Elle porte un prénom qu'on imagine pour l'héroïne d'un conte d'autrefois, façon petite fille modèle.

Petite fille, justement, elle a exploré toutes les aventures que lui proposait sa terre natale des Monts d'Arrée : les cabanes dans les arbres, les gâteaux de boue et les potions magiques.

Un imaginaire qui nourrit aujourd'hui son travail.

Et quand elle sera « grande », Adélaïde Fiche voudrait bien devenir jardinière... En attendant, elle invente des jardins pour les enfants ; mais pas que...

 adelaide1

 

Adélaïde Fiche n'a pas fini de rêver... Son rêve ultime serait de devenir « jardinière » ; pour l'instant, elle estime qu'elle ne connaît pas encore assez les plantes, mais elle apprend chaque jour. Sa première passion, c'était l'architecture, même si elle avait déjà choisi l'option paysages et urbanisme. Son premier contact avec les jardins, elle l'a connue grâce au festival de Chaumont sur Loire où avec son compagnon, elle invente une forêt imaginaire où les enfants aiment avoir peur.

« L'imaginaire est un matériau pour l'architecture au même titre que la maçonnerie ou le bois » défend la jeune femme qui se souvient avec beaucoup de nostalgie de son enfance au contact de la nature, bercée par les légendes d'Anatole Le Braz. Dans Folk Paysages, il y a le peuple, « les gens » mais aussi le folklore, les traditions. « C'est mon jardin d'enfance que j'essaie de redonner à chaque fois – dit-elle – il est très riche parce que j'ai pu grandir en liberté en faisant des barrages dans les ruisseaux ou en grimpant des talus qui donnaient l'impression de gravir des montagnes ! »

« Je donne les premières lignes de l'histoire,

ensuite ça ne m'appartient plus »

Ce contact « très primaire » avec la terre, Adélaïde a envie de l'offrir à tous les enfants. Le sien, d'abord, qu'elle emmène dès que possible loin de la ville « tripoter la terre ou cueillir des mûres, des châtaignes ou des noisettes ». Ceux des autres aussi, pour lesquels elle imagine des jardins différents, à base de produits naturels et locaux. « C'est une autre façon de jouer pour les enfants, mais aussi pour les parents – dit-elle – comme l'enfant est plus dans son monde, plutôt que de passer l'après-midi à le surveiller, les parents peuvent aussi s'installer dans cet univers. » Un univers dans lequel Adélaïde « revendique la tendresse et la douceur ».

adelaide2Chaque projet d'Adélaïde commence par une histoire qu'elle écrit après s'être imprégnée du lieu qu'on lui a confié. En parallèle, elle recherche les matériaux qui lui seront nécessaires et celles et ceux qui donneront corps à son histoire. « Quand on interroge les gens sur leurs jardins d'enfance – explique-t-elle – il y a tout de suite un lieu qui leur revient ; je pense qu'on a tous un jardin en nous qui revient de temps en temps et quand je travaille avec les agents, les services enfance et jeunesse, ou les habitant-e-s, chacun participe volontiers parce que ça évoque quelque chose qui les a façonnés ».

La jeune femme insiste beaucoup sur la place qu'elle souhaite prendre dans ses réalisations. « J'ai vraiment créé Folk Paysages par convictions – dit-elle – tant sur le plan écologique que sur le plan du vivre ensemble. Je fabrique des jardins mais si je ne peux pas les fabriquer avec d'autres, ça n'a aucun sens. Mon travail c'est d'accompagner ; j'essaie de me positionner comme un membre d'une équipe et de m'adapter au rythme de chacun-e. » Chaque projet d'Adélaïde est une aventure collective ; « je donne les premières lignes de l'histoire et ensuite, ça ne m'appartient plus ; chaque personne qui intervient est libre de réinterpréter et souvent ça va au-delà de ce que j'avais imaginé. »

« J'aime mettre ensemble

des gens qui n'ont pas forcément

la possibilité de se rencontrer »

Pour chaque nouvelle histoire, Adélaïde s'entoure de compétences diverses. Dans son réseau, elle compte un charpentier, un ferronnier d'art, des stagiaires de la MFR de Saint-Grégoire où elle s'est elle-même formée en éco-conception et éco-gestion du paysage, un pépiniériste. « C'est un réseau bienveillant et on essaie de s'aider les uns les autres » résume-t-elle.

L'entreprise d'Adélaïde a moins de deux ans. Les réalisations commencent à faire parler d'elles (Chartres de Bretagne, le jardin des Mille Ruisseaux à Breteil) et les projets ne manquent pas : « Les Vagabondes » à Rennes (voir ci-dessous), l'envie de redynamiser les centres-bourgs ou de transformer les cimetières en lieux de vie, l'accompagnement des communes vers un entretien des espaces verts sans produits phytosanitaires, etc. C'est dit-elle, « le temps qui manque le plus ! »

adelaide3Dans tous les cas, l'objectif principal d'Adélaïde c'est « de mettre ensemble des gens qui n'ont pas forcément la possibilité de se rencontrer ». Sans oublier la préservation de la biodiversité. « Ce ne sont pas que les tigres et les pandas qui sont en danger – plaide-t-elle – mais aussi tout ce qu'on a en bas de chez soi : les vers de terre, les hérissons ou les chauves-souris. »

Optimiste, elle estime que la nature et sa capacité à se régénérer peut nous surprendre. « La biodiversité est en danger mais si on travaille dans le bon sens, ça peut revenir assez vite ; c'est ce qu'on voit avec les papillons ! »

Geneviève ROY

De chaque côté du mur

Adélaïde Fiche travaille actuellement sur un projet de quartier derrière la gare de Rennes. Il porte le joli nom des Vagabondes.« En faisant mon analyse de site – explique-t-elle – je regarde toujours les équipements et les personnes qui sont autour. » Rue Quineleu, elle repère une école, la SNCF mais aussi la prison des femmes. « Ce sont – dit-elle – des habitantes du quartier et on peut faire des choses avec elles. » Les contacts n'ont pas été difficiles à établir et déjà une dizaine de femmes ont entendu – et apprécié – l'histoire qu'Adélaïde a imaginé sur ces « Vagabondes ». « Elles étaient hyper intéressées » dit-elle. Fin septembre, elle retournera à leur rencontre pour mettre en place des ateliers. Au programme : la réalisation d'une calade, un motif en galets qui sera installé à l'entrée du jardin. Des détenues vont travailler d'un côté, à l'intérieur de la prison ; des enfants de l'école Quineleu vont également peindre des galets de leur côté. Et le tout sera assemblé dans le jardin lors d'un atelier commun auquel pourront participer certaines détenues en permission. Et Adélaïde de se réjouir d'une fois encore pouvoir « mélanger tout le monde ! »

Pour aller plus loin :
A l'occasion des Journées Européennes du Patrimoine les 16 et 17 septembre, la commune de Breteil propose des animations au jardin des Mille Ruisseaux et notamment des « déambulations bucoliques » avec la conteuse Camille Rousselle.

 

Powered by CoalaWeb

 

On reste en contact

Grâce à cette rubrique, retournons à la rencontre de femmes qui à un moment de leur parcours ont déjà croisé notre webmagazine depuis sa création en juin 2013...

 

Martha et les "enfants ACZA"

martha

 

Depuis sa création, Breizh Femmes s'intéresse au travail de Martha Diomandé et de son association ACZA qui milite contre l'excision. Pour elle, s'opposer à l'excision, c'est d'abord accompagner les matrones – les exciseuses - vers d'autres pratiques qui permettent de respecter les traditions et d'assurer la formation des petites filles tout en se débarrassant de l'acte mutilant. C'est aussi proposer à ces femmes de rester des membres reconnues de leurs communautés.

Grâce à des campagnes de formation et à la construction de cases de naissance, ACZA est présente dans une quinzaine de villages en Côte d'Ivoire où commence à grandir une nouvelle génération d'enfants qui ne seront jamais excisées et de femmes épanouies dans leur mission d'accoucheuses.

« On ne force personne à venir accoucher dans nos cases – explique Martha Diomandé qui a répondu à quelques questions – mais les femmes qui viennent savent que leur enfant ne pourra pas être excisée. C'est un acte de courage pour elles de s'afficher ainsi. Leurs enfants appartiennent en quelque sorte à l'association. On les appelle les "enfants ACZA" ».

Lire l'interview de Martha Diomandé

Dans la même rubrique, retrouvez également : Céline Boizard ou l'entrepreneuriat comme "une aventure humaine passionnante" ; Anne Lecourt admise dans la cour des grandes.