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A 49 ans, Myriam Dubois est heureuse d'être une femme. Pourtant voilà vingt ans, elle n'avait « qu'une seule envie : être un homme ! » et fuir les contraintes liées au fait d'être femme. Et puis sa vie a changé et elle s'est « réconciliée avec [sa] féminité ».

« J'en ai perdu du temps et j'en ai dépensé de l'énergie - résume-t-elle aujourd'hui – alors que j'avais tout pour moi ! » Ce « tout » c'est ce qu'elle s'applique désormais à faire découvrir aux autres femmes pour « leur redonner du bien-être, du confort avec des solutions plus écologiques et plus économiques qui protègent non seulement leur santé mais aussi l'environnement ».

Elle sait de quoi elle parle, Myriam. Les pratiques d'hygiène féminine classiques ont failli lui faire perdre la vie...

A l'âge de trente-trois ans, Myriam Dubois est opérée d'un cancer du col de l'utérus. Au chirurgien qui l'accueille en salle d'opération elle pose une question qu'elle caractérise aujourd'hui de « naïve » : pourquoi suis-je malade ? Et la réponse la surprend. Avant de l'endormir, le médecin accuse des pratiques qu'elle croyait inoffensives : les serviettes périodiques jetables, les tampons et la pilule !

« Je me suis réveillée avec une grosse colère – se souvient Myriam – A aucun moment, je n'aurais pu imaginer que les produits que j'utilisais étaient à ce point dangereux ». Deux enfants et quelques années plus tard, elle en a fait un véritable combat et depuis peu une activité professionnelle.

« Je ne suis quand même pas un vieux machin ! »

Pour protéger sa santé après sa maladie, Myriam cherche des solutions. « Je suis une fouineuse – dit-elle – et j'aime bien comprendre. » Elle a abandonné le tampon et adopté les serviettes lavables. Au début, elle tort un peu le nez devant ces bouts de tissu qui lui rappellent les récits « épouvantables » de sa grand-mère. Et puis, elle découvre que les choses ont considérablement changé. « Tout est pensé pour que ce soit pratique, aussi efficace et surtout naturel – explique-t-elle avec conviction – ce n'est pas plus contraignant qu'une paire de chaussettes ! »

Et mieux encore, il y a la coupe menstruelle dont un jour « une petite jeune [lui] fait la démonstration d'une façon extrêmement naturelle et désinvolte ». Interpellée, Myriam se dit : « je ne suis quand même pas un vieux machin » et accepte d'essayer.

Aujourd'hui, elle en est la plus ardente défenseure, à condition bien sûr de choisir les bonnes marques, référencées sur le marché depuis de nombreuses années. « On évite les paillettes et les couleurs fluo » conseille Myriam qui incite à se méfier de « ces palanquées de cup qui débarquent actuellement sur le marché et qui sont fabriquées avec des silicones plus ou moins qualitatifs ».

myriam4« Je ne cherche pas à culpabiliser les femmes, mais j'ai envie de leur dire : réveillez-vous ! »

 

Mais Myriam va encore plus loin. « Ça a changé ma vie – reconnaît-elle – et je me suis dit que ce n'était pas juste qu'aussi peu de femmes soient au courant de ces alternatives. » Dans sa nouvelle activité professionnelle, elle veut donner aux femmes la possibilité d'apprendre à mieux connaître leur corps et leur cycle. Car affirme-t-elle, c'est toute une richesse qu'elles détiennent en elles !

Elle prône la contraception « sans produits chimiques ni mécaniques », l'importance du périnée comme source d'une « énergie phénoménale » mais aussi des techniques pour « apprendre à retenir ses flux » et « cesser de fonctionner à contre-courant de notre fonctionnement intime de femmes ».

Par le biais de conférences, d'ateliers, de journées de formation, Myriam veut permettre aux femmes d'apprendre à s'observer. Parce que dit-elle « il n'y a pas deux plantes identiques dans la nature » et que chaque femme est unique. « C'est une absurdité monstre de dire qu'un cycle fait 28 jours ; il peut y en avoir de 20 jours et d'autres de 45 et ce n'est pas anormal ! ». Mais aussi parce qu'elle pense que ce « n'est pas inéluctable d'avoir en France 33% de femmes qui souffrent d'incontinence urinaire quand elles vieillissent et toujours plus de cancers. »

Elle est consciente qu'elle s'attaque à un sujet encore très tabou. « On est sur des sujets intimes – dit-elle – et il faut changer les regards. Je ne cherche pas à culpabiliser les femmes mais j'ai envie de leur dire : réveillez-vous ! En France on est très en retard ; toute l'Europe du Nord fonctionne avec la coupe depuis des décennies et au Canada, ça fait presque cent ans que ça existe ! »

« On nous apprend beaucoup à donner mais pas assez à nous recharger »

Myriam ne se le cache pas « c'est un peu le pot de terre contre le pot de fer ». Car l'intimité des femmes est aussi un marché plutôt juteux pour de nombreux groupes industriels. Et avec un peu d'information, chaque femme, estime-t-elle, pourrait économiser entre 40 et 60% de son budget hygiène. Comme elle pourrait contribuer à limiter la production de déchets et donc la pollution.

La créatrice de Compoz Nature reste optimiste, observant que les jeunes sont plus à l'écoute aujourd'hui. Sans doute parce que cette question rejoint une inquiétude croissante pour la planète. Mais aussi parce qu'ils sont plus nombreux à devoir trouver des solutions à des problèmes de fertilité. Au passage, elle rappelle que les couches jetables des bébés présentent les mêmes nuisances que les serviettes périodiques - « surtout pour les garçons » - étant constituées des mêmes composants issus de la pétrochimie.

Myriam Dubois pense que le concept qu'elle défend s'est perdu dans la nuit des temps, peut-être fut-il brûlé avec les sorcières lors de l'Inquisition, mais que d'autres civilisations notamment en Amérique du Sud en ont gardé la transmission qui peu à peu nous revient. « Je ne prétends pas détenir la vérité absolue ; je suis juste là pour partager une expérience et des connaissances de femme à d'autres femmes » dit-elle encore estimant « qu'on nous apprend beaucoup à donner mais pas assez à nous recharger et nous régénérer grâce à notre nature profonde ».

Geneviève ROY

Pour aller plus loin

Myriam Dubois propose sous le label Compoz Nature des conférences et des formations notamment avec Milène Clichy comme intervenante ; elle assure aussi la diffusion de produits (serviettes jetables, coupes menstruelles, etc.).

En 2017, elle sera présente à Quimper pour Breizh Nature du 13 au 15 janvier, aux événements Respire la Vie à Vannes du 20 au 22 janvier et à Rennes du 10 au 12 février ainsi qu'à la Foire de Rennes au mois de mars.

Renseignements et tarifs au 06 87 84 18 15 ou Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

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On reste en contact

Grâce à cette rubrique, retournons à la rencontre de femmes qui à un moment de leur parcours ont déjà croisé notre webmagazine depuis sa création en juin 2013...

 

Martha et les "enfants ACZA"

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Depuis sa création, Breizh Femmes s'intéresse au travail de Martha Diomandé et de son association ACZA qui milite contre l'excision. Pour elle, s'opposer à l'excision, c'est d'abord accompagner les matrones – les exciseuses - vers d'autres pratiques qui permettent de respecter les traditions et d'assurer la formation des petites filles tout en se débarrassant de l'acte mutilant. C'est aussi proposer à ces femmes de rester des membres reconnues de leurs communautés.

Grâce à des campagnes de formation et à la construction de cases de naissance, ACZA est présente dans une quinzaine de villages en Côte d'Ivoire où commence à grandir une nouvelle génération d'enfants qui ne seront jamais excisées et de femmes épanouies dans leur mission d'accoucheuses.

« On ne force personne à venir accoucher dans nos cases – explique Martha Diomandé qui a répondu à quelques questions – mais les femmes qui viennent savent que leur enfant ne pourra pas être excisée. C'est un acte de courage pour elles de s'afficher ainsi. Leurs enfants appartiennent en quelque sorte à l'association. On les appelle les "enfants ACZA" ».

Lire l'interview de Martha Diomandé

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