire ! « Il faut chercher sans cesse, bricoler, se creuser la tête – reconnaît Marine - Je dois travailler un peu plus que les autres années mais j'ai aussi plus de souplesse, moins de pression avec les programmes et moins de corrections ! » Elle évoque avec une certaine reconnaissance Elisabeth, l'auxiliaire de vie scolaire (AVS), qui la seconde dans la classe et pour compenser la « solitude de l'enseignant-e » elle a aussi gardé des liens avec certains de ses anciens formateurs et n'hésite pas à les consulter.

« Je ne suis pas isolée et je m'alimente – dit-elle encore – je regarde ou je vais à des conférences ; si on cherche bien, on peut s'auto-former ! » Marine n'est pas encore « vraiment » enseignante spécialisée. « Je suis une fausse coordinatrice ULIS, j'ai pas le diplôme » dit-elle en riant. Elle le deviendra peut-être si elle se décide à faire la formation nécessaire. Elle y pense de plus en plus, convaincue de l'importance de cette unité au sein des écoles et de l'absolue nécessité d'en ouvrir beaucoup d'autres.

« L'ULIS, c'est un petit cocon...

mais pas refermé sur lui-même ! »

« C'est important que les enfants soient dans les autres classes ; du point de vue de la socialisation, c'est bien, mais il faut aussi penser à leurs apprentissages – insiste-t-elle – et puis, ils ont besoin de se référer à un groupe dans lequel ils ne se comparent pas aux autres. » Même si officiellement c'est la classe d'inclusion qui est classe « référente ». L'an dernier, les enfants lui ont dit eux-mêmes : « c'est l'ULIS qui est notre classe, parce qu'ici, on est à l'aise ! »

Entre moments collectifs « où on construit ensemble » et enseignements individualisés, Marine en est certaine, ses élèves « ont besoin d'avoir des projets propres dont ils puissent être fiers ». Elle sait entretenir cette « dynamique de groupe » et c'est elle qui est fière de sortir son téléphone portable pour montrer la dernière photo de l'atelier cuisine qu'elle propose chaque mois pour confectionner les gâteaux d'anniversaire.

Fière aussi de raconter cette « solidarité époustouflante » qu'elle observe entre eux. Quand un petit nouveau arrive, raconte-t-elle, ce sont les autres élèves qui lui rappellent à l'occasion que « c'est une chance pour lui » d'être en ULIS et que ça va « lui permette de progresser ».

« Les élèves – dit encore Marine – je les garde d'une année sur l'autre, donc forcément c'est une petite famille. Comme un petit cocon... mais pas refermé sur lui-même ! »

Geneviève ROY

Pour aller plus loin : la CIDE, convention internationale des droits de l'enfant, a été rédigée par l'UNICEF en 1989 et adoptée par de nombreux pays dont la France. Chaque année, le 20 novembre est la journée internationale des droits de l'enfant. A Rennes, de nombreuses associations et écoles participent à des animations à cette occasion.

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On reste en contact

Grâce à cette rubrique, retournons à la rencontre de femmes qui à un moment de leur parcours ont déjà croisé notre webmagazine depuis sa création en juin 2013...

 

Martha et les "enfants ACZA"

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Depuis sa création, Breizh Femmes s'intéresse au travail de Martha Diomandé et de son association ACZA qui milite contre l'excision. Pour elle, s'opposer à l'excision, c'est d'abord accompagner les matrones – les exciseuses - vers d'autres pratiques qui permettent de respecter les traditions et d'assurer la formation des petites filles tout en se débarrassant de l'acte mutilant. C'est aussi proposer à ces femmes de rester des membres reconnues de leurs communautés.

Grâce à des campagnes de formation et à la construction de cases de naissance, ACZA est présente dans une quinzaine de villages en Côte d'Ivoire où commence à grandir une nouvelle génération d'enfants qui ne seront jamais excisées et de femmes épanouies dans leur mission d'accoucheuses.

« On ne force personne à venir accoucher dans nos cases – explique Martha Diomandé qui a répondu à quelques questions – mais les femmes qui viennent savent que leur enfant ne pourra pas être excisée. C'est un acte de courage pour elles de s'afficher ainsi. Leurs enfants appartiennent en quelque sorte à l'association. On les appelle les "enfants ACZA" ».

Lire l'interview de Martha Diomandé

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